‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 73 sur 140 · I. Jal, Die. crit., p · texte numérisé non relu

I. Jal, Die. crit., p

a. Le Testament du Gros Guillaume et sa rencontre avec Gaultier Garguille en l'autre monde, i634. {Gaultier Gar^ guille, p. a 16.) Éd. Fournier met en noie : « Il faut lire Goguelu ; c'était sans doute un des rôles que jouait Gros-Guillaume ; de là pour lui une sorte de troisième surnom. Celui qui aspirait à sa survivance voulut le prendre... » Cela est fort peu naturel. Entre dodu et dodeliner, Dodelu semble un moyen terme fort pittoresque, et il n'y a pas de raison de changer ce nom. Quant aux passages où se trouve celui de Goguelu, ils sont généralement loin d'être clairs et je doute qu'il faille entendre par là un personnage particulier. Goguelu était un surnom fort employé, que l'on a interprété par gai, par replet (^Intermédiaire des cher* cheurs et curieux, t. III, p. 596), et que Nicot définit ainsi : « Mot de mépris et de moquerie, dont le Français brocarde un petit compagnon qui se porte en superbe, comme quand il dit d'un glorieux qui se pavane et se veut par contenance hautaine faire valoir : c'est un goguelu, et par plus grand dédain encore, goguelureau, diminutif de goguelu. »

3. Voy. un passage des Entretiens de Balzac cité dans Tallemant, t. III, p. 368.

Tel est dans l'Hôtel de Bourgogne Gros- Guillaume avecque sa trogne, Enfariné comme un meunier ; Son minois et sa rhétorique Valent les bons mots de Régnier Contre l'humeur mélancolique.

Sauvai est moins aimable : c< Ce fut toujours un gro» ivrogne, avec les honnêtes gens une âme basse et rampante» Son entretien était grossier, et, pour être de belle humeur^ il fallait qu'il grenouillât ou bût chopine avec son compère le savetier dans quelque cabaret borgne ^ » C'est entre ces deux extrêmes sans doute qu'il faudrait chercher la vérité.

Après Gros-Guillaume, Gaultier Garguille ; car c'est sousce nom seulement qu'Hugues Guéru est devenu célèbre ^^

I. Antiquités, t. III, p. 38. (Cf. Lemazurier, t. I, p. 32-37.)- — Tallemant paraît plus juste : « Gros -Guillaume autrefois n& disait quasi rien, mais il disait les choses naïvement, et avait unefigure si plaisante, qu'on ne se pouvait empêcher de rire en la voyant. » T. VU, p. 177. — Le Testament de feu Gaultier Garguille^ i^Zk (Chansons , p. i55-i56), porte : a Pour le bo» et gros Guillaume, il gardera toujours sa naïveté risible, son inimitable galimatias ; et quoique son âge le doive étonner, il vivra comme il a de coutume, c'est-à-dire qu'il n'épargnera point lesbons vins ni les bonnes viandes. . . » — « Ses rencontres et naïvesextravagances. » Le Testament de Gros- Guillaume, i634 (id,^ p. 217). — Ailleurs, l'ombre de Gaultier Garguille parleainsi au Gros- Guillaume lui-même des Champs-Elysées : « On y voit comme par trochets de troupes de jeunes filles qui sont mortes de rire à la comédie, entre lesquelles il y en a deux ou trois qui t'accusent de leur mort, pour y être venues une foisseulement et avoir ouï la moindre de tes extravagances. Et detoutes en général le nombre est si grand qu'on ne peut presqueles loger. » Songe arrivé à un homme d'importance, p. 2o5.

3. Ces noms de Gaultier et de Garguille étaient anciens. « Riez seulement, et ne vous chaille si ce fut Gaultier ou si ce fut Garguille », écrivait déjà Bonaventure Despériers dans le prologue de ses Contes ^ vers i555. Dans les Facecieuses journées ^ contenant cent agréables Nouvelles,., par G. G. D. T^

