‹ Le théatre espagnolChapitre 58 sur 77 · SCÈNE xiir · texte numérisé non relu

SCÈNE xiir

Levant un antre sauvage LE DÉMON, PUIS INÈS, puis DON DIEGO

LE DÉMON

Inès arrive au rendez-vous que ma malignité lui ménage. En place ! et savourons le spectacle d'une chute inévitable, ou de deux.

INÈS, venant en scène.

Voilà bien, suivant l'indication, l'antre ou plutôt le vivant sépulcre du pénitent, miracle de ces monts. Je l'appellerai. Homme juste, père de paix et de bonté, enseigne-moi la route, dirige-moi!

(Don Diego paraît, en robe d'ermite.)

DON DIEGO

Que me veux-tu, toi qui m'appelles ? Ému d'une vive pitié, je sors de ma retraite à ta voix, bien que je sois séparé du monde. Il y a bien longtemps que personne n'a pénétré jusqu'ici.

INÈS

Mon père, je viens chercher en vous le réconfort de mes peines. Je suis couverte de tant de péchés ! le courage m'abandonne... Le récit d'égarements si multiples et si profonds, j'en ai peur, mon père, vous lassera.

DON DIEGO

Ne le croyez pas, j'ai pitié de vos maux. Asseyez-vous et reposez-vous ici avec moi.

LE DÉMON

Cette pitié très tendre s'aiguisera vite en aiguillon d'amour.

INÈS

Votre bonté m'encourage à vous avouer toutes mes chutes. Voilà déjà trois ans que, trompant la tendre affection de mon père, je me suis confinée dans ces montagnes, m'enfonçant toujours plus dans l'opprobre, étonnant, épouvantant ces lieux par des vols et des assassinats. Il n'est pas agression, vengeance, rapine, brigandage que je n'aie conçu, à quoi je n'aie participé ! Et maintenant (juc d'un trait je vous ai dit l'effet, je vous exposerai la cause de ma détestable folie. J'aimais un cavalier, d'un amour fidèle... dont le souvenir me trouble au fond de l'être, encore aujourd'hui !

Un peu mon ouvrage, cela.

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