‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 84 sur 140 · I. T. VII. p · texte numérisé non relu

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a. « Il y a cinquante ans, écrivait aussi d*Aubignac vers 1666, une honnête femme n^osait pas aller au théâtre. » Çh Arnaud, les Théories dramat, au xvii« s., p. 191. — M. Arnaud met en note : « Je dois signaler un démenti à cette assertion . donné par Mairet dans son épttre dédicatoire des Galanteries du duc d'Ossonne. Il dit que les plus honnêtes femn^es fréquentaient rilôtel de Bourgogne avec aussi peu de scrupule et de scandale que celui du Luxembourg ». Mais il n'y a pas plus de démenti donné à d'Aubignac dans les paroles de Mairet, que de démenti donné à Tallemant dans les quelques lignes de /' Ouverture des jours g7^as citées par nous, p. ai 4. Les honnêtes femmes évitaient le théâtre en 1616 et le fréquentaient en i634 ou i636. Il semble même qu'elles aient commencé à s'y rendre plus tôt : « Nos plus délicates dames ne font point de difiBculté de se trouver aux lieux où se représentent les tragédies », écrit, en i63o, l'évêque Camus en tête de son livre les Spectacles d'horreur, où se découvrent plusieurs tragiques effets de notre siècle. A Paris, chez André SouBion. au Palais dans la gallerie des Prisonniers, à l'image Nostre Dame, 8° (le privilège porte : « par le sieur évêque de Bellay »). Voy. mon Alex. Hardy, p. 666-6&7.

3. Peut-être aussi dans les loges y avait-il quelques femmes honnêtes, mais trop curieuses, cachées sous le masque. On sait, en effet, que les dames ne sortaient jamais sans masque, sauf à le laisser attaché près de l'oreille, si elles ne le voulaient pas porter, <K comme font de bonnes dames de Paris, qui, encore qu elles Ae se masquent jamais dans la rue, craignant de s'échauffer ou pour

ai4 LE TUÉATHE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE

Taveu des comédiens. Recommandant au public les pièces qu'ils se proposent de jouer en i634* ils déclarent qu'elles a sont autant d'aimants attractifs pour y faire venir non seulement les plus graves d'entre les hommes, mais les femmes les plus chastes et modestes, qui ne veulent plus faire autre chose maintenant que d'y aller ; ce qui fait qu'on ne s'étonne pas si les maris, par un long iempSy avaient défendu et interdit V entrée de V Hôtel de Bourgogne à leurs femmes, qui y perdent presque la mémoire de leurs loges, quand elles ont vu représenter en ce lieu quelque pièce si belle, comme autrefois ceux qui avaient goûté une fois de lotes perdaient entièrement la mémoire de leur pays et de leur maison ' ». Bien que le tour soit adroit et la raison donnée ingénieuse, le dire de Tall&mant est confirmé. Les honnêtes femmes n'allaient point à l'Hôtel de Bourgogne et n'y pouvaient aller, effrayées par les in^lcnts et par l'imnioralité des spectacles ; mais leur abstention même était un mal et laissait le champ libre à l'immoralité comme aux insolences ^.

quelque autre sujet, ont toujours le masque pendant, comme un volet près de la fenêtre, de peur que l'on n'ignore leur noblesse. » {Maison des jeux, t. I. p. A57.)

I . VOuverture des jours gras. (Éd. Foumier, Variétés, t. II, p. 35i.)

a. En i6«4 encore, le satirique du Lorens fait du mot HÔtel

de Bourgogne un synonyme du mot b (les Satyres du sifiur

du Lorens, 1 II. sat. x. p. 17a). et. chose curieuse, le privilège des Sat-^^es est signé : Hardy. 11 est vrai qu'en i6a4, Valleran et Hardy étaient éloignés de l'Hôtel depuis deux ans. — D'après Éd. Foumier. la Farce et la Chanson, p. civ, « les comédiens n*if:noraient pas que leur salle était fort mal commode et trèâ mal fréquentée. Aussi promettaient- ils de remédier au premier inconvénient, dès i63i, si le roi voulait abolir le droit des Confrères et leur octroyer à eux-mêmes THutel de Bourgogne. « En cas qu'il leur fût adjugé, ils s'engageaient à le rebâtir à la façon des bâtiipents qui sont en Italie, afin qu'en toute liberté les honnêtes gens, et principalement les dames, y pussent jouir des divertissements des comédies sans appréhensions des volontaires et des mauvais

LA SALtB ET LE PfBUC al5

Ainsi, iin public peu homogène, dont une partie ne manquait ni d'intelligence, ni d'instruction, mais en majorité turbulent, grossier et immoral, tel nous parait avoir été le public de l'Hàtel de Bourgogne pendant les vingt ou trente premières années du xvii* siècle'. On comprend quels goûts pouvaient être les siens, et s'il était facile de les contenter. C'est souvent en vain qu'auteurs et comédiens y faisaient eflbrt ;

•i Vous répondrez peut-être que le jeu ne vous platt pas. C'est li où je vous attendais; pourquoi y venez-vous donc? Que n 'attendez-vous jusqu'à amen pour en dire votre râtelée? Ma foi, si tous les ânes mangeaient des chardons, je n'en voudrais pas fournir la compagnie pour cent écus. Vous vous plaignez le plus souvent de trop d'aise. Qu'ainsi ne soit, si l'on vous donne quelque excellente pastorale, où Morne ne trouverait que redire, cettui-ci la trouve trop longue, son voisin trop courte; eh quoil se dit un autre, allongeant le col comuie une grue d'antiquité, n'y devraient-ils pas mêler un ijitermède et des feintes?

a Mais comment appelez-vous lorsque un Pan, une Diane, un Cupidon s'insèrent dettrement au sujet? Quant aux feintes, je vous entends venir, vous avez des sabots

esprits qui se portent aui insolences. ■ (^Bemoiilraiics au rnv en faveur de la trouppe royale des cumèdiens, i63i, in V ad linem.')

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