LE « RECUEIL DES PIÈCES DU TEMPS
caires, tous les remèdes des charlatans... » — Mais comment expliquer que ce livre ait paru pour In première fois à la Haye, et en i685? On peut admettre « qu'une copie des prologues de Guillot Gorgeu avait été emportée dans les Pays-Bas par un comédien ambulant et qu'elle sera tombée entre les mains d'un libraire de La Haye », p. 127-129.
Tels sont les arguments de l'érudit qui a écrit cette notice ; ils ne nous ont pas convaincu.
Reconnaissons d'abord que les Pièces du temps se présentent à nous comme des prologues de l'Hôtel de Bourgogne ; il y est question du public, des brouillons qui mettent flamberge au vent, des passe -volants qui ne veulent pas payer ou qui veulent payer insuffisamment leur entrée ; on y discute sur la tragédie et la comédie; on y nomme Turlupin, Gaultier Garguille. Perrine, Bruscambille, etc. Mais si ce sont bien là des prologues, ils ne peuvent être de Guillot Gorju. En effet :
i° Le nom de Guillot se trouve ailleurs que dans la pièce des Crocheteurs, p. 17 ; il est encore dans la vingt et unième qui porte pour titre Questions et réponses, p. 118 : « Je me doute bien que quelque esprit verreux dira.. ; un autre de bas aloi et d'un faux coin, coulant la main sur une manchette à trois étages pour faire paraître devant les dames l'embonpoint du poignet, l'une des beautés de la cour, dira : Je crois, quant à moi, que cet homme veut assassiner notre patience et rebuter notre curiosité avec ses questions. C'est le pont aux ânes. Tu as raison, Guillot, c'est de vrai le pont aux ânes, principalement quand tu y passes avec tes camarades qui portent le blé au moulin. » Ainsi le nom de Guillot, qui semblait tout à l'heure celui de l'auteur, est ici nettement le nom supposé d'un spectateur. Qu'est-ce à dire ? Que Guillot est un surnom comique, dont l'auteur se sert uniquement parce qu'on s'en servait souvent à cette époque. (Voy. notamment dans les Fantaisies, p. i4. seconde harangue de Midas : Guillot le songeur; et dans Tabarin, p. f\io-^n, le procès entre Guillot l'Évenlé et Guillemain Blanfèvre au sujet de Guillemet te.)
2° Bruscambille est beaucoup mieux indiqué que Guillot Gorju comme l'auteur des Pièces du temps. Dans la pièce dixième, en effet, de V Indifférence, p. 57, l'orateur proclame son indifférence absolue en toutes choses ; puis, voyant l'abus qu on peut faire de sa déclaration, il ajoute : « Il me semble que je vois quelque Argus
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•ans Mercure faire le guet à notre porte et disputer son entrée avec deux vieux carolus, fondé sur l'indifférence dont il s'agit, avec ces mots adresses au portier : Mon ami, tu es sans raison de refuser ce que je te baille. Puisque toutes choses sont indifférentes au docteur Bruscambille, les carolus et les sols que je paye à la porte, ou que je ne paye pas, lui sont choses indifférentes. »
Allons nous donc déposséder Guillot Gorju en faveur de Bruscambille ? Certes, la chose serait plus faisable que l auteur de la notice ne l'avoue : les médecins ou apothicaires et leurs drogues ne sont pas ici, à beaucoup près, aussi envahissants qu'on le veut bien dire ; le seraient- ils, qu'ils ne feraient pas peur à Bruscambille; lui aussi en parle fort souvent et fort savamment, et il a écrit un prologue spécial de la médecine (Nouvelles et plaisantes imaginations, p. ifa). La grossièreté est ici la mêmequo dans les prologues authentiques. Toutes les locutions, tous les termes et beaucoup des plaisanteries ordinaires de Bruscambille s'y retrouvent. — Malgré tout, le style semble différent, moins franc, moins naturel, et nous trouvons quelque part un passage fort étonnant de la part de Bruscambille (comme il le serait d'ailleurs de la part de Guillot Gorju), celui où l'orateur, qui semble ignorer l'existence de la farce, proclame la supériorité de la tragédie sur la comédie, parce que celle-ci « n'embrasse ordinairement que des sujets bas et ravalés », p. iii-iij.
