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LA MISE EN SCÈNE ET L*ART DKAMATIQUE

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scëtie anglaise I Là, rien n'empêchait les personnages de se multiplier, les armées de se heurter, et les foules de jouer un rôle important dans l'action. La scène, précisément parce qu'elle ne changeait pas, pouvait être supposée changée aussi souvent qu'on le désirait, et toujours elle appartenait tout entière à l'action'. Mais la scène de Hardy et de Rotrou ne pouvait être supposée changée qu'autant de fois que le nombre de ses compartiments le lui permettait i et ces compartiments, encombrants et fixes, étaient un insurmontable obstacle aux mouvements rapides et tumultueux. Gomment remplir la scène d'une foule, dont le public n'aurait su dire si elle était à Rome ou à Athènes, à Thèbes ou en Macédoine ? Gomment faire aller, venir, fuir, triompher des armées ennemies, sans qu'elles eussent l'air de se transporter de compartiment en compartiment, et de faire les plus extravagants voyages ? Gomment, enfin, réclamer une imagination puissante à un public dont jamais on n'avait exercé l'imagination P

Ainsi la décoration multiple, telle qu'elle était installée à l'Hôtel de Bourgogne*, était presque aussi défavorable au mouvement que les banquettes sur la scène le devaient être, et que l'avaient déjà été les théories et les procédés d'imitation des tragiques du xvi* siècle. A cet égard, tout au moins, les nécessités de la mise en scène servirent les secrètes tendances de Hardy, et l'empêchèrent de rompre

1. Ce mot appelle pourtant une réserve. Déjeunes seigneurs, nous Pavons dit. étaient installés sur la scène, et même au fond de cette scène, face au public ; mais leur présence n'y nuisait pas à l'action et au mouvement comme elle le devait faire chez nous, parce que le public était habitué à se passer de décoration, et à supposer une foule là où on ne voyait que quatre ou cinq figurants. Les poètes anglais avaient exercé l'imagination de leur public, les poètes français avaient toujours parlé aux yeux du leur.

a. La restriction est nécessaire, rien n'étant plus tumultueux que le théâtre du moyen âge.

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complètement le fil de la tradition classique. « La tragédie française, dit Saint-Marc Girardin'..., aura toujours une sorte de répugnance instinctive pour le mouvement tumultueux de la scène ; elle aimera mieux le récit et le discours, quoique un peu froids, que l'action turbulente et désordonnée. Cette répugnance est déjà visible

dans Hardy et ses successeurs Corneille et Racine ont

perfectionné la tragédie française, mais ils n'en ont pas changé le caractère. »

Nous venons de voir pourquoi ces paroles sont vraies. Classique par goût, romantique par nécessité, Hardy était obligé par sa mise en scène elle-même de servir de transi-* tion entre l'art du moyen âge, qui avait été si longtemps le seul maître du théâtre, et l'art classique, qui allait bientôt l'y remplacer. Mais il ne se tint pas partout et toujours à égale distance des deux rivaux. Si nulle part il ne fut exclusivement classique ou romantique, du moins fut-il plus particulièrement classique dans ses tragédies, plus particulièrement romantique dans ses tragi-comédies.

Et ses successeurs firent de même, passant de Sylvie à Sophonisbe et de Sophonisbe à Vlllvatre corsaire comme Mairet, des Occasions perdues à Hercule mourant et d'Her^ cule mourant à ^Innocente infidélité comme Rotrou, du Trompeur puni à la Mort de César et de la Mort de César à ï Amant libéral comme Scudéry, ou encore de Clitandre à Médée et de Médée à V Illusion comme Corneille. Après quoi, la tragédie triompha et le drame libre disparut» Mais le drame libre ne disparut qu'en apparence, remplacé, en attendant la chute des entraves classiques, par la tragédie et la comédie romanesques, ainsi que par les pièces à machines. Et la tragédie, si elle fut beaucoup plus

I. Cours de litt. dramatique ^ nouv. éd., Paris, Charpentier, 1875, t. III, p. 3o5.

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rigide et austère que ne l'auraient voulu nos tragiques de i634 ou de i635, n'en fut pas moins infiniment plus souple et agissante que ne l'avaient rêvée les disciples dociles de Sénèque, au xvi* siècle. En dépit des Aristotfliciens, il servait de quelque chose à la tragédie « d'avoir passé par le décor à cinq compartiments hérité des mystères* », et, même pour ses ennemis, le vieil Hôtel de Bourgogne, si dédaigné, n'avait pas travaillé tout à fait en vain.

I. J. Lemaitre, Journal des Débais ^ ai juillet 1890, articje sur mon Alex, Hardy.

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