‹ Le théâtre et les moeursChapitre 2 sur 13 · A. BOURGEOIS ET F. DUGUÉ · texte numérisé non relu

A. BOURGEOIS ET F. DUGUÉ

Sur la Fille des Chiffonniers.

Le directeur de FAmbigu, pris de court, a remonté hâtivement la /^i//? rfe5 Chiffonniers, d'Anicet Bourgeois et Ferdinand Dugué. J'ai revu avec curiosité ce drame célèbre, un des modèles du genre, joué mille fois, cent fois repris. Il est d'une absurdité à tel point paradoxale, qu'elle en devient amusante. L'action n'y languit pas ; il n'a que ce mérite; les situations y sont toujours tendues, et chaque acte s'achève, comme les tranches d'un feuilleton bien coupé, sur l'attente d'un prochain coup de théâtre.

Le chiffonnier Bamboche dirige les événements ; c'est le Napoléon de l'intrigue, il la mène au galop, tambour battant. Cet honnête homme a tué sa femme dans un mouvement de jalousie furieuse; du moins il croit l'avoir tuée. 11 la retrouve comtesse, millionnaire, /emariée à un ancien corsaire et négrier, le Brésilien Dartès, personnage falot, qui dépasse en niaiserie tout ce qu'il est possible d'imaginer ; Bamboche arrache aux griffes de la cjquine Finnocente Mariette, il la confond, la démasque solennellement, la livre aux tribunaux. Ce cas

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de bigamie se complique de rapts, de séquestration, de captatioDS d'héritages, d'empoisonnement. Il y a un duel aux lanternes et deux bals, l'un dans le grand monde, l'autre dans le monde des chiffonniers. Ce dernier dut éblouir, par son gai réalisme, le public de 1861. Il nous laisse froids. Nous sommes allés plus avant dans cette note, nous avons eu V Assommoir. Ce qui subsiste de plus pittoresque, c'est le type de la mère Moscou, ex-cantinière de la garde, qui eut trois maris fauchés sous elle, tous trois grenadiers de l'empereur, et qui porte pieusement leurs reliques : la chaîne de montre de Grabugeot, la pipe de Millavoine et la tabatière de Romulus. Cette silhouette, crayonnée par Charlet, nous paraît moins vieillotte que les autres personnages, justement parce qu elle est plus lointaine et parée d'une certaine grâce archaïque. Ce rôle fut joué à l'origine en travesti par un acteur, le joyeux Alexandre, qui en faisait une énorme et truculente caricature. Mme Noris y met de la belle humeur. Bamboche, c'est M. Villa, le favori, le bon « rigolo », adoré de la foule. Il n'ouvre pas la bouche que déjà l'on se tord. C'est un homme populaire. M. Etiévant donne au négrier converti Dartès l'allure balzacienne d'une gravure de mode de 1835. Mlle Chapelas, la fille des chiffonniers, est digne, par sa modestie et sa vertu, de l'amour que lui témoignent ses trois cent trente-trois pères adoptifs, puis son vrai père, miraculeusement retrouvé entre le quatrième et le cinquième acte, puis le brillant docteur Paul Verdier qui la rendra plus tard si heureuse I

Il n'entre pas dans ma cervelle que de pareilles sornettes puissent intéresser qui que ce soit. Pourtant, il faut s'incliner devant l'évidence. Elles gardent un reste de séduction. Cela plaît aux spectateurs des galeries. Ils aiment encore le mélo, bien conduit et bien construit. Et ces spectateurs constituent le fond de la clientèle de l'Ambigu. On nepeul se passer d'eux. Quand la galerie va, tout va. Mais je persiste à penser que ce goût ira

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