PRÉFACE V
et consciencieuses de M. Petit de Julleville se succèdent un peu au hasard, reliées tant bien que mal par des transitions souvent insignifiantes ; l'impression totale fait défaut ; Fauteur nous fait connaître des miracles écrits en vieux français, il ne nous fait pas comprendre le développement du miracle au moyen âge. Au contraire, la première préoccupation de M. Mortensen, en présence des quarante pièces du manuscrit Çangé, est d'y introduire des groupements rationnels d'après le caractère des sujets, d'y reconnaître des types différents, depuis le miracle qui est vraiment un miracle jusqu'à celui qui n'est à proprement parler qu'un drame profane; et le chapitre devient vivant, marche vers un but, et se trouve participer au mouvement général de tout le livre.
Sans doute les études philologiques qui ont
pour objet de débrouiller le passé portent en
elles-mêmes leur justification et n'ont pas
3esoin d'être soumises à l'approbation du
;rand public. Cependant il n'est pas inutile
Ti PRÉFACE
que celui-ci s'y intéresse et en comprenne la portée. En France, où l'intérêt esthétique domine les autres, ce qu'on demande d'ordinaire aux médiévistes de profession c'est de dégager les éléments de beauté épars dans le moyen âge littéraire , de montrer ce qu'on trouve à « goûter » dans ces vieux textes qu'on édite avec tant de soin et de scrupules. Les tentatives faites pour satisfaire à ce désir échouent généralement : le charme naïf du texte disparaît dans la traduction ; les adaptations sont rarement réussies, et le public a vaguement l'idée qu'on veut lui en faire accroire. Si Ton se plaçait au point de vue esthétique, il ne resterait pas grand chose du théâtre du moyen âge : quelques passages touchants extraits des mystères, quelques scènes du Jeu de la Feuillée, de Robin et Marion, et peut-être r Avocat Pathelin tout entier.
En revanche il est un autre genre de beauté qu'il faut faire sentir aux non initiés, et que j'appellerais, faute de mieux, la « beauté évolutionniste. » C'est celle que présente surtout
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la littérature médiévale. C'est aussi celle que M. Mortensen a essayé de dégager de Fétude spéciale du théâtre. S'il est intéressant de faire le bilan des beautés du moyen âge, il est important pour la culture en même temps que séduisant pour l'imagination de voir en raccourci comment le drame moderne est sorti peu à peu du sacrifice de la messe et de la liturgie chrétienne. Aucun spectacle n'est plus instructif, car il montre à la fois la force créatrice du sentiment religieux et la force d'émancipation de Tintelligence humaine.
Nous espérons que le présent livre contribuera à faire comprendre en France l'intérêt humain, général, que peut présenter l'étude des origines. D'ailleurs, si la France moderne n'a rien de comparable aux mystères d'Oberammergau, nous avons cependant assisté çà et là, par exemple en Provence, en Bretagne, dans les Vosges, à des tentatives faites pour restaurer les spectacles dramatiques populaires : le succès de plusieurs de ces tentatives semble indiquer que les Français contemporains ont