SCÈNE XII LE DÉMON, PUIS GOLONDRO
LE DÉMON
Tu lui apportes un rudo combat, et tu t'en prépares un à toi-même où tu pourrais bien succomber.
GOLONDRO, dehors.
Eh, là-bas! petite sœur, psitt! où vas-tu donc? chez les ermites ? Si tu as besoin de quelqu'un pour te convertir, je suis là. (Il entre vêtu en ermite.) Elle s'en va. Tant pis ! elle aurait appris que Thonime le plus saint ne me va pas à la cheville.
LE DÉMON
Cet hypoorile insolent ofTre une diversion à mes soucis.
GOLONDRO, l'apercevant.
Deo gratins, mon frère. (A part.) Comment, il ne baise pas rhabit ? Cet liomme-là ne me parait pas très dévot.
LE DÉMON
Elle serait bien placée, ma dévotion, avec un pendard comme toi.
GOLONDRO, saisi.
Il m'a entendu! (Haut.) Jésus! la maudite langue d'homme ! Mais persécuter la vertu n'est pas chose nouvelle sous le soleil.
LE DÉMON
Viens donc un peu, toi. Tu veux me faire croire à ta vertu ?
Garde-toi de la soupçonner !
LE DÉMON
Ne sais-je pas comment tu es arrivé ici? N'es-tu pas le même compagnon qui, hier encore, arrêtait une femme...
GOLONDRO Égarée...
LE DÉMON ... Et l'entraînait vers ces rochers...
GOLONDRO
Dans le bon chemin, mon frère.
LE DÉMON Tu es ivrogne !
GOLONDRO, à part, i Ça, c'est mauvais.
LE DÉMON
Et cette robe, tu Tas revêtue pour vivre plus grassement : tous les passants que tu rencontres, tu les rends tributaires de ta gourmandise.
GOLONDRO, à part.
Je dois sentir le vin. L'homme m'a éventé.
LE DÉMON Ne vivais-tu pas en voleur ?
GOlONDRO, à part.
Il n'y a rien à faire avec celui-là. (Haut.) Je vais prier, mon frère; la prière du jour est fort longue.
Et qui donc pries-tu aujourd'hui ?
GOLONDRO, à part.
Le frère vous serre le bouton.
LE DÉMON Parle hardiment.
GOLONDRO
C'est un saint qui est dans le Paradis, en entrant, à main droite.
LE DÉMON Oui-dà ? (Il le bat.)
GOLONDRO
Aïe !... Aïe !... A main gauche, alors !
LE DÉMON, le battant.
Tu crois?
GOLONDRO, se sauvant devant lui.
A la main qu'il vous plaira.