‹ Le théatre espagnolChapitre 59 sur 77 · L\ÈS · texte numérisé non relu

L\ÈS

Mon père le haïssait. 11 voulut me donner en mariage à un autre cavalier. Alors, moi, sans peur du péril, j'avisai Don Diego de Ménésès (c'était le nom de mon amant) de venir, la nuit, derrière ma maison, et de m'enlever. Or il se laissa convertir par les paroles de Don Gil, et, sauvé, perdit l'occasion... dont l'autre profita. Gil m'emmena avec lui dans cette montagne, m'apprit le blasphème et la cruauté : de là mes fautes... que je vous ai confessées. (Don Diego pleure.) Votre pitié s'émeut pour moi î

LE DÉMON

La jalousie l'a mordu, puisqu'il pleure. Bravo ! nous triomphons.

LNÈS

Mes malheurs vous touchent?

DON DIEGO

Ah ! je suis forcé de pleurer ! mais vous ne concevez pas

pour quelle cause. Je pleure... parce qu'en m'éloignant du Monde, aux discours de Don Gil, afin d'abolir un passé coupable, je ne Testimais pas si imbu de taches et d'abominations qu'il pût être la source, encore, de tant de maux !

LE DÉMON

Aïe î... C'est à Dieu que vont ces larmes ! je les croyais bien à moi.

INÈS

Dieu puissant!... vous êtes Don Diego. (Tombant à genoux et pleurant.) Ah ! je vous ai trahi ! Punissez-moi : je suis indigne de pardon.

DON DIEGO

Relève-toi, pauvre âme ! Tes fautes ont contristéle Seigneur, et il n'y eut point d'autre offensé.

INÈS Je vous admire, du fond de mon avilissement ! (Elle pleure.)

LE DÉMON

Oh ! oh ! ces pleurs-ci me regardent, et ne sont plus au CieL

DON DlÉGO

Pourquoi pleurez-vous ?

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