CONCLUSION
L'esprit etle sol de l'Espagne avaientsubidu peuple limitrophe deux usurpations successives: l'envahissement de lettres au début du siècle dernier, et l'invasion par les armes au seuil de celui-ci. Après la stérilité littéraire résultant de l'un, et les profondes secousses politiques issues de l'autre, la production dramatique a
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refleuri, les fortes assises de la scène se sont relevées.
La période caldéronienne eut son plus beau moment alors que la monarchie de Charles-Quint et de Philippe 11 voyait s'amoindrir son territoire, et les royaumes et provinces annexes (Flandres, Naples, Portugal) un à un se détacher d'elle. Dans Tère contemporaine, où, depuis le Pérou et le Mexique perdus jusqu'aux Philippines et à Cuba menacées, la métropole s'appauvrit de toutes ses colonies l'une après l'autre, un Ilot d'œuvres renaissantes fait monter la richesse de son théâtre, assez abondant pour se déverser dans des idiomes latéraux (l'école Catalane).
Ses poètes dramatiques restent profondément liés à la vie nationale, et cette intimité revêt des physionomies diverses suivant les époques : au xvii'' siècle, hommes d'Église ; au xix*, hommes d'Etat. Prêtres sous les trois Philippe, et quand vient le régime des Juntes et Constitutions, sous Ferdinand VII, sous Isabelle II, députés, ambassadeurs, membres et même chefs des gouvernements, ils suivent les destinées publiques et sont en tout temps l'àme du pays. Lope de Véga préside le Tribunal de l'Inquisition, et Martinez de la Rosa le Conseil des Ministres.
Au milieu des fluctuations de l'Espagne, son art suprême ne se dément pas. Fidèle à lui-même, il maintient ses éléments d'originalité, invariables et fermes, assurant sa vitalité. Les pasos et les sainètes de Lope de Rueda et de Ramon de la Cruz revivent dans les pasillos et zarzuelas avec les saveurs de terroir; Selles modernise le pa7i(lonot\ Echegaray reprend les traditions chevaleresques, Zorrilla (au « Panthéon funèbre » de Don Juan Tênorio) redonne le goût de la Mort.
En France, la décomposition dramatique nous fait
jouir du Théâtre liosse, du Théâtre Ironislr^ du Théâtre Ibsênien; et nous avons encore le Théâtre Mystique (touchant au spiritisme et à la suggestion), les Théâtres Symboliste^ Psychologique, Scientifique, Naturaliste, Clinique et Socialiste, Les Espagnols, chez qui Ton a peu importé ces belles choses, restent attachés à rUnité saine et forte de leur Art et possèdent, sans -épilhète, purement, simplement, le Théâtre.
Deux fois déjà, avec le Cid et Hernani, — tel ce Géant, fils de la Terre qui recouvrait le souffle à chaque fois quUl touchait le sol — le Drame frani^ais s*est renouvelé dans des inspirations castillanes.
Parce temps de vaudevilles tôt vieillis et de « tranches de vie » qui ne se conservent pas, toutes gâtées lorsqu'un directeur essaie de les resservir, on se livre, chez nous, à des enquêtes sur les chances de durée du (îenre Héroïque — drame ou comédie — et sur l'utilité d'accroître le nombre de nos rares salles de spectacle où se manifesterait la souveraineté de Tldéal. Dans la pénurie, réelle ou prétendue, des dranuitistes^ tandis que les romanciers emplissent les scènes des découpures de leurs romans, s'il est des talents inquiets, épris du vrai théâtre, et rêvant pour FArt rénové une jeune vigueur, qu'ils sollicitent les mêmes énergies que jadis Corneille et Hugo! Et une fois de plus, TAntée dramatique français se relèvera mieux trempé pour les fortes luttes, au contact de TEspagne maternelle.