‹ Le théatre espagnolChapitre 64 sur 77 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DON GIL; au dehors, INÈS

DON GIL

Une religieuse!... dans l'ermitage !... C'est un double sacrilège 1 Mais que m'importe à moi : je suis damné! Oui, j'ai désespéré, et il y a sentence rendue. Si je suis déjà réprouvé, qu'est-ce qui pourrait donc m'arracher au verdict d'en haut?

La voix D'INÈS, hors du théâtre.

Pénitence ! Pénitence !...

DON GIL, saisi.

Ciel ! Quelle voix si lamentable me répond... et m'aver-

lit ?... Imagioation trompeuse, l'efforces-tu à détruire mes joies ? Mais si Dieu m'a rejeté et maudît, à quoi te sert-il de prétendre que son arrêt puisse être révoqué ? Existe-t-il une force qui ait ce pouvoir ?

La voix dIXÈS

Pénitence ! Pénitence !

DON GÏL

Une autre fois ? L'avertissement m'est répété !... Mais il n'entre que dans mon oreille : il ne pénètre pas jusqu'à mon cœur. (Un silence. II va au fond.) Je serai si curieux de savoir qui me prêche ainsi, sans succès, d'ailleurs. Mais... est-ce une illusion?... La forme confuse d'un être humain se détache d'entre ces branches et s'achemine vers moi, la face noyée BOUS les cheveux qui pleuvent de son front. Je la distingue mieux : c'est une femme, à ce qu'il me semble, une pénitente ! elle est vêtue seulement d'un sac, et dans sa main, telle une autre Madeleine, elle tient une tête de mort. J'ai comme une angoisse de la voir, au moment où je n'attendais rien que l'accomplissement de mes désirs. Mais voici qu'elle arrive près de moi... Femme, quel est ton nom ?...

(Entre Inès, vêtue d'un sac, la face voilée de ses cheveux, une tête de mort à la main.)

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