Chardon, la Vie de Rotrou mieux connue^ p. 89 et suiv
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I lO LE THÉÂTRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
tiques et tracassières. Peu à peu, d'ailleurs, ils se trouvaient en contact avec un plus grand nombre d'auteurs dramatiques, moins pauvres, plus indépendants, et conséquemment plus fiers que leur unique fournisseur d'autrefois: leur ton changeait, et ils s'acheminaient lentement vers cette urbanité dont les louera plus tard Chappuzeau : a Généralement, dit-il, ils usent d'une grande civilité en* vers tout le monde et particulièrement envers les auteurs fameux dont ils ont besoin ^ . j)
Moins humiliante, la situation des auteurs devenait aussi plus aisée. Sans doute, les plaintes des auteurs ne cessaient pas tout à fait, et Tristan écrivait encore avec amertume après le Cid : « N'étaient les bienfaits du cardinal, et l'amour qu'il porte à la comédie, j'appliquerais peu de mon loisir sur les ouvrages de théâtre. C'est un labeur pénible, dont le succès est incertain. Et quand même on serait assuré d'en obtenir des applaudissements et des louanges, ce serait beaucoup se travailler pour ne rien acquérir que du bruit et de la fumée ^. » Mais les pièces commençaient à être mieux payées, quand elles avaient de la valeur ou du succès, et Corneille tirait assez de profit des siennes pour faire regretter le bon vieux temps aux comédiens, pour se faire traiter d'avare par ses rivaux^.
Enfin, du dehors aussi les encouragements venaient plus nombreux et plus efficaces. Hardy avait à peu près en vain fait appel à quelques hommes puissants , mais Théophile et Rotrou s'appuyaient sur des protecteurs dévoués, et le Cid allait anoblir Corneille, en attendant que le grand roi fit de Racine son historiographe ou servît de parrain à un enfant du comédien-poète Molière,
2. Panthee, tragédie. De Monsieur de Tristan. A Paris, chez Augustin Courbé... M. DG. XXXIX, va- Ix. Avertissement à quilit .
3. Voy. F. Bouquet, Points obscurs et nouveaux de la vie de P. Corneille, Paris, Hachette, 1888, in-8, i'« partie, chap. xi.