XVI INTRODUCTION
11 est vrai qu'au point de vue esthétique, le jugement que Ton doit porter sur ce drame est loin d'être aussi favorable. D'abord le style en est trop souvent défectueux, ce qui étonnera peut être moins si l'on veut bien réfléchir que nous avons aflaire à des œuvres de circonstance, écrites la plupart du temps pour une représentation unique. Ce qui est plus grave, c'est le manque de concentration. Ces drames atteignent souvent des dimensions démesurées, et des mystères de 20 à 30 000 vers n'étaient pas une rareté ; la composition est lâche et manque de perspective.
Il ne saurait guère être question de peinture de caractères au sens moderne de cette expression. Et pourtant il y a de ces drames qui par^ le réalisme naïf et l'émotion ardente méritent une place à côté des chefs-d'œuvre de l'art moderne.
De plus, le drame du moyen âge a une grande importance pour Thistoire littéraire.
Nous y trouvons en effet la source de deux des grandes littératures dramatiques de l'Eu-
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rope. Si Ton veut comprendre à fond un ^y^ drame de Shakespeare ou de Lope de Vega, si Ton veut se représenter clairement et complètement l'histoire du théâtre classique de l'Angleterre et de l'Espagne, il est nécessaire de connaître aussi le drame du moyen âge avec toutes ses particularités ; car dans leut arrangement des scènes, (fans toute leur technique, les grands dramaturges anglais et espagnols de la Renaissance sont les continuateurs directs des traditions médiévales.
Cette forme particulière de drame, que le moyen âge a créée et qui s'oppose d'une façon si complète à la tragédie classique, a été répandue dans toute l'Europe. Des pièces du même genre ont été représentées jusqu'en Suède. Ce type dramatique a joué un rôle plus ou moins important en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Angleterre. Mais il a son origine en France, et c'est en France aussi qu'il a reçu son développement le plus complet et le plus riche. C'est là qu'on retrouve le plus de monuments de ce théâtre