DON GIL, DON DIEGO
DON DIEGO
Seigneur, pour m'honorer de votre présence, la permission était superflue.
DON GIL
Dieu vous garde ! J'ai beaucoup de choses à vous dire.
DON DIEGO
Prenez cette chaise, et asseyons-nous.
DON GIL
J'obéis.
(Ils s'asseoient.)
DON DIEGO
Eh bien ! parlez.
Vous savez, seigneur Don Diego, ce que vaut l'antique et noble maison des Norona, qui ont tant fait pour la grandeur de ce royaume. Vous n'ignorez pas non plus ce que nos espoirs peuvent attendre encore de ce tronc illustre et de ses jeunes rameaux. Or, vous qui, par le sang dont vous sortez, égalez, sinon surpassez la race la plus haute, vous avez coupé, d'une main audacieuse, la tendre vie du brillant héritier de Don Vasco ! Qui n'est pris de pitié à voir ce vieillard soupirer et mouiller de pleurs sa barbe d'argent!... Oh ! je n'ai pas dessein de vous faire un crime de... cet accident, où votre épée eut trop de bonheur ; le père lui-même, qui pleure encore sa perte, n'a jamais cherché à s'en venger. Mais ce qui de vous étonne le noble Norona, seigneur Don Diego, c'est que, l'ayant offensé, voire arrogance prétende une seconde fois lui faire outrage, dans sa rue et sous ses fenêtres ! compromettant l'honneur de ses filles, dont la renommée est de verre : c'est le papier qui s'envole au
souffle d'une parole légère, pour le scandale d'un grand nombre! et, fragile, se froisse ou se déchire. Les attentats sur la vie sont des blessures qui se guérissent ; mais seules sont incurables celles qui atteignent la noblesse- L'honneur plus que la vie demande vengeance : car la vie n'est que la durée du corps, et l'honneur c'est le sang de Tàme. Les chevaliers aussi grands que vous ne doivent pas être cause que les honneurs soient mis en péril; mais plutôt votre héroïque épée, toujours prête, a pour devoir de les défendre. Car il n'est pas juste qu'en son fourreau elle serve, au côté, pour la parure, et que nue, dans la main, elle s'emploie pour la honte. Réformez vos mœurs, qui s'en vont débridées, scandalisant le monde : savoir se vaincre est d'un héros. Laissez dormir dans le nid celte blanche colombe, et que votre orgueil ne fonde pas en gerfaut sur son asile pur. Si vous songez vraiment au mariage, occupez-vous d'une autre dame ; par des affronts à un vieillard, ne doublez pas l'injure passée. Prenez garde qu'il y a Dieu, et qu'il y a la mort! Réprimez vos ardeurs lascives; songez que l'âge passe comme une haleine, et que sans plus d'espérance il vous sera, la journée finie, longuenient demandé compte d'une vie si courte.
(11 se lève.)
DON DIEGO
Seigneur Don Gil, j'en fais l'aveu, vos graves paroles m'ont tenu sous le charme ; mais l'heure est mal choisie : j'ai l'esprit peu préparé à Targumentation. Demain, un autre jour, nous nous reverrons. (A part.) Le temps me dure ! l'anxiété de mes désirs me presse... et j'ai hâte de jouir du bien qu'ils me promettent... (Haut.) Considérez qu'il est presque nuit et que je suis obligé de sortir. Je vous demande pardon : j'ai dehors une affaire d'importance (Appelant.) Brito !