Sorel, la Maison des jeux, t. I, p. 4o
4. Scudéry. la Comédie des comédiens, prologue, et acte I, se. l'et II, p. 3 et 7-8.
5. Les comédiens de campagne avaient aussi leurs affiches, naais rares sans doute et souvent écrites à la main . Dans le frontispice de la Comédie des comédiens (reproduit dans V Histoire de la langue et de la litt. fr., t. IV. p. a48). des affiches sont apposées à la porte du théâtre, et cependant le tambour et 1 arlequin reviennent de faire l'annonce ; cf. la pièce même, acte I, se. I, p. 7. — La plus ancienne affiche qui nous ait été conservée est précisément celle d une pièce de Scudéry, Ligdamon et Lydias, représentée par des comédiens de campagne, la Troupe choisie : elle est à la Bibliothèque de l'Arsenal.
aïO LK THéATHK FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
dans rilolel de Bourgogne sans pa)er, si ce n'est de petites raisons ou de grosses injures ; et alors, crois-moi, que la comédie est fort mauvaise et préjudiciable ^ »
Gaultier Garguille plaisante ; mais bien des gens paisibles prenaient les choses plus au tragique : ils se dégoùtalent de la comédie, et les farceurs eux-mêmes étaient obligés de prendre pour les retenir le ton le plus sérieux et le plus pressant. Écoutons plaider Guillot Gorju :
« Si le soleil attire à soi les vapeurs et exhalaisons de la terre, ce n'est à dessein de former des tonnerres et des tempêtes dans la moyenne région de l'air. Aussi l'intention des comédiens, vous attirant en ce lieu, c'est pour vous y donner un agréable divertissement, car ils sont les plus fâchés quand il se fait du bruit. Pour preuve de ceci, c'est que, si vous les vouliez croire, jamais vous n'y amèneriez vos laquais, et jamais il n'y entrerait de passe- volants. Est-ce à dire que si, dans le Heaume, la Grosse-Tête ou les Trois-Maillets, quelqu'un abuse du vin, que Paumier ou Gros-Guillaume n'en doive jamais boire ? que si quelque insolent se fait paraître durant la comédie, qu'on ne doive jamais venir à l'Hôtel de Bourgogne ?
« Au reste, Guillot Gorju demande s'il y a lieu au monde d'où l'on sorte plus content. Aussi ceux qui tiennent l'affirmative n'ont pu persuader leur opinion qu'à quelques intéressés, qui dans la foule ou les brouilleries ont perdu le castor, et quelquefois la panne. Mais les comédiens en sont les plus fâchés ; car ils savent bien que ces gens, après des pertes si sensibles, ne viennent de deux ans à la comédie ni à l'Hôtel de Bourgogne, dont l'approche leur a été si funeste ; et il est aussi rare maintenant que les éclipses qu'on y laisse autre chose que l'ar-
I. Songe arrivé à un homme d'importance^ p. 211. Cf. Bruscambille. dans les Péripatétiques résolutions, p. 8 : a Quand je voyais tant de mortes-payes de spadassins à cet Hôtel de Bourgoçne. »
Là salle et le public 3ÎI
gent qu'on demande à la porte *. » Cette dernière parole est bien d*un plaidoyer et nous, ne sommes pas obligés d*y croire.
