‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 94 sur 140 · F» 47, Clitophon · texte numérisé non relu

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nons ce mot caractéristique, il nous instruit à la fois sur le compte des poètes du temps et sur celui des comédiens. ]Ni les uns ni les autres ne tenaient beaucoup à donner à leurs personnages une physionomie exacte, à mettre des turbans aux Turcs*.

La connaissance du système décoratif est beaucoup plus nécessaire que celle des costumes. Si celle-ci, en effet, peut nous donner quelques indications sur le souci que les poètes prenaient de l'exactitude historique, celle-là nous explique la forme même des pièces, les règles suivies par leurs auteurs, et jusqu'aux genres qu'ils ont adoptés. Faute de la posséder, on juge un auteur dramatique au nom de lois qu'il ignorait, et par conséquent avec injus-

I. Nous ferons deux observations au sujet du passage qui précède. La première est que les documents à consulter, datant pour la plupart des dernières années que nous ayons à étudier, ne nous font connaître que la meilleure situation où se soit trouvé le théâtre avant les chefs-d'œuvre de Corneille. La seconde est qu'il ne faut pas accepter sans contrôle les renseignements que semblent donner les gravures placées en tête des pièces du temps : parfois en effet le dessinateur imite ce qu'il a vu à la scène, mais le plus souvent il s'inspire de l'histoire ou de la réalité contemporaine. Les personnages de la Mort de César de Scudéry (i636) se présentent à nous avec des costumes romains ; Didon (1637) est « en robe décolletée, avec im collier de perles, des cheveux à la Marie de Médicis, et, sur le dos. un vaste manteau doublé d'hermine ». Peut-on dire qu'une au moins de ces gravures nous donne une idée juste des représentations ? (Voy. Lud. Celler, ch. IX.) — Si Ton voulait se faire une idée du costume tragique au temps de Rotrou, il faudrait plutôt regarder les soudards de Gallot que les princes d'Abraham Bosse. Pour la période antérieure, peut-être conseillerions- nous de jeter un coup d'œil sur les gueux, (Voy. Emile Lamé, le Costume nu-théâtre, reproduit dans la Revue d'art dramatique y ?«*• octobre 1886, p. 16.)

lice ; et, tandis qu'on cherche dans ses pièces ce qu'il n*y pouvait mettre, on se scandalise d'y trouver ce qu'il était obligé d'y introduire.

Aussi, que de railleries, que d'anathèmes n*a-t-on pas lancés contre Hardy I Quelles responsabilités ne lui a-t-on pas fait porter ! Les classiques lui auraient sans doute pardonné de n'avoir pas su fonder la tragédie régulière, s'il lui avait fallu emprunter lui-même à Âristote les indispensables unités. Mais les unités étaient généralement ! observées, mais la tragédie régulière était établie sur le j théâtre, lorsque Hardy y a paru ; c'est lui qui l'en a chassée, c'est à lui qu'est due la barbarie du théâtre avant Corneille! « Au siècle de Ronsard, écrit d' Aubignac * , le théâtre commença à se remettre en sa première vigueur. Jodelleei

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rcnt ngft^UI^Jl'ir"'*^^'*'"''"* ^^"^ ^'"(5^'" ^" tti'^P^- Mur^t. Sca liger et d'aut re s en firent Hp mAmn on phi«>ifiurs jxpème s latinsjmais aussi tôt Ic Mlérègle nie nt se rem it sur le théâ tre par l'ignorance des poètes, qui tiraient Yamïé de Jj ^ire bea^ coup de pièces et qui peut-être en avaient besoin^IIardy fut celuimiF Iburnît Te plus abondammentli nos comcîdiens de qu oi div crlTr le peuple ; et ce fut lui sans cTo ale q ui tout d'un coup a rrêta les progrès du //it'd^r^^ donna n^le^ mauvais exemple des desordres que nous y avons vi^ régner en notre temps. »

\Ai Q^1~pIirlaient jns rlasslgnns. pour qui les pièces de ce temps, étaie nt des pièces monstrueuses et sans nom 2. Mais ceux qui, d epuis, les ont jugées beaucoup plus rav orabi e-" ment, ceux môme qui leur ont su eré de leurs libertés et de leur irrégularité, n'ont nas .compris dinércmment le rôle dcHardx wITApfCA.GUj^ aussi, ç£__drani aturge aurait pu co mpose r ses^ œuvres selon la joéti^ue -classique, déjà

* I. L. II, ch. VI! ;*t. I, p. io5.

u. Voy. mémo passage, suite.

formée ; mais i l a mieux aimé se conformer à la pratiqu e plus li bre des Espap[nols. Au théâtre f Ipasigno gpî ^r^gnaîf che z nous, il a substitué le théâtre romantique, qui régna it en An p[leterre et en Espfignc^ Alors que cette dernière nation exerçait une immense influence sur notre littérature comme sur nos mœurs, Hardy a subi plus que personne cette influence, et, plus que personne, il a contribué à la répandre, il Ta fait dominer sur notre scène.

Théorie spécieuse, et qui a même sa part de vérité. Oui, sans doute, à une date tardive, aux environs de 1628, Hardy, ses rivaux, une partie des spectateurs ont été soumis, en quelque mesure, à Tinfluence espagnole, et le drame libre français, la tragi-comédie, lui a dû de résister plus longtemps aux attaques de la tragédie reparue. Mais ce n*est pas à la comedia que la tragi-comédie doit sa naissance et son succès. Hardy ne connaissait pas le théâtre espagnol, dont il n*a rien imité, quoi qu'on en ait dit, pas plus qu'il n*a imité ou connu le théâtre de l'Angleterre *. Et, de plus, si la tragi-comédie était redevable à la comedia de son existence môme, elle lui aurait emprunté tout à la fois ses procédés de décoration et ses procédés de composition : à moins qu'en adoptant la forme de la comedia espagnole, elle n'eut gardé les procédés matériels de la tragédie française, à laquelle, dit-on, elle succédait. Or, ni Tune ni l'autre de ces hypothèses ne se vérifie par les faits. Générale ment s oumise à^J'upîti^- d^ lW(\^t la tra ffédie du xvi® siècle ne pouvait avoir qu'une décoration anal ogu e à celle qui imit par prévaloir au siècle suivant. Quant à la cômedla, à laquelle l'unité de lieu était inOQUnucjgji^.aurait pu se jpuer..dajos.uo£L décoration . Ltiute diffé rente et fort compliquée ; mais la mise en. .scèRe,..cteit rudimentaire en TTspagne comme en Angleterre, et l'ima-

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