‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 39 sur 140 · Fonds français, 34 33o · texte numérisé non relu

Fonds français, 34 33o

mière partie de ce Mémoire, celle qu'a écrite Mahelot, ne peut avoir été commencée avant Tannée i633 * ; il y avait alors deux théâtres à Paris ; auquel des deux servait-elle ? Question importante pour nous ; en effet, quinze pièces de Hardy figurent sur le Mémoire, et si trois, publiées déjà par Tauteur, étaient tombées par ce fait dans le domaine public et ne peuvent nous donner d'indications certaines, les douze autres, en revanche, n'ont jamais été imprimées et ne pouvaient être jouées que par la troupe qui en avait eu la primeur, celle dont Hardy était le poète en titre. Quelle était cette troupe ?

Celle de l'Hôtel de Bourgogne sans doute, répondait déjà Eugène Despois', et ce qui le lui faisait croire, c'était « l'absence des premières pièces de Corneille, jouées presque toutes sur le théâtre du Marais ». La raisqti a sa valeur ; mais l'histoire des premières pièces de Corneille est mal connue, et, d'ailleurs, nilasion comique figure dans le Mémoire '. Cherchons d'autres indices.

Tout d'abord, un certain nombre de pièces nommées par Mahelot ont sûrement été jouées à l'Hôtel de Bourgogne, la Silvanire de Mairet, par exemple, ou V Infidèle confidente de Pichou, ou VAminte de Rayssiguier, ou r Esprit fort de Claveret* ; mais les premières de ces pièces

I. Nous le montrerons plus loin, dans la note a de l'Appendice.

3. Le Théâtre franc, sous Louis XI V, appendice, noie a, p. 4ii> Siin. Perrîn, Etude sur la mise en scènes p. xxvii, et Lotheissen, t. II, p. 38o, l'attribuent aussi àlHôtelde Bourgogne, mais sans donner aucun argument à Tappui de leur assertion.

3. Sous le titre erroné de Mélite\ voy., ci-dessous, la note a de l'Appendice.

4. Citons Mairet : « L'ayant faite plutôt pour l'Hôtel de Montmorency que pour l'Hôtel de Bourgogne » ; — Isnard, ami de Pichou : « Cette belle tragi-comédie de l'Infidèle confidente, qu'on a vu si souvent représenter publiquement par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne » ; — Rayssiguier : « Ceux qui portent le teston à l'Hôtel de Bourgogne veulent que l'on contente leurs yeux... » Préface de VAminte. Voy. les frères Parfait, t. IV,

étaient certainement imprimées quand Mahelot écrivait, et la dernière pouTait Tétre ; elles ne fournissent donc pas une preuve irrécusable. — Inversement, toutes les pièces que nous savons avoir été représentées par la troupe Le Noir-Mondorv manquent dans le Mémoire : Mélite, Virginie, Sophonisbe, Marc- Antoine, la Comédie des Comédiens de Scudérj, les deux Sosies, le Cid. Peut-être ces deux dernières œuvres n'ont-clles été jouées qu'après la rédaction du Mémoire, et les autres (sauf Marc-Antoine^ étaient imprimées. Il n'en résulte pas moins du rapprochement de nos deux remarques une très forte présomption. — Voici qui est plus probant encore. La première pièce de Hardy que cite le Mémoire, est, à en juger par la décoration, une sorte de pastorale comique et porte ce titre : la Folie de Turlupin. Évidemment ïurlupin, c'està dire Henri Legrand, en jouait le principal rôle, et c'est lui qui donnait son nom à la pièce, comme il était déjà arrivé à Gros-Guillaume, comme il allait arriver si souvent à Jodelet. Or, Turlupin, nous le savons, jouait à l'Hôtel de Bourgogne, et y jouera jusqu'en 1687, date de sa mort *. — Mais la preuve la plus décisive nous est fournie par une brochure plaisante publiée en i634» sorte de réclame en faveur de l'Hôtel de Bourgogne et de la Basoche, et où les farceurs de l'Hôtel doivent avoir mis la main. Elle a pour titre : F Ouverture des jours gras ou r Entretien du carnaval *. L'auteur ou les auteurs y con-

p. 386, 483. 534- — Claveret dit au lecteur de i Esprit' fort : « Cette pièce a été représentée beaucoup de fois sur le Théâtre royal 50US le nom à^Argélie et V Esprit fort. » Voy. fr. Parfait, t. IV, p. 45o. Voy. aussi Tailemant. t. VII, p. 173 (Hist. de Mondory). 1/ Esprit fort^ représenté en 1629, na été imprimé qu*en 1 636 d'après les fr. Parfait, en 1687 d'après La Vallière (t. III, p. 4) et Brunet (t. II. p. 91).

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