‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 8 sur 140 · Faber, Hist. du théâtre en Belgique, t. I, p. i · texte numérisé non relu

Faber, Hist. du théâtre en Belgique, t. I, p. i

pays. Les foudres ecclésiastiques sommeillaient parfois, mais elles pouvaient toujours se réveiller, et, en i6a4 encore, « Jean de Gondy, archevêque de Paris, déclarait dans son synodicon qu'on doit priver les comédiens des 1 ^ ' sacrements et de la sépulture ecclésiastique *■ »•

Arrêtons-nous dans cette énumération des ennuis qui assaillirent souvent les comédiens de campagne. Nous en avons assez dit pour montrer l'état précaire du théâtre dans les provinces, pour faire comprendre les plaintes de Hardy sur sa vagabonde et misérable jeunesse, pour in> cliner vers l'indulgence ceux qui voudront juger les œuvres composées dans cette vie errante et tourmentée. Il fallait produire vite pour retenir, par la variété, un public peu artiste et peu nombreux ; et quelle appréciation éclairée pouvait-on attendre de spectateurs dont l'origine était si diverse et les goûts si différents, qui n'apportaient guère au speôtacle que deux sentiments communs : de la curiosité pour les pièces, et de la défiance contre leurs interprètes I

Les encouragements que le public ne donnait pas au poète lui seraient-ils venus des comédiens? Ceux-ci ne pouvaient songer qu'à gagner leur vie et ne devaient demander au poète que de les y aider. Par quel prodige da désintéressement se seraient-ils attachés à l'art lui-même?' Et quelle qualité avaient-ils le plus souvent pour cela ?

Remarquons-le bien : les troupes qui nous sont le mieux, connues, par l'histoire ou par le roman, couraient les. provinces vers le milieu ou vers la fin du xvu® siècle, alors, que le théâtre était en faveur, que Richelieu avait déjà protégé la comédie et ses interprètes, et [que Louis XIII lui-même avait publié en leur faveur le fameux édit de- ' \ '^

I. G. Maugras, les Comédiens hors la loi, p. 107. Voy. Paul' Ola^nier, Les incapacités des acteurs en droit romain et en droit canonique, thèse pour le doctorat. Paris, Magnier, 189^^ in-8, p. i4i et suiv. Cf. Mesnard, p. /j36-438.

Tv 164 1 '. le personnel en doit être d'origine plus relevée, de ^^^^ moralité moins contestable, d'instruction plus sérieuse que ' celui des troupes avec lesquelles vivait Hardy. Et pourtant combien il y aurait à dire encore ! quelle bigarrure offrirait un tableau fidèle des troupes comiques de ce temps ! A côté de fils de famille et de soi-disant gentilshommes, à qui Tamour* ou une disgrâce de la fortune* avait donné tout à coup une vocation de comédiens, que d'hommes dont on ne savait d'où ils venaient, ou qui étaient nés et avaient grandi dans les tripots^ ! — A la vérité, certaines troupes s'acquéraient une réputation d'honnêteté : dès 16 18, M"* de Rohan écrit à la duchesse de La Tremoille : « Nous avons vu à Nantes de fort bons comédiens qui se disent à M. votre frère. Ils sont très honnêtes, ne disant aucune mauvaise parole, non seulement devant nous, mais encore dans la ville, à ce que l'on m'a dit *. » Mais Tristan l'Hermite parle tout autrement des comédiens qu'il a fréquentés dans sa jeunesse ^, et nous savons par les chroniques locales ou provinciales que les troupes d'acteurs nomades avaient des démêlés fréquents avec la police^. Parlerons-nous du talent et du goût que les ac-

1. Comme à Léandre (^Roman comique, 2^ partie, ch. v, t. I, p. 289).

2. Gomme à Destin et Léonore ÇHoman comique^ i^^ partie, ch. xviir, t. I, p. 198).

3. ((Je suis née comédienne, dit la Caverne, fiUe d'un comédien, à qui je n'ai jamais ouï dire qu'il eût des parents d'autre profession que la sienne. » Roman comique, 2^ partie, ch. m. t. I, p. 368. — Sur l'origine d'un certain nombre de comédiens du xviie siècle, voy. Chardon, 7r. du H. c, p. 26. Voy. encore, ci-dessous, notre ch. v.

4. Cité par M. Chardon, Tr. du /?. c, p. 33. Louis le Tonnelier de Breteuil, intendant du Languedoc, disait de même de la troupe de Molière, en i647 • * Cette troupe est remplie de fort honnêtes gens et de très bons artistes, qui méritent d'être récompensés de leurs peines. » Dans Moland, p. 42-

Page 1