‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 3 sur 140 · Vie de P. Corneille, OEuvres, t. IV, p · texte numérisé non relu

Vie de P. Corneille, OEuvres, t. IV, p

2. Outre Théagène et Cariclée, les pièces qui composent le a® volume du Théâtre : la Mort d'Achille^ Coriolan, Mariamne... sont signalées par Hardy comme étant des œuvres de sa jeunesse.

Il ne saurait donc être inutile de chercher ce qu'étaient et comment vivaient les troupes de campagne, quelles épreuves avaient à suhir leurs poètes et quelles ressources ils devaient montrer.

Les moyens ne manquent pas de faire la reconstruction que nous désirons.

' En i6o3, un comédien espagnol, Rojas, publie à Madrid el Viage entretenido ^ , a le voyage où Ton s'amuse », où nous trouvons des portraits d'acteurs peu flattés et de piquantes scènes de la vie comique. En i65i et en lôSy. Scarron donne à Paris les deux parties de son Roman comique. En 1674. Chappuzeau consacre quelques lignes aux troupes de campagne dans son Théâtre françois et donne sur elles quelques renseignements précieux. Enfin nous possédons des détails authentiques sur un certain nombre de troupes nomades, notamment sur celles dont MM. Mentzel et Trautmann ^ ont signalé les voyages en Allemagne depuis 1672 jusqu'aux environs de i63o. En voilà assez sans doute pour nous donner une idée de l'existence de nos comédiens ; et nous pouvons laisser de côté d'autres sources d'informations, plus tardives et plus suspectes, comme les diverses suites du Roman comique et le Voyage de Guibray, analysé par M. Chardon ^,

Ajouterai-je qu'il y a lieu de choisir entre les traits que nous fournissent les originaux étudiés par nous? Les co-

1. Voy. à V Index bibliographique \ c'est là qu'il faudra chercher des indications complètes sur les ouvrages que, pour ne pas nous répéter, nous mentionnerons d'une façon abrégée.

2. Voy. à r/nrfea; K. Trautmann, Franzôsische Schauspieler am bayrischen fJofe.

3. La Troupe du Roman comique, p, 129 a i44. C'est une imitation de Scarron, mais fort romanesque, et où la part de la réalité est difficile à démêler; elle parut en 1704.

médiens du Viage entretenido sont des contemporains de Hardy^ ou peu s'en faut ; mais ce sont aussi des Espagnols, i ^* qui ont leur physionomie particulière et dont les mœurs et Texistence s'expliquent par le milieu où ils se meuvent. — Pour le Roman comique^ il faut tenir compte de sa date et de son caractère d'œuvre d'imagination, en prenant garde toutefois de n'exagérer pas l'importance de Tune comme de l'autre. Certains portraits de ce livre sont éridemment fidèles, certains récits en sont véridiques, et nulle part Scarron n'a complètement perdu de vue ce qu'il avait observé, quand des troupes d'acteurs parcouraient le Maine. De plus, les événements qui forment l'action sont compris par M. Chardon dans une période allant de i6'6^ environ à i64i au plus tard S ce qui les rapproche du temps qui nous occupe ; et ceux que Scarron fait raconter par certains de ses héros remontent encore beaucoup plus haut: la Rancune et la Caverne ont joué des pièces de Hardy quand ils étaient jeunes et nous parlent volontiers de cet heureux temps. — Chappuzeau enfin est de beaucoup postérieur, mais il donne quelques renseignements rétrospectifs, et, de plus, dans les faits contemporains qu'il cite, comme dans ceux que nous savons d'autre part touchant certaines troupes de campagne, il en est qui sont de tous les temps, parce qu'ils résultent de la nature même des choses, et nous pouvons en faire notre profit.

Avouons-le cependant : l'époque qui nous intéresse le plus étant celle où couraient la province les troupes qui ont établi à Paris le théâtre moderne, c'est-à-dire les années qui ont immédiatement précédé ou suivi 1600, l'esquisse que nous allons tracer ne sera peut-être qu'à moitié ressemblante, car il y faudrait marquer avec netteté deux traits que nous ne trouvons dans aucun de nos modèles, et qui la modifieraient, — nous ne savons au juste jusqu'à quel point.

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