‹ Le théatre espagnolChapitre 39 sur 77 · DON GIL, DON DIEGO, BRITO, GOLONDRO · texte numérisé non relu

DON GIL, DON DIEGO, BRITO, GOLONDRO

BRITO, entrant, bas.

C'est fait: nous avons guitare, violon et flûte.

DON DIEGO, & part.

Nuit aimée, sois prompte à venir! (Haut.) Excusez-moi. (Il salue et s'élance dehors. Brito, qui va le suivre, se trouve nez à nez avec Golondro.)

DON GIL

Ah ! jeune égaré, qui chemines aveuglément vers ton malheur, tu dédaignes en moi la lumière et tu cherches les ténèbres épaisses! Dieu te délivre de tes œuvres et guide tes pas déviés ! Je veux Témouvoir et je ne le perdrai pas de vue. (Il sort.)

SCÈiNE VII BRITO, GOLONDRO

Frère Brito, je te donnerai volontiers un bon avis ; mais ce serait prêcher dans le désert. Tu es paillard, mon frère ; épure tes mœurs. Veille sur la chair, et laisse-moi là ces fringales. Gouverne-toi un peu, homme qui dépites Dieu, et songe que les ribaudes te mènent en enfer, par la grande route.

BRITO, à part.

Il me connaît. (Haut.) Qui l'a dit mon péché mignon, frère Golondro ?

GOLONDRO

Je le tiens de cinq de ces dames ; car elles se haussent au tas de cinq, ces pierres (jui achoppent ton âme ! Fraz(|uilla, Finéa, Laureta, Concepcion et Dominga la Galicienne.

Elles seront témoins, au jour de ta damnation. Occupe-toi donc de ton salut et envoie-les à tous les diables.

BRITO

Toutes les cinq ? Ah ! c'est bien dommage ! mais enfin, soit, je les quitterai.

GOLONDRO

Hum! dis-moi, comment t'y prends-tu pour... attraper ces oiselles ?

BRITO

J'engage la causelte avec elles ; on en vient au chapitre de Tamour désintéressé, et je tâche, tout doucement, de les amener... à l'autre.

GOLONDRO Voilà donc ce qu'elles fuient auprès de moi.

BRITO Quoi ! leur fais-tu Tamour tout de suite ?

GOLONDRO

Je les retiens parles bras, mon frère ; mais c'est pour les reprendre de leurs péchés. Et toi aussi, je veux te purifier aujourd'hui : car ton âme est noire comme la poêle à frire ; elle sent le rance et le moisi, et, pour la laver de cette graisse impie, il faut copieusement la rincer, frère Brito, dans la lessive des larmes. Prends mieux soin du cheval et de la selle, no sois plus voleur, et ne dépense pas en vin et en tabac ce qui n'est que de la poudre d'ellébore. Ne te pique pas de mensonge et ne parle mal d'aucun homme, à moins qu'il ne soit tailleur, bouffon ou cocher. Ne t'attache plus à courtiser ces friponnes : c'est une honte pour un être barbu que d'être toujours fourré dans les mantilles. Enfin... pense à la fin ! car... après la fin, c'est le terme; et ce qui est terminé... est bien fini. Adieu, mon frère, si après cela tu es assez encroûté pour négliger le soin de ton salut, et si je n'arrive pas à verser une infusion de vertu dans ton âme, — je la jette aux porcs. (Il s'en va.)

BRITO

Il sait si bien toute ma vie que je reste ébaubi à Tentendre. Ah! certainement, c'est un grand saint... ou un très grand fourbe.

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