176 LK TMÉtTHC FBASÇAIS ,\V*Vr LA PÉRIODE CLASSIQUE

Pour la tragédie, où il faisait l«s rois *, il portait au!>si le nom de Flûchelles ; mais Fl^chelles n'est pas plus connu que La Fleur, et l'on ne nous a dépeint que le vieillard Gaultier, n Toutes le: parties de son corps lui obéissaient, dit Sauvai, de 5ort« que c'était une vraie marîonnclle. 11 avait ie corps maigre, des jambes longues, droites et menues, et un gros visage ; aussi ne jouait-il jamais sans masque, et pour lors, avec une longue barbe et pointue, une calotte noire et plate, des escarpins Doirs, des manches de frise rouge, un jxiurpoint et des chausses de frise noire', il représentait toujours un vieillard de

(Gabriel CbappuJn, de Tours). Paris, i58S, ia-S", U 5' histoire <lc la 9" joumce, iniilco d'un fabliau, a pour personnages Gaultier et sa rBniaie Garguîlle. Mais on a tout lieu de croire que le nom complète de Gaultier Garguille avait déjb ^{é porté par quelque farceur du ivi" siècle. Voj. Petit de Julleville. Hépertoire du th. corn., p. na-ia3. ~ Eu 1611, on trouve deui fois le nom de Gaultier Garguille (sans doute sans qu'il l'agissc de notre comédien) dans la Hepiique de Jacques llonhonime. paysan de Beauvoisis, à son compère le crocheleiir. A Paris, chez Jean Brunel, rue Saint-Germain, aux Trois-Pigcons, — Dès iCl5, un prologue de Bruscambille cxt adrcsié k Gaultier Garguille. son mignon et son bon ami. J-'acecieases Paradoxes, (•" i-n (^Paradoxe sur la prison).

I. Dans ion Testamenl. tG34, p. i58, Gaultier Garguille fait ce legs à Mondor : ti Ma belle robe dont je représentais lesi rois dans la comédie ; et pour ma chaîne et ma médaille en façon d'or, j'ordonne qu'on les lui délivrera à prii raisonnable, en cas qu'il en ail alTaire. 11 — On lit dans Sauvai : a Cet homme, si ridicule à ta farce, no laissait pas pourtant quelquefois de faire le roi dans les pièces sérieuses, et même ne représi-nlait pas mal un neraonnagesi grave et si majestueui, à l'aide d'un masque et do la robe do chambre que portaient alors tous les rois de comédie ; car d'un côté lo masque cachait son gros visaj-e bourgeonné, et sa robe de chambre couvrait ses jambes et sa taille inaigres, n

3. n Mon habit noir k manches rouges, ma cale noire, mon masque, ma chevelure blanche, ma ceinture, ma gibecière, ma dague et mes postures. » Le TeslamenI de Gaultier Garguille, p- iSa. — a Ses grandes lunettes à jour. La rencontre du

farce. Dans un si plaisant équipage, plusieurs ne le pouvaient regarder sans rire... Tout faisait rire en lui, et jamais homme de sa profession n*a été plus naïf ni plus achevé. Que s'il ravissait quand Turlupin et Gros-Guillaume le secondaient, lorsqu'il venait à chanter, quoique la chanson ne valût rien pour Tordinaire, c'était encore tout autre chose ; il se surpassait lui-même, car, outre sa posture, il l'entonnait d'un air et d'un accent si burlesques que quantité de monde ne venait à l'Hôtel de Bourgogne que pour l'entendre, et la chanson de Gaultier Garguille a passé en proverbe*. » Gaultier, comme farceur, joignait l'art à la nature ^, et « Scapin, célèbre acteur italien, disait qu'on ne pouvait trouver un meilleur comédien. Il étudiait son métier assez souvent, et il est arrivé quelquefois que, comme un homme de qualité qui raffectionnait l'envoyait prier à dîner, il répondait qu'il étudiait ^ ».

Gros Guillaume et de Gaultier Garguille en Vautre mondes p. 321. C'est ainsi que le représentent ses portraits. Voy. au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale.

I. Antiquités, t. ill, p. 87. (Lemazurier, t. I, p. ag-Sa). Voy. sur ces chansons le Songe arrivé à un homme d'importance, {Gaultier Garguille, p. 300.) — P. 195, Gaultier Grarguille s'appelle lui-même « cet imparagonnable Gaultier Garguille, la fleur do l'Hôtel de Bourgogne, Thonneur du théâtre et le bon père des bonnes chansons ». Lors de ma naissance, dit-il, « on vit, en plusieurs endroits, rire des pierres, des arbres, des citrouilles et des personnes qui n'avaient ri de plus de quarante ans. Ce qui fut interprété par Nostradamus, qui vivait pour lors, que ma naissance serait alors la mort de la mélancolie et la production d'un homme qui aurait un souverain remède contre le mal de rate. »

a . Expression employée dans des vers qui se trouvent au bas d'un de ses portraits.

