‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 118 sur 140 · I. Jariy, p. 3a · texte numérisé non relu

I. Jariy, p. 3a

a. Poétique, ch xxiv, trad. Egger.

3. Ainsi s'expliquent encore des ressemblances avec le théâtre espagnol, que l'on a voulu attribuer à une imitation directe. « Le drame de Lope est une nouvelle mise sur le théâtre, un roman

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le public des changements de lieu. Elle put continuer à avoir une durée indéfinie, un changement arbitraire du temps correspondant à chaque changement du lieu. Elle put continuer enfin à faire de Tunité d'impression 'ou d'intérêt le lien unique de ses diverses parties. Mais combien l'imagination créatrice du poète se trouva plus libre I Quelle splendeur il put donner à ses palais, quelle horreur à ses tempêtes, quelle féerique beauté à ses paysages ! Dans nos théâtres contemporains, amoureux d'exactitude, les descriptions de Shakespeare font le désespoir des décorateurs et la ruine des directeurs ; sur le théâtre français de i63o, elles eussent fait paraître plus mesquins encore, souvent même ridicules, les compartiments qui se partageaient la scène ; mais sur le théâtre anglais, où toute décoration proprement dite manquait, elles y suppléaient magnifiquement, grâce à l'imagination toujours agissante des spectateurs. Le poète était stimulé par la nécessité de ne compter que sur lui-même, le public par la nécessité d'entrer en communication immédiate avec la fiction. Heureux public I car il n'avait pas à subir Vaction ; il y collaborait, il la conduisait lui-même, et Vidéal devenait le réel sans plus d'efforts quil nen coûte à la volonté pour créer une illusion^.

Que de beautés ne devons-nous pas à cette étroite collaboration de l'auteur et du spectateur anglais! Que d'inventions hardies, que de tableaux vivants et animés auraient été impossibles sans le vide et la pauvreté de la

I. Expressions du général Tchcng-ki-tong, le Théâtre des Chinois, Paris. Lévy, 1886, in-i8. p. 11. — Cf. Taine. Hist. delà litt. angl., t. I, p. 423-4^4; Sarcey, le Temps, a3 juillet 1 883, etc. Les poètes français contemporains qui forment l'école symboliste voudraient ramener le théâtre à la simplicité du temps de Shakespeare; le poète, disent-ils, n'a qu à peine besoin du décorateur, « la parole crée le décor comme le reste ». Voy. un article de M. Pierre Quillard, De l'inutilité absolue de la mise en scène exacte (^Hevue d'art dramatique, i«' mai 1891),

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