Telles étaient les scènes de désordre dont le théâtre était sans cesse témoin ; telle était l'attitude du public qui le fréquentait. Quelles gens composaient ce public ? Nous avons vu que les pages, les laquais, les filous y étaient en grand nombre ; les jeunes gens sans occupation sérieuse, les étudiants, les écrivains ^, et surtout les écri-
I. Apologie de Caillot Gorju, i634^ p. 25*26 (loyeusetez), Voy. le récit d une ba^rre où les filous jouent leur rôle, dans le Berger extravagant, de 1627, i" p., t. III, p. i49-i5o. — L'insolence des laquais et des fiîoûs ne cessait même pas av^c la représentation; Tarrêt rendu en i633, au sujet des comédiens établis au jeu de paume de la Fontaine, rue Michel -le-Com te, constate qu'il y a eu des'voleries « fort fréquentes à ladite rue, et plusieurs personnes battues et excédées, avec perte de leurs manteaux et chapeaux ». Les voisins du nouveau théâtre étaient, « tous les jours de comédie, en péril de voir voler et piller leurs maisons. » (Fr. Parfait, t. V, p. 5i.) — Les désordres au théâtre deviennent moins orcKnaires après la période qui nous occupe ; mais ils ne cessent pas, et les plaintes continuent à se produire. Scarron demande qu'on purge la comédie « des filous, des pages et des laquais, et autres ordures du genre humain ». (^Roman com,, 2® p., ch. viii; t I, p. 3i6-3i7.) D'Aubignac propose contre eux les mesures les plus rigoureuses, en même temps qu'il imagine une meilleure disposition des salles de spectacle, rendant impossibles les anciens excès. (^Pratique du th., 1. I, ch. lvii ; t. I, p. 3-7, et Projet pour le rétablissement du théâtre françaiSt p. 353 et 356.) De Pure s'élève contre les entrées gratuites et le port des armes, cause de tant de troubles regrettables. (^Idée des spectacles anciens et nouveaux... A Paris, chez Michel Brunet, 1668, in-12, p. 171- 174.) Plaintes et propositions sont inutiles; les ordres mêmes du roi ne sont guère obéis. Voy. Foumel, Curiosités théâtrales, ch. x ; Ém Gampardon, DocU' ments inédits, p. 3i 48 et 65-70; Despois, p. i54-i58. Auxviii» siècle, les plaintes n'ont pas encore cessé.
2. D après le père Garasse, les bons esprits, comme il les ap-
I)elle ironiquement, c'est-à-dire les athéistes, ne débitaient pas eur doctrine partout, mais dans quelques endroits choisis, « les cabarets d honneur, où ofn «lit rieçfu à d«rtlx piÈtoles pat tète, ka
a la LE THÉÂTRE FRANÇAIS AVA!>IT LA PÉRIODE CLASSIQUE
vains besogneux comme le poète crotté de Saint-Amant, n'y devaient pas manquer non plus. « Tout ce que la rue Saint-Denis avait de marchands — se rendait peut-être déjà régulièrement à THôtel de Bourgogne pour avoir la première vue de tous les ouvrages qu'on y représentait » , ainsi que plus tard, au temps de Boursault et de de Visé *. .Quant au vrai peuple, aux ouvriers, l'heure où se donnait la représentation les gênait sans doute, mais n'était pas un empêchement absolu pour ceux qui aimaient le théâtre. Les représentations en Espagne avaient aussi lieu de jour, et le parterre n'en était pas moins plébéien, et ce n'en était pas moins un cordonnier ou un savetieV qui décidait souvent de la destinée des pièces *. Aux catégories d'auditeurs que nous venons de signaler en faut-il joindre d'autres plus i^levées ? Sans doute, quelques seigneurs, quelques grands personnages se montraient parfois au théâtre ; et leur présence n'était pas pour changer beaucoup la nature des spectacles, les grands n'aimant guère alors que les farceurs. Mais, en général, et pendant la plus grande partie de la carrière de Hardy, ce qu'on appelle la bonne compagnie ne fréquentait pas le spectacle. C'est peu à peu, c'est lentement que la bonne compagnie prit le chemin de l'Hôtel de Bourgogne ', et les productions dramatiques d'hommes de bonne naissance, comme
académies, et les loges de l'Hôtel de Bourgogne, attendant la farce. » Ailleurs Garasse appelle Théophile et les libertins « des amphibies de la taverne et de l'Hôtel de Bourgogne, vivant partie en l'un, et partie en l'autre. » La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels... A Paris, chez Sébastien Chappelet. i6a3, 1. I, p. 4. et 1. VI, p. 788