‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 48 sur 62 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MERCURE, pais GALYPSO.

C*est bien Mercure en effet. Il cherche Calypso, qui sort en ce moment de la grotte. En l'apercevant» Calypso s'étonne et se défie. D'ordinaire, Mercure ne la gâte pas de ses visites : icapoç yt (a^vouti Oa{xf

— Qui t'amène; Mercure? Qu'est-ce qui arrive? Parle I... Mais parle donc I

— Puisque tu le veux, 6 codéesse, je vais parler I lui dit Mercure, malin : mais tu n'auras rien à me reprocher; c'est bien sur ton ordre au moins!

Et Mercure lui enfile ses histoires I II lui conte que cette prude de Minerve est venue dénoncer au conseil des dieux les scandales de Tile d'Ogygie. Minerve a fait rapport officiel comme quoi Calypso, nymphe sournoise, avec ses cheveux en boucle et ses accrochecœurs (tÛ77Xdxa(j.oc), retient Ulysse dans sa grotte en rocaille et l'empêche de remplir les arrêts des dieux. Encore si le temps perdu par Ulysse était un temps de plaisir pour lui! Mais on sait fort bien dans

rOlympe qu'Ulysse n'est pas consentant et qu'il n'entre plus dans la grotte qu'en levant les bras au ciel et en criant : AvàyxTi ! (Le mot est dans Homère.) Aussi l'ordre formel de Jupiter est-il que la nymphe eÛTrXdxajjioç rende la liberté à Ulysse et lui fournisse tout ce qu'il faut pour regagner Ithaque.

Ici, Calypso éclate :

— SxéTXtot ccrrà, Oàotl Vous voilà bien, TOUS autres, dieux terribles de l'Olympe! Une malheureuse petite déesse, isolée, ne peut pas faire la fête un moment, sans qu'aussitôt vous preniez des airs effarouchés ! N'avez-vous donc rien, là-haut, qui vous occupe, pour vous mêler sans cesse des affaires des autres? Que me veut Jupiter? que lui ai-je fait? que me reprochet-il? Ce mortel, mon délice, mon bijou, mon joujou, qui me distrait de l'immortalité, c'est Jupiter luimême qui l'a jeté chez moi! Eh! Jupiter n'avait qu'à ne pas briser le vaisseau du Grec, avec ce tonnerre qu'il est toujours à brandir sans qu'on sache pourquoi, u<j;^6pT}fi.TfiTT5ç Zsuç! J'ai recueilli l'infortuné, tout nu; je l'ai nippé ;/« le nourris, et maintenant, les dieux me l'envient ?... Mais de quoi est-ce que je m'étonne? Yous n'en faites jamais d'autres ! A peine avez-vous su, dans l'Olympe, la fantaisie d'Aurore aux doigts de rose pour le jeune Orion, crac! en avant les flèches pudiques de Diane I Le bel Orion n'en a pas eu pour longtemps... A présent, c'est mon tour!... C'est insupportable... Je sais bien qu'on ne résiste pas à Jupiter et à son tonnerre... Eh bien, tant pis!... Je résisterai. Ulysse peut s'en aller s'il veut. Je

ne le renverrai pas moi-même ; je ne me charge pas de lui fournir des voiles, des rames» un gouvernail; mon lie ne produit rien de tout cela; mon île n est pas un chantier de consti^uctions navales.

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