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leur était propre, de devenir membres de plusieurs académies et commandeurs de plusieurs ordres. C'est pourquoi il ne me conviendrait pas de m'excuser plus qu'eux.
Personne ne m'a donc prié de publier ce volume. Je le publie parce que l'éditeur à qui je l'ai proposé n'a pas jugé ces feuilles fugitives indignes de ses soins ; c'est grâce à lui qu'elles seront quelquefois relues. Mais je le publie surtout pour me faire plaisir à moi-même. Ce sont les sensations de ma vie ; ceux qui les ont éprouvées avec moi sont devenus rares ; la mort, l'âge et la maladie les ont déjà retranchés du monde ou frappés de cette indifférence et de cette insensibilité progressives qui marquent les étapes de cbacun de nous vers le néant. Il en reste cependant encore quelques-uns au milieu de nous qui se plairont à se retrouver en ces pages légères ; ils ne m'en voudront pas d'oser les leur présenter.
J'ai distribué ces. articles en trois parties. La troisième partie traite de l'état actuel de l'art comique et des mœurs théâtrales. Cette troisième partie offre plutôt un intérêt technique qu'un intérêt historique; à supposer, bien entendu, que ce que j'ai écrit offre un intérêt quelconque. Les deux premières parties forment une contribution à l'histoire littéraire et morale de notre
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siècle. J'ai rangé les articles dont ces deux parties se composent, sous la rubrique de deux dates, 1830 et 1852. La chute de Napoléon I" et de rhégémonie française en Occident, en 181S, a marqué pour l'Europe et pour la France une époque nouvelle dont les vicissitudes ont été surtout fortement tranchées en ce qui concerne la France. Les deux dates de 1830 et de 1852 sont les points de repère de notre histoire politique, morale et littéraire depuis 1815. Chacune d'elles, pour nous Français, ressemble à la colonne de feu qui marchait devant les Israélites pour les guider dans le désert. De 1815 à 1830, notre effort national est tout entier tendu vers l'explosion finale de 1830; quelque chose s'épanouit alors qui se fixe, se détermine, dure et porte ses fruits jusque vers les années 1849 et 1850; de telle sorte qu'il est vrai de dire historiquement, que l'année 1830 rejaillit sur quinze ans en arrière par le travail qui la prépare, sur vingt années en avant par le travail qui la continue, et que la période comprise entre les années 1815 et 1850 forme un seul et même tout distinct et nettement délimité. La nuit du 2 décembre 1851 et l'ensemble de lois qui s'y rattache ont opéré une autre métamorphose. Fortoui, présidant au mois d'août 1852 la distribution des prix du Concours général et voulant définir
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Pacte, selon lui, providentiel, accompli par le prince Louis-Napoléon Bonaparte dans la nuit de Décembre, ne craignit pas d'insinuer aux maîtres et aux élèves assemblés autour de lui, qu'il avait été donné au courage et au génie d'un seul homme, de changer du tout au tout, en une nuit, non seulement les institutions, mais encore la pente des mœurs et celle des idées dans notre pays. Ce discours parut alors une énormité qui n'avait pu être inspirée au ministre de Finstruction publique que par une idolâtrie de commande. Fortoul cependant avait vu juste dans le tourbillon des phénomènes qui s'accomplissaient alors. Entre le 2 décembre 1851 et le 10 décembre, il n'y a que huit jours; il y a un abîme. L'âme française et l'esprit français ont cessé d'être affectés de la même façon. Les règles du jugement ont changé. On dirait que même l'appareil nerveux de la race a subi une sorte d'endurcissement soudain. En 1830, l'âme française et l'esprit français étaient faits d'enthousiasme, de foi, de tendresse et d'amour. Un rêve de justice et de liberté s'était emparé de la nation; on avait devant soi les longs espoirs et les vastes pensers; on nageait dans l'idéal et l'idéologie ; on affirmait pour tous et pour chacun le droit au bonheur. A nos idées et à nos sentiments, il semblait que tout ce qu'il y a de forces dans le monde venait