‹ Le théatre français avant la période classique: (fin du XVIe et commencementChapitre 80 sur 130 · Voy. Damas-Hinard, § a, p. i33o · texte numérisé non relu

Voy. Damas-Hinard, § a, p. i33o

3. D'ailleurs, sous Henri IV et Louis XIII, les nobles habitaient leurs châteaux et ne paraissaient guère à la ville. Louis XIV luimême eut de la peine à changer ces mœurs. Voy. Suard, p. i35-

LA 9ALLE ET LE PUBLIC 2l3

les Racan, les Mairet, les Scudéry, furent à la fois un résultat et une cause de ce changement. « La comédie n'a été en honneur cjtle depuis que le cardinal de Richelieu en a pris soin », dit Tallemant 1 , et il ajoute : ce Ayant cela, les honnêtes femmes n'y allaient point 2 . »

Détail important et caractéristique, car on sait l'influence des femmes sur le théâtre, et qu'un théâtre où ne vont pas les femmes est presque nécessairement grossier et immoral. Orales femmes ne manquaient pas complètement à l'Hôtel de Bourgogne, puisqu'il arrive à Bruscambille de leur adresser la parole ; mais il ne le fait guère que pour leur dire des obscénités. C'étaient donc surtout des femmes perdues 3 . Ici encore, nous avons

i. T. VII, p. 171.

2. « Il y a cinquante ans, écrivait aussi d'Aubignac vers 1666, une honnête femme n'osait pas aller au théâtre. » Çh Arnaud, les Théories dramat. au xvn e s., p. 191. — M. Arnaud met en note : « Je dois signaler un démenti à cette assertion, donné par Mairet dans son épUre dédicatoire des Galanteries du duc d'Ossonne. Il dit que les plus honnêtes femmjes fréquentaient l'Hôtel de Bourgogne avec aussi peu de scrupule et de scandale que celui du Luxembourg ». Mais il n'y a pas plus de démenti donné à d'Aubignac dans les paroles de Mairet, que de démenti donné à Tallemant dans les quelques lignes de V Ouverture des jours gi % as citées par nous, p. ai4- Les honnêtes femmes évitaient le théâtre en 1616 et le fréquentaient en i634 ou i636. Il semble même qu'elles aient commencé à s'y rendre plus tôt : « Nos plus délicates dames ne font point de difficulté de se trouver aux lieux où se représentent les tragédies », écrit, en i63o, l'évêque Camus en tête de son livre les Spectacles d'horreur, où se découvrent plusieurs tragiques effets de notre siècle. A Paris, chez André SouBion, au Palais dans la gallerie des Prisonniers, à l'image Nostre Dame, 8° (le privilège porte : « par le sieur évêque de Bellay »). Voy. mon Alex. Hardy, p. 666-667.

3. Peut-être aussi dans les loges y avait-il quelques femmes honnêtes, mais trop curieuses, cachées sous le masque. On sait, en effet, que les dames ne sortaient jamais sans masque, sauf à le laisser attaché près de l'oreille, si elles ne le voulaient pas porter, « comme font de bonnes dames de Paris, qui, encore qu elles ne se masquent jamais dans la rue, craignant de s'échauffer ou pour

ai£ LE TIIÉATRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE

l'aveu des comédiens. Recommandant au public les pièces qu'ils se proposent de jouer en i634. ils déclarent qu'elles « sont autant d'aimants attractifs pour y faire venir non seulement les plus graves d'entre les hommes, mais les femmes les plus chastes et modestes, qui ne veulent plus faire autre chose maintenant que d'y aller ; ce qui fait qu'on ne s'étonne pas si les maris, par un long temps, avaient défendu et interdit V entrée de V Hôtel de Bourgogne à leurs femmes, qui y perdent presque la mémoire de leurs loges, quand elles ont vu représenter en ce lieu quelque pièce si belle, comme autrefois ceux qui avaient goûté une fois de lotes perdaient entièrement la mémoire de leur pays et de leur maison * ». Bien que le tour soit adroit et la raison donnée ingénieuse, le dire de Talisman t est confirmé. Les honnêtes femmes n'allaient point à l'Hôtel de Bourgogne et n'y pouvaient aller, effrayées par les insolents et par l'immoralité des spectacles ; mais leur abstention même était un mal et laissait le champ libre à l'immoralité comme aux insolences 2 .

quelque autre sujet, ont toujours le masque pendant, comme un volet près de la fenêtre, de peur que l'on n'ignore leur noblesse. » (Maison des jeux, t. I. p. 457.)

1 . L'Ouverture des jours gras. (Éd. Fournier, Variétés, t. II, p. 35i.)

a. En i6«4 encore, le satirique du Lorens fait du mot Hôtel

de Bourgogne un synonyme du mot b (les Satyres du sieur

du Lorens, 1 II, sat. x. p. 17a). et. chose curieuse, le privilège des Sat^es est signé : Hardy. 11 est vrai qu'en i6a4, Valleran et Hardy étaient éloignés de l'Hôtel depuis deux ans. — D'après Éd. Fournier. la Farce et la Chanson, p. civ, « les comédiens n'ignoraient pas que leur salle était fort mal commode et très mal fréquentée. Aussi promettaient- ils de remédier au premier inconvénient, dès i63i, si le roi voulait abolir le droit des Confrères et leur octroyer à eux-mêmes l'Hôtel de Bourgogne. « En cas qu'il leur fût adjugé, ils s'engageaient à le rebâtir à la façon des bâtiments qui sont en Italie, afin qu'en toute liberté les honnêtes gens, et principalement les dames, y pussent jouir des divertissements des comédies sans appréhensions des volontaires et des mauvais

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