3. Tallemant, t. VII, p. 170-171. Gaultier Garguille parait d'ailleurs avoir été instruit ; en 1626, il vendait pour i5o livres de médailles antiques à Gaston d'Orléans. Voy. Bernardin, Tristan VHermite, p. ia5, n. 5.

la

Henri Legrand, sous le nom de Turlupin. faisait le valet, le fourbe et Tescroc *. a Quoiqu'il fût rousseau, il ne laissait pas d*être bel homme, bien fait, et d'avoir bonne mine. L'habit qu'il portait à la farce était le même que celui de Briguelle, qu'on a tant de fois admiré sur le théâtre du Petit-Bourbon. Ils se ressemblaient en toutes choses, aussi bien ailleurs qu'à la farce, étaient de même taille, avaient le même visage; tous deux faisaient le Zani, portaient un même masque, et enfin on ne remarquait autre différence entre eux que celle que les curieux en matière de tableaux mettent entre un excellent original et une excellente copie. Jamais homme au reste n'a composé, joué, ni mieux conduit la farce que Turlupin ; ses rencontres étaient pleines d'esprit, de feu et de jugement. En un mot, il ne lui manquait rien qu'un peu de naïveté, et nonobstant cela, néanmoins chacun assure que jamais il n'a eu son pareil ^. » Henri Legrand s'appelait aussi Belleville et jouait dans le sérieux ; Sauvai ajoute même : « Il était bon comédien ; à la vérité, non pas tant que bon farceur, car, en ce genre-là, il y en avait qui le passaient. » Mais les témoignages et les dessins contemporains n'éclairent que Turlupin ; ils laissent dans l'ombre Belleville.

I, « Le valet », voy. la farce reproduite par les fr. Parfait, t. IV, p. a54-364 et la Comédie des comédiens de Gougenot. — « Le fourbe », voy. Tallemant, t. VU, p. 171. Feu Gaultier Garguille, dans son Testament (Chansons, p. i53), cite « les fourbes de Turlupin et les cajoleries de Bellerosc, lorsqu'à la farce ils en voudront à ma femme ». P. i56 : a Turlupin que la nature et Fart semblent avoir rendu inépuisable en rencontres et en fourbes .. » — a L'escroc », voy. une gravure d'Abraham Bosse, la Chambre de l'Hôtel de Bourgogne (Bapst, p.i65; Mantzius, p. 190) et les vers qui l'accompagnent (Mantzius, 187, n.).

a. Sauvai, Antiquités, t. III, p. 36-87 (Lemazurier, 1. 1, p. a4a6). "Voy. l'article de Jal, Dict., p. 769-760 : mais j*ai bien peur que Jal n'ait donné à Turlupin une physionomie trop sérieuse.

Tel était le trio fameux, si souvent loué et représenté * au commencement du xvii* siècle. On a dit et répété qu'il avait toujours voulu jouer sans femmes. Pourtant Gros- Guillaume, a contrefaisant l'homme de cour », gourmande une femme fort aimable dans le dessin connu d'Abraham Bosse, la Chambre de r Hôtel de Bourgogne ; les trois amis sont en scène avec M™* Bellerose, M™* Valliot, M"® Beaupré, M™® La Fleur, au troisième acte de la Comédie des Comédiens de Gougenot, et M"® La Fleur, qui était ainsi au théâtre vers 1 682 , avait dû y paraître beaucoup plus tôt. Mais M™® La Fleur n'a que quelques mots à dire dans la pièce de Gougenot, la seule où nous la voyions paraître, et les autres actrices n'étaient qiie depuis peu au théâtre. M™* Gaultier, femme d'Hugues Guéru et fille de Tabarin, aurait fait partie de l'Hôtel de Bourgogne jusqu'à la mort de son mari, s'il fallait en croire les historiens du théâtre ; mais on ne trouve rien qui confirme ce dire, tandis que Tallemant affirme que son mari la tint éloignée du théâtre, et tandis que dans la pièce de Gougenot où figure la « femme de Gaultier », c'est « M™® Valliot »

I. C'est à ce trio que songe le poète crotté de Saint- Amant en quittant Paris :

Adieu, bel Hôtel de Bourgogne, Où, d'une joviale trogne, Gaultier, Guillaume et Turlupin Font la figue au plaisant Scapin.

