SCÈNE IV DON GIL, INÈS
INÈS
Pénitence !... Pécheur, si tu es endormi dans la faute, voilà qui te réveillera î
DON GIL
Qui es-tu, émerveillement et horreur, monstre à figure de femme ?
INÈS
Qui je suis ? H est inutile de le demander : partout je le crie. Mais enfin tu veux savoir qui je suis: la réponse est là.
dans ma main. Regarde : je suis cette image hideuse et, jusqu'à ce que je revête entièrement cet aspect, j'emprunte une apparence éphémère. Je suis cela, et c'est cela que tu seras. Tout ce que le beau gosle joyeux, tout ce que le visage aimé offre à l'homme, ce qu'il admire de robuste et d'harmonieu3f, n'est qu'un masque et tombe. Mais ce qui est, c'est cela! rien que cela! Vivre en vue de cette fin-là, c'est vivre plus que les aulres, ceux qui l'oublient et qui meurent tout le temps qu'ils vivent... Je vais à ma mort, et je ne puis suspendre ma marche : si je n'allais vers elle, c'est elle qui viendrait à moi. Homme qui t'attardes ici, tu poursuis le même voyage : car ne va pas t'imaginer que rester en arrière, c'est arrêter ta vie : sache-le, dans la voie fatale, le retardataire est entraîné le plus vite.
DON GIL, baissant la tôle. '
Le sentier de la Mort est étroit et dur ! (Inès a traversé la scène en montant et ya sortir à gauche, n se redresse et crie:) Ne disparais pas, fantôme — ou qui que tu sois — parlemoi encore !
INÈS, s'arrétant.
Je parle à qui offensa Dieu. Toi qui m'écoutes, sois ce que tu voudras ! Je fus révoltée et je dis tout ceci pour moimême, mais si tu l'entends pour toi, c'est alors que ton péché te parle.
DON GIL
Tu t'adresses bien à moi, et j'entends la voix de ma faute. Mais il est tard et je suis lâche.
INÈS
Jamais il n'arrivera tard, celui qui vient avec douleur. (Elle disparaît à gauche.)