‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 97 sur 140 · scène et réduire le nombre des décorations. Mais' lorsqu'il · texte numérisé non relu

scène et réduire le nombre des décorations. Mais' lorsqu'il

I se trouvait trop grand encore, un dernier moyen restait

i d'y porter remède : c'était de pratiquer quelques coupures

j dans le texte touiTu et diffus des pièces, c'était de suppri-

"i mer quelques parties d'une action toujours lâche et épar-

. pillée. Pratiquée avec habileté, cette opération ne pouvait

qu'être utile aux longues œuvres du moyen âge.

Ainsi, le plus souvent, il devait être possible de se contenter de cinq ou six mansions, surtout dans les drames non religieux, dispensés de posséder un paradis et un enfer. Or, cinq ou six mansions tenaient fort biep sur la scène étroite de l'Hôtel de Bourgogne ; e/t en plaçant deux sur chacun des côtés, une ou deux encore sur le dernier plan, on laissait vides tout le' centre et l'avant-scène ; les person- . nages pouvaient se mouvoir, et l'action évoluer librement. C'est justement dans ces conditions que se trouvait le i théâtre au commencement du xvii" siècle.

Jusqu'à ces dernières années, des opinions très fausses avaient cours sur le système décoratif de cette époque. La

plus répandue reposait sur une assertion hasardée de Perrault* : « La scène (de THôtel de Bourgogne), formée comme aujourd'hui d'un plancher continu, n'avait point de coulisses ; trois morceaux de tapisseries, dont deux tondus latéralement et le troisième dans le fond, décoraient et déterminaient l'espace occupé par les acteurs. Les pièces de Jodelle ne furent pas mieux traitées. La mécanique ne fît rien de plus^ pour le théâtre jusqu'à Corneille, dont le Cid fut d'ahord représenté avec ce simple appareil ^. »

Mais si telle était la disposition de la scène, comment le puhlic était-il averti des changements de lieu, si fréquents alors dans les œuvres dramatiques ? Sainte Beuvc pensait sans doute qu'il ne l'était pas du tout, et que les acteurs ne prenaient pas la peine de s'en inquiéter euxmêmes. « C'est comme à l'aventure, dit-il à propos de Hardy ^, qu'il voyage dans l'espace et dans la durée. Bien souvent, si l'on avait permission de lui demander où il est, dans une chambre ou dans une rue, à la ville ou à la campagne, et à quel instant de l'action, il serait fort embarrassé de répondre. » Lemazurier, moins dédaigneux, résolvait la difficulté par cette explication : « Quand on voulait faire connaître au spectateur que le lieu de la scène allait changer, on levait ou on lirait une tapisserie, et cela se faisait jusqu'à dix ou douze fois dans la même pièce*. » D'autres, enfin, allaient jusqu'à admettre que le théâtre était « machiné pour les changements à vue et la variété attrayante des tableaux * ».

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