‹ Le théatre espagnolChapitre 47 sur 77 · LES MÊMES, DEUX BANDITS, UN PAYSAN, UNE PAYSANNE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, DEUX BANDITS, UN PAYSAN, UNE PAYSANNE

DON GIL Qui ètes-vous ? répondez ; et d'où venez-vous ? LE PAYSAN

(A chaque mot, il sMnterrompt, cherchant l'approbation muette de sa femme, et tous deux hochent la tète en même temps.)

Si nous pouvons avaler notre peur jusqu*à la dernière miette, nous vous le dirons. Nous habitons un village ici derrière, qui a nom Valde-Fuentès, et nous reconnaissons pour seigneur Don Vasco de Norona : c'est là ce que nous sommes. Et d'où nous venons ? De Coïmbre... oui, de Coïmbre, où réside notre maître, Don Vasco.

INÈS, Tivement.

Vous Ty avez vu ?

LE PAYSAN

Non, pas cette fois ! il était absent de la ville.

INÈS, après un silence.

Et il vit seul à Coïmbre ?

LE PAYSAN

Il a près de lui un ange de beauté, Léonor, sa fille cadette, qui est sa consolation, depuis que Tautre, la Inès (qu'une ilamme maligne la brûle et que de mauvaises guêpes la piquent par tout le corps !) se sauva de sa maison avec le traître Don Diego de Ménésès.

INÈS, troublée.

Ah ! ... Don Diego ? L'on dit et l'on tient pour certain que Don Diego Fenleva ?

LE PAYSAN Quelques-uns ajoutent qu'il l'a tuée.

DON GIL

Et n'y avatt-il pas un Don Gil dans TafTaire ?

LES DEUX PAYSANS, avec un grand signe de croix à l'espagnole.

Don Gil !

LE PAYSAN

Un ange du ciel, Seigneur ! Sa présence propice fait bien faute à Coïmbre ! mais son image nous soutien l.

GOLONDRO, pouiïant.

Vous ne tomberez pas ! (Affectant un grand sérieux.) Ce sont des choses pas assez connues de nos côtés.

DON GIL

Est-ce que Tange s*est envolé ? Qu'advint-il de lui ?

LE PAYSAN

On dit que, dans cette même nuit où Don Diego enleva la... Inès, il disparut aussi. C'était du Ciel le vivant exemplaire; fuyant avec ardeur et foi fervente la cité, il s'en est allé habiter la solitude dans une étroite et sainte existence. Mais ù Coïmbre il est reslé en vénération ; jamais sa maison n'a été rouverte, et devant la porte est le portrait de ce grand homme de bien.

GOLONDRO

On lui a peint son portrait?

LE PAYSAN

En pied, sur le seuil, dans une attitude de gloire, avec cette inscription : Saint portugais,

LA PAYSANNE

El Ton y vient de loin en pèlerinage ! Il compte bien cent mille dévots! (Ils s'approchent tous deux, parlant avec animation.)

LE PAYSAN

Et il n y a pas d'homme si perdu et si dur qui ne s'écrie, dans un mauvais pas : « Don Gil m'assiste ! »

L\ PAYSAJÎNE

Bien des cierges brûlent pour ses miracles.

GOLONDRO, s'étouffant de rire.

Je le vois... avec les petites chandelles. Le beau saint de carnaval !

LE PAYSAN

C'est à lui, quand on est volé» qu'on adresse sa prière ; car les larrons lui obéissent...

GOLONDRO Parbleu !...

LE PAYSAN ... Et rapportent, s'il le commande, ce qu'ils ont pris.

GOLONDRO

Ouais î n'imite point l'effigie, capitaine.

LA PAYSANNE

Quand les filles sont près de mal faire, Don Gil intervient et les garde.

GOLONDRO

Ça s'est dé'yd vu.

LE PAYSAN

Enfin, c'est un médecin sans é<(al qui a raison des maux les plus rebelles. Ainsi, moi (baissant la voix), excusez le mol, il m'a guéri d'une grande ventosité...

GOLONDRO

Voyez-vous cela? pendez-lui au... dos son miracle. (Golondro el les bandits éclatent de rire, malinenanl un peu les paysans.)

DON GIL

Etranges effets d'une opinion assise sur l'apparence : ils se sont tous trompés à Tévénement.

LE PAYSAN

Et si VOUS ne nous voulez pas plus de mal, en nous voyant si pauvres, au nom de Saint Gil, laissez-nous aller.

DON GIL

Vous me priez par un bon saint ! Allons, sauvez-vous., avant que je ne vous fasse pendre à une de ces branches.

LES DEUX PAYSANS, joignant les mains et priant.

Bienheureux Saint Gil, sois béni ! San Gil de Mayorga, nous te remercions ! San Gil de Portugal, protège-nous toujours. Ainsi soit-il !

GOLONDRO, riant aux larmes.

Détalez !

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