(éd. Livet, t. I, p. 335). Marolles dit encore : « Legrand, surnommé de Belleville, était de mes amis et avait infiniment d*esprit. Il montait sur le théâtre sous un nom emprunté, avec Fiéchetles et La Fleur, sous les noms de Gaultier et de Guillaume : admirables en leur genre du temps de Mondory, sous la protection de M. le cardinal de Richelieu, et devant même. » Ces dernières lignes sont singulières, mais les souvenirs chronologiques de Marolles ne sont rien moins que précis. A lentendre, Brus- -cambille aurait paru après Legrand, peut-être même après Jodelet. (T. IJI, p. 290, Dénombrement de ceux qui m'ont donné de leurs liv'res).

:cic r^e »t« trcis Eircpors zi^ni. a ^laao' la rvplique

-jCuJt^l d:^ part assez

; qui paraiïMÏt

3* -^i.!:** yfz.-j^ Z'i Vfi^.^j*. ff-.— x-du :Tv:tesqiieïîeîlIard. i< i.--t l^ti ;■=.-.'. ^ J'« va fukrk occupctit ïoavent U I, :■..;:»; *;*■ îfc>^,*T,i< ds !.■—.;« =. l/uî j<-.uail c* rôle ? On a WAi.zj.'. *».',» fc*-.«<^ il" <j»'iJii<T. Il est, ao coolrairc, i:.îi;.i![>F.'.t pr'.L)i!e (j-j« c'éttil on bomme : cette fa^D d»: pf'oii^ ^Uil l.i*ti ds-i* k f Mit du teœp *l deiaîl paraîtra tieaurONp plus comique-

On sait en (-(T'-t comtri^n t-tait récmle. à l'époque qui

I . La litt« det p^nonruEM qui » Iroure ta Ule de /d Coniéiie di-n l.'omfdieiin mentionne â U foii ■ M™* Vtlliol. rrininc di; Gaiilli'rr» et ■ M"" Gaultier >. — ■ M« Beaupré, remine de IVinifs'X • et • !»■"■< Boniface o. Aussi Éd. FouTTuer. dan» sa flotir- {/.« TA. /Î-. p, aSi-ïSJ), at-il m U quatre actHccs distincb» «ur Icsquellei il a cherehé à renseigner son lecteur. 11 ■uJIiiuit pourtant <ie lire la pièce pour roir qu'il nj en avait ijiie dcui. M"" Valliot et M'"' Beaupré, désignées au premier nctc par leurs ptnprei noms, au troisième par ceux de kurs

3, Saj. notamment : ta Farce de la querelle de Gaultier Garguilie et de ferriite, la femme, a</ee la sentence de sépariilion entre eux rendue {Chansons, p. 119). elles Signets lia Gros Guillaume envoyé:: à Turtupiii et à Gaultier Garguille pour leur mardy-graa par le sieur Tripotin, Genlilhiiinmr fariné de l'Husiel de Bourgogne. (Dans les loyeuselez, ot k la suilti dos Chansons de Gaultier Garguilie, p. i^i. K|c).) — On l'est demandé ce au'était le rieur TripotÎD. L» tilro niAm» de la pièco, et le mot de Gentilhomme fariné ponrruli'nl fuiro croire qje nous nous trouvons encore an face d'un ■iirtinni do DolHirt GuàHn. — La façon plus que libre dont il est \mT\b dit l'rrririi' dans les facéties de ril<^lel de Bourgogne (voj. |i«r «1. Ivs l'rfdictions grotesques du docteur Bruscambille, lUiN) irlièvo du prouver que Perrine n'était pas une Temme.

