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REPRÉSENTATION A PARIS : LES INTERPRÈTES DE L'ODÉON

Si, comme il y a lieu de Tespérer, cette tentative, puissamment soutenue par Tautorité de Francisque Sarcey, aide au mouvement d'une nouvelle renaissance espagnole en France, ce serait de l'ingratitude que de ne pas réunir ici les noms de ceux qui principalement y contribuèrent.

Les aficionados du théâtre castillan doivent être reconnaissants à M. Ginisty, qui a monté la pièce; à M. Albert Lambert, qui Ta mise en scène, avec talent et dévoûment.

Je suis heureux de me faire auprès des arlistes l'interprète des éloges unanimes qu'ils ont soulevés.

M. Rameau, si grave dans le Don Gil de la première journée, par la puissance et la sûreté de son jeu rend vraisemblable le miracle qu'opère le verbe ; puis, mordu par la tentation, il se débat dramatiquement, plie et cède. Ironique, amer, à la seconde journée, violent dans ses brusques désirs, terrassé enfin par la (îràce qu'il avait rejetée, il fait accepter, à force de vérité et de conscience, les scènes les plus éloignées de nos habitudes modernes. Sa création du Saint, dans le « mystère » espagnol, est le pendant de celle du pasteur mystique, dans le drame norvégien Au-delà des Forces,

On a admiré la beauté fière, révoltée d'abord, passionnée, de M"*" Valentine Page ; très pittoresque en bandolera, dans ses riches oripeaux rouge et or, elle

s'inquiète, se trouble sous la bénédiction paternelle; puis, presque pâmée sur la poitrine de Diego retrouvé, il semble que Tamoureuse, la pécheresse va succomber; mais elle se relève, exaltée par le repentir, respirant Tenthousiasme du combat sacré ; une tête de mort dans sa main, extatique, psalmodiante, elle parcourt automatiquement la montagne, pénitente sublime, somnambule d'un extra-terrestre sommeil ; enfin, chancelant sous rénorme croix, elle gravit en rouge robe de victime son Calvaire, puis elle meurt, expiant ses crimes et ceux de son amant, crucifiée et transfigurée, dans la lumière surnaturelle du Carmel et les chants invisibles des Anges.

M. Gémier, incisif, net, mordant, donne du Démon une physionomie très curieuse. Prompt, vif, il se glisse entre les arbres de la forêt, semble ouvrir des ailes, s'élance, s*aplatit contre les rochers, pareil à une bète verte et tlasque, rampant, s'enroulant aux piliers delà grotte... 11 rappelle tous les caractères du « Serpent-Aigle-Tigre » de Tauto; car, à la fin, quand il dispute contre l'Ange, il a Tair d'un fauve traqué, et s'engloutit en rugissant.

Les graciosos semblent faits pour la rondeur et la malice de M. Siblot, qui fut le plus divertissant Golondro du monde. Poltron, goinfre, paillard, avec esprit et grâce, il a, par ses gambades et ses saillies à travers les situations pathétiques et la gravité des pensées profondes, éclairé de joie et d'humour cet amas de terreurs, de violences, de repentirs, de rechutes et d'expiations.

M. Dorival a prêté sa belle voix, sa tendresse contenue, son émotion dramatique au personnage de Don Diego, le ravisseur devenu pénitent; et M. Montigny, sa dignité et sa conscience au père offensé, DonVasco.

M. Coste, fin et gai dans le court rôle de Brito, a chanté de façon charmante la sérénade de M. Kerval.

Majestueuse et fort belle en Ange gardien, ailes éployées, chevelure nimbée de lumière, M"* Marcya envoie d'un geste souverain le Réprouvé au fond des enfers. M"' Béraldy fut douce et résignée à souhait dans Léonor, justifiant par sa sereine beauté la folie de Gil.

Enfin, pour compléter un ensemble fort remarquable, M"' Barny a daigné accepter le petit rôle de la Paysanne, et M. Darras lui a donné la réplique, allègrement.

Il me reste, pour terminer, un aveu à faire, à la manière des graciosos, qui viennent dire un mot au public avant de prendre congé.

Les exigences de la scène française, notamment au cours des répétitions, m'ont forcé de quelquefois abréger , substituer, changer... bref, j'ai dû hasarder, à mon tour, une petite refnndicion. De quoi je demande pardon à Morelo. Mais il en a tant commis lui-môme qu'en faveur de l'intention il me passera bien celle-ci.

Puissent la représentation de San Gil et le tableau esquissé dans ces pages faire apprécier chez nous Moreto et redonner au public français le goût du théâtre espagnol !

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