SCÈNE PREMIÈRE
ULYSSE, seml.
Ulysse est assis sur un bloc de pierre. Il regarde tantôt la grotte et tantôt la mer. Ses réflexions ne «ont pas gaies. La mer est devant lui, bleue, douce, infinie, avec une lumière si limpide qu'il lui semble que là-bas, là-bas, il aperçoit la fumée d'Ithaque et «e dit qu'un jour de navigation le ramènerait sang peine auprès de la chaste Pénélope. Oui; mais les €yclopes, mais Charybde et Scylla, mais l'étable de €ircél S'il allait retomber en toutes ces aventures dénuées d'agrément I Ah! que cette mer au bleu sou* riant est donc perfide!
D autre part^ la grotte ne lui dit plus grand chose. Il en a à satiété, des divins tête-à-tête dans le (lu)^» «icetou^ yXacpupoio, et de la ^XonrjTt et du (jiiQveiv icap 'aXX-y^Xoiai. Elle est enragée, la belle nymphe, tandis qu'auprès de Pénélope on dormirait si tranquille après tant de travaux I Le bon Homère ne nous mâche pas la chose ; il y met moins de façons que ne ferait certainement Ludovic Halévy ou Albert Millaud. Il nous les peint tous deux^ l'amante et l'amant, quand il leur arrive encore d'entrer ensemble dans la grotte comme par le passé, très divisés de sentiment, elle voulant bien toujours, lui ne voulant plus du tout; c'est textuel; «ux eÔeXûv e9eXou(n^. Ouelle existence pour le pauvre Ulysse I Aussi n'a-t-i^
qu'une idée, la même qu'Arnal, dans un Bal du grand monde, quand il s'écriait d'un air si drôle et si ahuri : « Je voudrais bien m'en aller. »
— Mais que voîs-je I dit tout à coup Ulysse ; n'estce pas Mercure? Que vient-il faire ici? Cachons-nous derrière cette fontaine.