LES ACTEUÏIS l8l

nous occupe, l'introduction des femmes sur la scène*. Jusque-là, leurs rôles avait été tenus par des hommes, et il semblait qu'une femme, en paraissant sur le théâtre, eût prostitué son sexe ^. De cette idée, fort raisonnable après tout, résultait pour les comédiens la nécessité de n'introduire les femmes sur la scène qu'avec précaution et surtout dans les rôles les plus sérieux ; ceux de vieilles laides ou ridicules, ceux où on était particulièrement exposé k dire ou à entendre des paroles grossières devaient encore rester à* des hommes et ne leur être enlevés que graduellement.

1. M. Boyer, archiviste du Cher, a découvert un acte, passé par devant notaire en 1 545, par lequel Marie Fairet, femme du bateleur Fairet, s'engage à suivre un certain TEsperonnière, qui organise une troupe, et, pendant un an, à jouer « des antiquailles de Home ou autres histoires, farces ou soubresauts en présence du public, partout ou l'Esperonnière voudra..., de telle façon que chacun qui y assistera y prendra joyeuseté ». M. Bapst a eu raison de signaler cel acte curieux dans son Essai sur l'histoire du théâtre t p. 177-178 ;^ mais il a eu tort d'ajouter : « Il y avait déjà des troupes de comédiens comprenant une ou plusieurs comédiennes jouant la tragédie classique et la farce ». L'emploi d actrices était tout exceptionnel, et, si les antiquailles de Home, que Marie Fairet mettait dans son contrat pêle-mêle avec des soubresauts, pouvaient être des histoires à la façon du moyen âge, elles n'étaient certes pas des tragédies classiques, surtout en i545.

2. Voy. sur ce sujet un passage intéressant de M. Zola, le Naturalisme au théâtre, p. 106-107. — Le même préjugé «\istait en Angleterre et y était tout-puissant. On peut voir dans Loiheissen, t. II, p. 879, quel scandale produisirent à Londres deux troupes françaises qui s'y étaient transportées en 1629 et i633 et où figuraient des actrices. — En Italie aussi, les femmes avaient été exclues de la scène, mais seulement pendant une partie du xvi« siècle (voy. Toldo, dans Bévue d'hist. litt. de la Fr., avril 1898, p. a6o). — Aujourd'hui certains rôles d'hommes sont au contraire constamment tenus par des femmes ; M'»« Sarah Bernhardt joue Hamlet, Lorenzaccio, le duc de Rcichstadt ; et l'on a même vu à Londres des femmes jouer tous les rôles de Comme il vous plaira de Shakespeare, y compris le bouffon Touchstone et le lutteur Charles. Voy. /?. d'art dramatiquey i5 mars 1894» p* 362.

l8a LE THÉÂTRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE

Ainsi Perrine était sans doute un homme, et cet homme» dont nous ignorons le nom, jouait sous le masque les nourrices dans la tragédie, les suivantes et les vieilles ridicules dans la farce ^ 11 ne manquait pas de talent, au moins pour ce dernier genre, puisque Marolles lui rend cet hommage, que « Perrine et Gaultier étaient des originaux qu'on n*a jamais depuis su imiter » ; que Perrine, « sous Vallefan et Laporte, fut un personnage incompa-

* rable*.

On a fait beaucoup de suppositions, mais on a cité peu

' de faits sur Deslauriers, dit Bruscambille, Tauteur facétieux des prologues^. Qu'il ait d'abord couru la province avec l'opérateur Jean Farine, qu'il ait été comédien à Toulouse avant d'entrer à l'Hôtel de Bourgogne, et qu'il ait bientôt quitté ce dernier théâtre pour reprendre sa vie errante, rien de tout cela ne paraît exact. Il était«à l'Hôtel avant 1609, puisqu'on publiait déjà des prologues de lui à cette date*, et il a dû y rester fort long-

1. «Le personnage de nourrice, qui est de la vieille comédie et que le manque d'actrices sur nos théâtres y avait conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter sous le masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu'une femme représente sur son visage. » Ainsi s'exprime Corneille, dans V Examen de la Galerie du Palais (^Œuvres, t. H, p. i4). Mais la troupe de Molière comprenait encore cet emploi, et, en i685, c'était un acteur (le plus souvent Hubert, dont la retraite date de cette année-là même), qui représentait M'"^ Pernelle, M™e de Sotenville, M «a® Jourdain et Philaminte. Voy. d'ailleurs ci-dessous, p. 188, et Appendice, note v, ce qui concerne l'acteur Alizon.

Page 1