Affront raconté dans le chapitre précédent
2. Le Page disgracié, ch. xi, p. 67 à 69 de la 2^ éd., p. 107 à iio de la i"*".
3. Notamment Fournel dans plusieurs de ses ouvrages (par exemple, dans un article de la revue le Livre, oct. 1887, p. 3o4); Alleaume, OEuvres complètes de Théophile, éd. de la Bibl. elzévirienne, t. I. p. cvj ; Chardon, la Vie de Rotrou mieux connue, p. Aa ; Éd. Fournier, la Farce et la Chanson au
A l' HOTEL DE BOURGOGNE. LES POÈTES A GAGES Io3
le poète dont parle le Page disgracié ne saurait être Alexandre Hardy.
Hardy avait une quarantaine d'années quand se passaient les faits racontés par Tristan. Est-ce un homme de cet âge que Tristan a pu appeler un écolier débauché, un jeune homme.,, nouvellement sorti des écoles et tout enflé de vanité ? De plus, Hardy était de Paris et faisait toujours suivre son nom de Tépithète de a Parisien » ; Tristan le savait mjeux que personne, lui qui avait loué Hardy dans des pièces liminaires et qui avait imité deux de ses tragédies. Gomment T aurait-il pu appeler un ce poète provincial » ?
Observons-le bien vite : les Remarques et observations où Hardy se trouve nommé ne figurent que dans Fédition de 1667, parue après la mort de Tristan*. Elles ne méritent qu'une confiance très restreinte, étant l'œuvre d^Féditeur, Jean-Baptiste THermite, sieur de Vauselles *, et celle qui concerne Hardy prouve seulement que le souvenir de son existence et du lien qui l'attachait aux comédiens n'était pas encore effacé. Pour Tristan, s'il a voulu faire un portrait, comme tout le prouve, c'est un autre que Hardy qu'il a visé.
En 1890, pour la première fois, j'ai proposé de substi-
théâtre avant 1660, p. xxxj, n. 3. — Je trouve dans H. Kœrting, Geschichte des Franzôsischen Roman% im XVII, Jahr^ hunderty //, Der rea/is^/scAe/?oma«,Oppelnund Leipzig, 1887, in 8, p. 169, une hypothèse singuUère. D'après M. Kœrling, Alexandre Hardy, auteur, directeur et acteur du théâtre du Marais, pourrait bien être l'un des tragédiens loués par Tristan, « le Hoscius de cette saison ».
I. Tristan est mort en i655. — L'édition de i643 est de beaucoup la plus rare, et nous- même n'avons pu la /consulter que longtemps après celle de 1667. -^i^^i s'explique l'erreur commune.
a. Sur ce curieux et peu scrupuleux personnage, voir H. Chardon, Nouv, doc, sur Molière, et surtout Bernardin, Hommes et mœurs au xvii® siècle, Paris, Lecène, 1900, in-12, art. sur Un mari d'actrice^ te chevalier de VHermite-Soliers.
I04 LE THEATRE FRASÇiUS A¥A?iT LA PERI<M>E CLASSIQUE
tuer à Hardy Théophile de Yiau comme héros de l'aventure; et depuis, l'hypothèse a été acceptée par des énidits dont l'adhésion lui a donné le plus grand poids : M. Bernardin dans sa thèse sur Tristan, M'*' Schirmacher dans son li\Te sur Théophile. M. Diétrich dans son édition du Page disgracié ' . Un seul doute reste encore, c'est sur la date de l'événement ; car Tristan, narrateur exact des faits et peintre fidèle des physionomies, ne prête à la chronologie qu'une attention insuffisante. A l'en croire, il avait douze ans quand il a rencontré le poète des comédiens ^ et, comme il était né sans doute en 1601 ', on était donc en 161 3. Mais, d'autre part, le page est jeté par cette rencontre dans des difficultés d'où le tire l'intervention d' ce un des plus grands princes de la terre », d'Henri IV ^, et on était donc en 16 10. Tristan s'est-îl trompé sur son àgel^ La chose £st possible, et M. Bernardin en est convaincu ; s'est-il trompé sur la circonstance où Henri IV l'a protégé? il se peut encore, et c'est ce que j'ai cru, aussi bien que !
M'*® Schirmacher. Mais, après tout, l'une et l'autre date À
sont acceptables. A la fin de i6i3, nous savons que la troupe de l'Hôtel de Bourgogne a été appelée à la Cour : « L'on a renvoyé quérir les comédiens français, écrit Malherbe à Peiresc le 34 novembre; le roi ne goûte point les Italiens, les Espagnols ne plaisent à personne ^ i> . Mais rien n'empêche que la troupe soit venue aussi au Louvre en 1610. — En i6i3, les deux acteurs dont la clef non»
I. Bernardin, p. 5o-52 ; Schirmacher, p. 14-19, 216-317, a42- 243 ; Diétrich, p. 54-56, n.
a. Cette rencontre, nous Tavons dit, est le sujet du chap. ix; au chap. viii, p. 49 de la 2® éd., l'auteur a dit qu'il « n'avait que onze ou douze ans » ; au chap. xviii, p. 99, il écrit : « L'âge avait un peu mûri ma raison, sur la treizième de mes années ».