LES DRAMATURGES AUX GAGES DES COMÉDIENS
Puisque, pendant près de trente ans au début du
XVII* siècle, il n'y a eu à Paris qu'un seul théâtre, il n'y a
plus lieu de s'étonner, ni du petit nombre des acteurs
connus, ni de la rareté des auteurs qui paraissent avoir
fait jouer leurs œuvres. Si nous cherchons comment ce
. théâtre unique se fournissait de pièces, quels étaient les
genres dramatiques qu'il cultivait, comment étaient orga-
- nisées ses représentations, et quel était son système déco-
• ratif, nous nous trouverons avoir étudié toute la vie
théâtrale de Paris pendant la plus grande partie de la
période qui nous occupe.
Et d'abord, comment l'Hôtel de Bourgogne se fournissait-il de pièces ? quels étaient ses rapports avec les auteurs? Vous avons vu comment ceux-ci vivaient dans les provinces : quelle était leur existence dans la capitale P
Des auteurs, il n'y en a eu plusieurs qu'à une date assez tardive, et, pendant de longues années, on n'en a connu qu'un seul : Alexandre Hardy. Est-ce à dire que
fi
Hardy ait été le fournisseur en titre de l*Hôtel de Bour-
irogne ? Non. au sens où on Tentend d'ordinaire : pour
fournir sans interruption des pièces à ce théâtre, il eût
fallu que Hardy se fût mis aux gages des confrères, car
M iils les propriétaires de THôtel n*ont pas changé, tandis
ïuo les locataires, même les plus fidèles, l'ont quitté à
•Insicurs reprises. La vérité est que Hardy a été, à Paris
•^inme en province, le poète d'une troupe de comédiens,
qtie cette troupe, dont Valleran était le chef, a repré-
it(» le plus souvent à l'Hôtel de Bourgogne.
"S preuves de ce que nous avançons ne manquent pas ;
' KM ons-les rapidement.
. N(]uc Racan était page de la Chambre, il faisait déjà
. >, et, comme il l'a déclaré lui-même, « les comé-
Ilardy, qu'il voyait représenter à l'Hôtel de
.lie où il entrait sans payer, l'excitaient fort * ». A
i( nt Racan a-t-il été page ? de ï6o3 à 1609, dit
îd ^, et nous acceptons les dates de ce savant
Ov, Valleran était sans doute à l'Hôtel de
tNec Robert Guérin en i6o3 ; il y était certai-
■• i6i3, Hardy est signalé comme poète aux
a y et de Valleran par la clef du Page
Me f/p/* n'a pas de valeur historique, elle
ins l'état de la tradition en 1667.
>■ ^l , notre auteur est qualifié a poète de
le privilège général de ses œuvres.
il a ne signifie guère que poète des
'^té, Valleran, Guéru, Guérin et les
'dllemant des Beaux, t. II, p. 355, .. Uacan, Mémoires pour la Vie de
lOI .
Eq i634i une brochure facétieuse, sortie de THôtel de Bourgogne, associe encore le souvenir de Hardy à celui de Valieran. Elle fait dire à Gaultier Garguille : « Notre vieux maître Yalleran, depuis qu*il est en l'autre monde, désirant de faire, valoir la comédie et de Y y établir, comme il a fait en Frandë durant sa vie, m'a fait divers commandements de l'aller trouver, disant pour toutes ses raisons que le grand maître de la nature me veut voir, qu'il doit représenter «devant lui plusieurs pièces nouvelles et dans la sévérité des règles des anciens de feu M. Hardy ^ ».
Hardy a eu pour amis Théophile, Tristan et LafTemas, pour protecteur le duc d'Alvyn. Théophile et Tristan (nous le verrons tout à l'heure) étaient liés avec Valieran ; — dans un procès intenté en 1627 par Laiïemas à Marie Venier, Marie Venier, qui avait été camarade de Yalleran, disait avoir vu jouer la comédie à Laiïemas sous le nom de Beausemblant, et le décorateur Buiïequin déclarait avoir connu LafTemas membre de la compagnie de Valieran* ; — et quant au duc d'Alvyn, qui s'intéressait aux lettres et au théâtre, il laissait sa femme être, en i63i, la marraine d'un enfant de Henri Legrand, autrement dit de^Turlupin, un des principaux camarades de Valieran *.
Enfin nous trouvons une dernière preuve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale qui a pour titre : Mémoire de plusieurs décorations qui serve (sic) aux pièces contenues en ce présent livre, commencé par Laurent Mahelot et continué par Michel Laurent en tannée 1673*. La pre-