‹ Le théatre français avant la période classique: (fin du XVIe et commencementChapitre 79 sur 130 · LÀ SALLE ET LE PUBLIC 2ÎI · texte numérisé non relu

LÀ SALLE ET LE PUBLIC 2ÎI

gent qu'on demande à la porte *. » Cette dernière parole est bien d'un plaidoyer et nous, ne sommes pas obligés d'y croire.

Telles étaient les scènes de désordre dont le théâtre était sans cesse témoin ; telle était l'attitude du public qui le fréquentait. Quelles gens composaient ce public ? Nous avons vu que les pages, les laquais, les filous y étaient en grand nombre ; les jeunes gens sans occupation sérieuse, les étudiants, les écrivains 2 , et surtout les écri-

i. Apologie de Guillot Gorju, i634* p. a5*26 (Ioyeusetez). Voy. le récit d une bagarre où les filous jouent leur rôle, dans te Berger extravagant, de 1627, i re p., t. 111, p. 1^9- i5o. — L'insolence des laquais et des filous ne cessait même pas av^c la représentation; l'arrêt rendu en i633, au sujet des comédiens établis au jeu de paume de la Fontaine, rue Michel-Ie-Gbnate, constate qu'il y a eu des' voler ies « fort fréquentes à ladite rue, et plusieurs personnes battues et excédées, avec perte de leurs manteaux et chapeaux ». Les voisins du nouveau théâtre étaient, « tous les jours de comédie, en péril de voir voler et piller leurs maisons. » (Fr. Parfait, t. V, p. 5i.) — Les désordres au théâtre deviennent moins ordinaires après la période qui nous occupe ; mais ils ne cessent pas, et les plaintes continuent à se produire. Scarron demande qu'on purge la comédie « des filous, des pages et des laquais, et autres ordures du genre humain ». (Roman corn., 2 e p , ch. vin ; t I, p. 3i6 317.) DAubignac propose contre eux les mesures les plus rigoureuses, en même temps qu'il imagine une meilleure disposition des salles de spectacle, rendant impossibles les anciens excès. (Pratique du th., I. I, ch. lvii ; t. I, p. 3-7, et Projet pour le rétablissement du théâtre français, p. 353 et 356.) De Pure s'élève contre les entrées gratuites et le port des armes, cause de tant de troubles regrettables. (Idée des spectacles anciens et nouveaux... A Paris, chez Michel Brunet, 1668, in-12, p. 171-174.) Plaintes et propositions sont inutiles; les ordres mêmes du roi ne sont guère obéis. Voy. Fournel, Curiosités théâtrales, ch. x ; Ém Gampardon, Documents inédits, p. 3i 48 et 65-70 ; Despois, p. i54-i58. Auxviir 3 siècle, les plaintes n'ont pas encore cessé.

2. D après le père Garasse, les bons esprits, comme il les ap-

1>elle ironiquement, c'est-à-dire les athéistes, ne débitaient pas eur doctrine partout, mais dans quelques endroits choisis, « les cabarets d honneur, dû on est reçu à deux pistoles par tète, les

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vains besogneux comme le poète crotté de Saint- Amant, n'y devaient pas manquer non plus. « Tout ce que la rue Saint-Denis avait de marchands — se rendait peut-être déjà régulièrement à l'Hôtel de Bourgogne pour avoir la première vue de tous les ouvrages qu'on y représentait » , ainsi que plus tard, au temps de Boursault et de de Visé *. .Quant au vrai peuple, aux ouvriers, l'heure où se donnait la représentation les gênait sans doute, mais n'était pas un empêchement absolu pour ceux qui aimaient le théâtre. Les représentations en Espagne avaient aussi lieu de jour, et le parterre n'en était pas moins plébéien, et ce n'en était pas moins un cordonnier ou un savetier qui décidait souvent de la destinée des pièces 2 . Aux catégories d'auditeurs que nous venons de signaler en faut-il joindre d'autres plus relevées ? Sans doute, quelques seigneurs, quelques grands personnages se montraient parfois au théâtre ; et leur présence n'était pas pour changer beaucoup la nature des spectacles, les grands n'aimant guère alors que les farceurs. Mais, en général, et pendant la plus grande partie de la carrière de Hardy, ce qu'on appelle la bonne compagnie ne fréquentait pas le spectacle. C'est peu à peu, c'est lentement que la bonne compagnie prit le chemin de l'Hôtel de Bourgogne 8 , et les productions dramatiques d'hommes de bonne naissance, comme

académies, et les loges de l'Hôtel de Bourgogne, attendant la farce. » Ailleurs Garasse appelle Théophile et les libertins « des amphibies de la taverne et de l'Hôtel de Bourgogne, vivant partie en l'un, et partie en l'autre. » La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels... A Paris, chez Sébastien Chappelet, i6a3, 1. I, p. 4» et 1. VI, p. 738

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