‹ Le théatre espagnolChapitre 49 sur 77 · SCÈNE IV INÈS, DON GIL, GOLONDRO, DON VASCO, LÉONOR · texte numérisé non relu

SCÈNE IV INÈS, DON GIL, GOLONDRO, DON VASCO, LÉONOR

DON VASCO

A chaque pas que j'ajoute aux autres, Léonor, ma vie s'accourcit, et je ne puis retenir mes larmes à la pensée que tu vas entrer en religion, malgré tout ce que j'ai tenté pour te détourner de ce terme fatal. J'ai pu trois ans retarder ta vocation, mais non la vaincre.

(iOLONDRO, s élançant.

Je réclame mes franchises. Votre bourse. Seigneur, ou la vie !

DON VASCO

Ah ! quel malheur ! Ma chère Léonor ! nous sommes tombés sur des bandits !

LÉONOR

Ne soyez pas irrités contre nous, nous ne chercherons pas à vous rien cacher.

GOLONDRO

Nous avons fait un joli coup : c'est ta sœur et ton père, Dona Inès !

INÈS, fébrile.

La colère qui gouverne le cœur sait-elle de quoi elle est maîtresse ?

GOLOXDRO

Dis donc, demande-leur ta légitime maternelle.

LÉONOR

Si nous ne pouvons espérer dans la défense, que rintérêt, du moins, nous délivre.

INÈS, profondément.

Cette femme est rtia sœur.

DON GIL, à part, absorbé.

Cette femme... est merveilleusement belle !...

INÈS, à part.

Mon père!... son aspect m'éveille de ma nuit et de ma honte !

DON VASGO

Vous vous taisez ? Si vous projetez notre mort, je ne vous demande pas grâce pour moi ; mourir me sera un heureux sort, vous m'aurez tiré d'infortune, car je suis Thomme le plus accablé qu'il y ait aujourd'hui en Portugal !.., Mais, pitié pour cette fille, pur joyau que j'emportai de ma maison, de cette Troie qui se consume dans les désastres! Le Ciel me donna des filles qui étaient des anges. L'aînée est tombée et devenue démon ; mais celle-ci est restée le bon ange. Elle est fleurie de vertus ; aucune femme ne l'égale, et si mon

malheur veut que Tindigne respire, ne condamnez pas à mort la parfaite.

LÉONOR

Il y a moins de mal à couper le fruit printanier que l'arbre qui le donne. S'il vous faut une victime, prenez-moi ! bien que Dieu ait mis en nous un tel amour non pareil qu'en frappant Tun des deux vous soyez certains de tuer Fautre.

DON GIL, à part.

Je puise dans sa vue un poison. Et je croyais avoir aimé ! Ah ! ce que j'éprouve n'a rien de commun avec mon antérieure passion. (Sourdement.) Je tuerai Don Vasco!... et elle... Mais Inès... Inès empêcherait... Patience!

INÈS, bas, inquiète.

Don Gil, tu ne dis rien! Comment agirons-nous avec eux?

DON GIL

Prenons leurs bijoux, nous avons besoin d'argent; et, puisqu'ils sont de ton sang, rendons-leur la chère liberté. (A part.) Oui, qu'ils s'en aillent à leur campagne ! Là, je ferai le coup. (A Don Vasco.) Rachetez-vous : je le permets.

GOLONDRO

Allons, tôt ! A ces poches !

Si la rigueur de notre sort se borne à ce sacrifice, et si vous vous en contentez, voici des joyaux de valeur. (Il présente • À Gil un coffret.) J'ai gardé ces souvenirs précieux d'une fille que j'avais.

INÈS

Et... qu*est-elle devenue ?

DON VASCO

• Je n'ai plus rien su d'elle depuis le jour de deuil où je

pleurai sa perte. Je me dépouille trop peut-être, en ceci ! et contre la permission de Dieu... Enfm, à vous ces bijoux, puisque vous m'avez fait grâce.

LNÈS

Tu t'amollis, ô mon cœur barbare ! (Haut.) Allez ! vous êtes libres.

GOLONDRO

Eh ! qu'il ne parte pas sans rédiger un petit testament !

DON VASCO

Tu m'as fait estimer la vie : à Dieu ne plaise maintenant que je meure.

LÉONOR

Viens, mon père, et remercions le Seigneur.

INÈS

Attends !

DON VASCO

Que veux-tu ?

INÈS, avec hésitaUon.

Je le prie, Seigneur, de me pardonner mes offenses, et de me l'affirmer en termes doux et bienveillants ; enfin, je te demande... je demande à ton cœur de me bénir... comme uii père.

DON VASCO

Du moment qu'avec une intention pure tu implores la bénédiction d'un vieillard, puisse Dieu te retirer de cette existence ! qu'il se penche sur toi, qu'il s'apaise, et que tu demeures pardonnée ! (Il sort avec Léonor.)

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