‹ Le théatre français avant la période classique: (fin du XVIe et commencementChapitre 10 sur 130 · Roman comique, i pe partie, ch. v, t. I, p · texte numérisé non relu

Roman comique, i pe partie, ch. v, t. I, p

4. Voir son portrait, i re partie, ch. v, t. I, p. 25, 27, 28 ; voir aussi 2 e partie, ch. 11 et passim.

5. Voy. notamment dans le Viage entretenido, p. 91 à 101, les aventures de Rios et de Solano, traduites par de Puibusque, Hist. comp. des litt. fr. et espag., t. ÏI, p. 175 à i83. Cf. les articles do M. Damas-Hinard, § 3, p. i357~i358. Malgré tout, les

les comédiens de campagne aux environs de i5q5, c'est moins, semble-t-il, sous les traits de Destin et de Léandre que sous ceux de ces chevaliers du miracle 1 ou de leur historien lui-même, né il ne savait de qui, père d'enfants qu'il ne connaissait pas, échoué au théâtre après avoir fait vingt métiers. Et leur valeur intellectuelle ne devait pas toujours être supérieure à leur valeur morale. Vers i558, il est vrai, J.-G. Scaliger avait vanté les acteurs errants de \ moralités et de sotties : « admettons que le mime est représenté chez nous par deux genres, que promènent par toute , ; la France, à travers villages et villes, de merveilleux ^j- ^ tistes, la moralité et la sottie 2 . » Mais son témoignage paraît s'appliquer à ces acteurs d'occasion que le succès dans des représentations exceptionnelles entraînait parfois, à courir le pays : il n'aurait plus été exact, sauf exceptions, pour les professionnels qui suivirent.

Si un poète suivait les comédiens, quels étaient ses rap-, ports avec eux? quelle était exactement la place qu'il tenait dans la troupe ?

On ne peut croire qu'il en était le directeur. Même à la tète d'une troupe peu nombreuse et peu habituée au luxe, un directeur a des responsabilités qui supposent des ressources ; c'est un financier, et un pauvre hère comme Hardy ne pouvait l'être. Ajoutons qu'il n'en était pas de

comédiens espagnols étaient en général mieux accueillis et plus fêtés que les comédiens français.

i. Gomme on appelait Rojas.

2. « Sunto quidem duo gênera, quae etiam vicatim et oppidatim per uni versa m Galliam mirificis artificibus circunferunlur, morale et ridiculum. » Julii Cœsaris Scaligeri viri clarissiml Poetices libriseptern. Ed. tertia, i586, 1. 1, ch. ix, p. 43.

la France comme de l'Espagne, où chaque troupe un peu considérable avait à sa tête un aator ou directeur. En France, ce mode d'entreprise théâtrale exista aussi, mais surtout à l'origine, et disparut de plus en plus ' ; dans la plupart des troupes, les acteurs ne voulaient pas de maître, et se contentaient d'accorder une influence plus grande à celui d'entre eux dont le talent paraissait le plus remarquable. Il en est ainsi dans la troupe du Roman comique 8 , et Ghappuzeau dit nettement : « Si le séjour des Républiques n'est pas le fait des comédiens, le gouvernement républicain leur plaît fort entre eux ; ils n'admettent point de supérieur, le nom seul les blesse, ils veulent tous être égaux et se nomment camarades... Ceux d'entre eux qui ont le plus de mérite ont aussi dans l'État le plus de crédit 3 . »

Mais, si le poète des comédiens n'en était pas le directeur, on aimerait à penser tout au moins qu'il était traité par eux avec quelque respect; illusion difficile à conserver, si l'on veut tenir compte des faits et des textes. Quand le poète était en même temps comédien, comme Desfontaines, Jean-François l'Hermite ou Ragueneau, la considération qu'on lui accordait était celle que méritait son talent d'acteur, et elle était nulle certainement si, comme Ragueneau, il ne s'entendait qu'à moucher les chandelles. Si le poète ne montait pas sur la scène, ou n'y *n on tait qu'exceptionnellement et dans les moments difficiles pour sa troupe, ainsi qu'a dû faire Hardy, ainsi que faisait le Roquebrune de Scarron, quels égards pouvait-on avoir pour lui? Les comédiens de nos jours, plus éclairés que ceux du xvi e siècle, ont la faiblesse de regarder de haut

I* Petit de Julleville, les Comédiens, p. 337-338.

2. Comme l'a remarqué Fournel, les Contemporains de Me- Hère, t, I, p. 4a4-

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