Qu'est-ce donc, selon nous, que le Recueil des pièces du temps ? Un simple pastiche de Bruscambille. Tout s'explique par cette hypothèse : la reproduction des traits ordinaires à ce farceur, mêlée à une différence involontaire de style ; les attaques contre les médecins et la discussion sur la tragédie et la comédie, qui sont d'un contemporain de Molière et de Racine; surtout la date de la publication, peu postérieure sans doute à la rédaction même.
TRAITÉ DE LA DISPOSITION DU POÈME DRAMATIQUE 33g
NOTE VIII (Voy. Chapitre vi, p. 284.)
Le « Traité de la disposition du poème dramatique ».
Je renvoie pour cet opuscule à la réimpression donnée par "M. Gasté dans sa Querelle du Cid, parce que l'édition originale en est rare et peu accessible. En voici le titre : Examen de ce qui s'est fait pour et contre le Cid avec un Traité de la disposition du poème dramatique et de la prétendue règle de vingt- quatre heures. A Paris, imprimé aux dépens de l'autheur. M.DC. XXXVII, in-8.
On voit que le Traité a été publié en 1637, e * non en I 63g, comme le dit M. Charles Arnaud. Il avaitété écrit dès i63i ou i63a. «llmesouvient», dit l'auteur, p. 347. « d'avoir écrit quelque chose de cette matière il y a cinq ou six ans, principalement de la disposition du poème* dramatique et de la prétendue règle de vingtquatre heures. » C'est ce quelque chose qu'il publie, à la faveur de la Querelle du Cid, en le glissant dans un Discours à Cliton où il prétend résumer cette querelle. Faut-il d'ailleurs prendre à la lettre sa déclaration : ce traité « est tel que je l'ai trouvé dans mes écrits, et je n'y ai rien changé » ? J'avoue que plusieurs détails me mettent en défiance ; tout ce que dit l auteur de la situation des théâtres ou de lui même ne remonte sans doute pas à i63a.
Ce curieux ouvrage a été attribué à Claveret (fr. Parfait, t. V, p. a56 ; Sainte-Beuve, Tableau, p. aÔ7 ;. Lombard, Étude sur Al. Hardy, Zeitschrift, p. 179; etc.), mais Claveret ne se serait pas montré aussi impartial pour Corneille que l'auteur de Y Examen , et, comme le remarque Liste, « cette même année 1637, dans la préface de son Esprit fort, il protestait de son respect pour les règles, et se faisait un titre d honneur de son adresse à leur obéir ». — L'attribution à Mairet est encore moins acceptable (Niceron, Mémoires, XX, p. 9a ; cf. Arnaud, les Théories dramatiques, p. 159, n. 3) — M. Chardon insinue le nom du Comte de Belin (La Vie de Rotrou, p. 116-117J. Maisriende.ee que 1 auteur dit de lui-même ne convient au gentilhomme manceau (voy. Gasté, introduction, p. 3o-3a).
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J «v/>i«* que ce* objections me frappent moins aujoard hxâ : il y a tant de poir.U r,/>mrrmrn entre I auteur da Trmité et d*t Travaux d'(fly**e, d Agarite et de Pantkée / Toas soM de* îff/^ilï^r» ; tous deux parlent de Hardy comme doa rrrftHr'- (Pantkée, ytf-Urjf, ; Traité, p. 281) ; toas deux ont fait tin tf petit nombre » de pièce* de théâtre (Traité, a5i et aya). . . fl/,n seulement il» ont la même doctrine, mais le même ton et parfois l"ft mArne* fnprwwion», 1 un et l'autre distinguant égalerriftfit Imi fK^rrift» «implfa et les poèmes composés (préface d ^f *aritfi, At Traité. ih\) ou parlant d'ajuster les pièces à la règle dit* yiri^t quatre heures (préface de Panthée, et Traité, 275). «-- f/autour du Traité renonce au théâtre sans être pourtant la»»/) de l'art dramatique ; celui de Pantkée écrit : « Même quand je me au in retiré de la scène, je n'ai pu m 'abstenir de faire dmix nu trois pièces à son usage, dont voici la dernière 1 ». —
1, La pr^faco d' Agarite (i636) promettait déjà au lecteur, s'il m montrait favorable, un volume do quatre pièces, « chacune des-