‹ Le théatre espagnolChapitre 46 sur 77 · LA VOIX · texte numérisé non relu

LA VOIX

Ah ! je suis mort ! Confession ! confession !

iEnlrent Don Gil» Doua Inès et Golondro.)

DON GIL, riant.

Le beau pendu ! Quand vous jouerez au jeu de paume, je vous recommande les bonds que fait le gaillard !

GOLONDRO

11 va grand train, mon maître ! Parions que d'ici à Tenfer la route est unie comme la main !

INÈS

Tu as très bien fait de le tuer. Malédiction sur le maroufle qui nous ofl*re des lettres en guise d'argent !

GOLONDRO

II avait pris mal ses informations pour nous arriver sans un blano ! Et puis, il ignorait donc, TAne bàlé, que tu as renoncé aux lettres, depuis que tu professes l'état de brigand ?... C'est de la monnaie qu'il nous faut ! de la belle, sans alliage ! de bon poids ! et meure qui nous apporte de mauvais réaux péruviens !

DON GIL

Vivent les vols ! les meurtres et les incendies ! Depuis que, pour ta beauté, j'ai perdu le respect de Dieu, depuis que j*ai compris la noblesse d'agir selon la volonté et les énergies naturelles, je me reproche comme une indignité le moindre recul ; je rougirais d'une faiblesse ; je suis mécontent quand je manque d'objet où aiguiser mon désir inflexible de violences et de crimes. Nous sommes citoyens de ces monts: au-dessous de nous, que les hommes rampent ! Loin de la couardise publique, je donne toute carrière à mes libres instincts, et le nom de péché est la seule louange que mon dédain des servitudes fièrement admette !

INÈS

Voilà trois ans déjà que cet homme sans ûme, Don Diego, vaincu par des paroles, me laissa dans tes bras, irritée, jalouse (rimprudent !) et que, révoltée par son abandon, je vis dans ces lieux sauvages, détestant les vertus adoptées par mon imbécile d'amant. Je fus à toi, et ma liberté ne reconnaît pas d'autre maître. Éprise de lui, je l'ai été, c'est vrai ; mais combien dois-je plus à tes soins et à tes preuves d'irrésistible passion ! Car ce faible cœur me quitta lâchement pour Dieu, et toi, résolu et brave, tu n'as point hésité à quitter Dieu pour moi. Comment n aurais-je pas raison de t aimer, toi qui, pour l'amour de moi, dédaignes Celui que tous adorent — et redoutent. C'est pourquoi l'ingrat qui m'offensa, je ne l'ai pas seulement en oubli, mais en exécration ;

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au point que le feu de ma colère ne s'éteindrait que dans son sang. (A part.) Hélas ! ma bouche ment, car il est toujours dans mon âme !

DON GIL

Je me suis éloigné de Dieu, et sais-tu quel est mon regret ? C'est d'avoir perdu tout ce temps consacré à de niaises vertus. Ah ! que n'ai-je suivi alors ce qu*ils appellent les vices et méprisé les lois du Ciel !

GOLONDRO

Joli acte de contrition ! Répète cette prière tous les Boirs en te couchant, et tu gagnes quatre mille ans d'enfer !...

DON GIL, éclatant de rire.

Je vis dans Tordure, disent-ils ! Qu'aurais-je dès lors à ménager ?... Je ne crains rien !

GOLONDRO

Petit recueil de préceptes nouveaux, à l'usage des personnes pieuses. (Bruit au dehors.)

UN BANDIT, hors de la scène.

Amenons-les au capitaine.

GOLONDRO

Nos chasseurs ont pris du lapin.

UN BANDIT, entrant.

Capitaine, c'est un couple de paysans qui sont venus étourdiment se jeter dans nos escopettes.

DON GIL

Voyons-les ! (Sort le bandit.)

GOLONDRO

Quand je le disais ! Une paire : ils ne rabattent pas à moins.

DON GIL, à Inès.

Couvrons-nous le visage, au cas où ils seraient deCoïmbre. (Il abaisse son chapeau, et Inès son voile. Entrent deux bandits, poussant les paysans.)

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