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Le théâtre et les Moeurs

J'assemble en ce volume ouelques-uns des articles épars que j'ai eu Toccasion de publier, à divers moments de ma carrière et en divers recueils, sur le théâtre et surTétat moral du temps où j'ai vécu. Je ne m'excuse pas, comme c'est l'habitude, de publier aussi peu de chose que des morceaux détachés et sans suite ; et je n'allègue pas, pour pallier mon impertinence, les nombreuses sollicitations que m'auraient adressées mes amis littéraires et qui seules m'auraient décidé à tenter une entreprise aussi présomptueuse.

Un recueil d'articles de journal et de revue n'a sans doute pas grand prix, si l'écrivain qui s'exprime sous cette forme a l'imagination banale, le jugement médiocre, un style hors du bon

\^ . *.- : ;-': .,.• préface.

.•goût 'èi .dÎ8;Ta.\ërité. J'oserai faire remarquer

qu'il en est absolument de même quand il s'agit, au lieu d'un recueil d'articles, d'un recueil de maximes ou de sonnets, d'un recueil de sermons ou de comédies, de l'histoire d'un grand ministre delà guerre, bourrée de documents inédits, d'une Histoire de France en vingt volumes. Les productions de l'esprit, de quelque genre qu'il s'agisse, valent surtout par la qualité de l'esprit qui les produit. Les Sermons de Bourdaloue^ par exemple, ne forment pas ce qu'on pourrait appeler un système suivi d'apologétique chrétienne ; ils ne forment pas un traité de morale par livres et par chapitres. On ne sait pas pourtant mauvais gré à la Compagnie de Jésus qui a pris soin de les sauver de la dispersion et d'en composer un corps de volumes ; de sorte que chacun sache toujours où retrouver « ce fonds de raison qui, joint à une imagination vive et pénétrante, nous découvre d'abord dans chaque chose le solide et le vrai ». Je ne suis pas Bourdaloue ; je ne le suis ni pour la vertu, ni pour l'éloquence, ni pour le doux héroïsme de l'esprit. Mais les auteurs des recueils de poésies et de comédies en vers, des ouvrages d'histoire et des prônes auxquels je fais allusion ne sont pas non plus Malherbe, Segrais, Regnard, Massillon, Mézeray, Voltaire, bien qu'ils aient rempli la vocation qui

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