Voy. Alex. Hardy, K III, ch. iv : les Trdgï-Côtriédies
cation si simple, c omme la mise enacène du moyen âge se retr ouve encore '"en vigueur après ifi3o à rpnteld e \ Bourgogne, force serait d'adm ettre que cette mise en scèn e singulière*, (mi ne pquvait être acceptée que par d es spec tateur s gc c oufo més à elle et aveuglés par là sur ses défaut s, a é té, d'abord abandonnée "par" Tés" Conlrèrés , ses défens eurs naturels, guis rep rise par des comédiens ; — ^"et \ cela vraiment est-il vraisemblaBle^T^ 1 ""*
•"*«■>•>*«#■ :jfcW*W ^i«r~>n-*"
On sait, depuis les travaux de Paulin Paris, comment j était disposée la scène des mystères. Elle « comprenait i deux parties distinctes : les mansions et la scène proprement y \ dite, autrement dit l'espace vague et libre qui s'étendait entre les mansions, comme la mer entre les îles d'un archipel. Les mansions (demeures ou simplement maisons), ce sont les édifices où l'action se transportait pendant le drame. Ainsi la maison de la Vierge à Nazareth, le temple de Jérusalem, le palais de Ponce-Pilate, fofmaient autant de mansions dans le mystère de la Passion. Toutes les fois que l'action ne se passait pas dans une mansion déterminée, elle occupait la scène proprement dite, à telle \ ou telle place entre les mansions ; autrement dit, l'action \ se transportait sans cesse d'une mansion à l'autre, en tra- \ » versant la scène. La scène et les mansions étaient de plain- j pied et au même niveau, sauf certains cas déterminés : ainsi le Calvaire formait sans doute une éminence » 2 ;
i. Cette théorie a pourtant été implicitement admise par M. Bapst, Essai sur l'histoire du th., p. i£5 et suiv. Cf. le compte-rendu que j'ai donné de cet ouvrage dans la Revue des langues romanes , juillet 1894
2. Petit de Julie ville, les Mystères, t. I, p. 387. Voy. tout le chapitre xi, qui a pour titre : la Mise en scène et les spectateurs.
a^O LE THÉÂTRE FRANÇAIS AVANT LA PERIODE CLASSIQUE
ainsi le Paradis, où Siégeaient Dieu et ses anges, s'élevait au-dessus de toutes les autres mansions, tandis que l'enfer était supposé placé sous la scène, et que, seule, son entrée horrible était figurée aux yeux des spectateurs.
C'est sur un théâtre de ce genre que la Passion fut représentée à Valenciennes en i547» e * ^ on a P u foire» pour l'Exposition universelle de 1878, une restitution très sûre de ce théâtre d'après la gouache qui se trouve en tête d'un manuscrit. Voici comment Petit de Julleville décrit cette restitution l : « Sur une scène supposée large de cinquante mètres et profonde environ de la moitié (ces dimensions n'ont rien d'exagéré), on voyait disposés de gauche à droite : un pavillon à colonnes, au-dessus duquel était le paradis où Dieu trônait dans une gloire, entouré d'anges et des quatres vertus. Une muraille percée d'une porte entre deux colonnes doriques ; c'était Nazareth. Un second pavillon à colonnes entouré d'une balustrade et renfermant un autel et l'arche d'alliance : c'était le Temple. Une seconde muraille, également percée d'une porte, et derrière laquelle on voyait se dresser le sommet d'une tour et le faîte d'une maison : c'était Jérusalem. Au
centre, un pavillon à quatre colonnes, surmonté d'un fronton, avec escalier à droite et à gauche, trône au millieu, figure de roi dans le fronton, représentait le Palais. Une nouvelle muraille, percée de deux portes, et derrière laquelle se dressait le toit d'une maison, s'appelait la « maison des évoques » et la « porte Dorée » . Devant ces deux portes, un bassin carré, portant bateau, figurait la mer, c'est-à-dire le lac de Tibériade. A droite, enfin, l'en-
1. Les Mystères, t. I, p. 391-392. On peut voir la gouache du manuscrit de la Passion reproduite, ainsi que d autres dessins tirés de ce manuscrit, dans le livre de V. Fournel, le Vieux Paris, p. ao et p. 16-17. Elle l'est aussi dans V Histoire de la langue et de la litt. fr. t t. H, p. 4 16.
fer et les limbes représentés par deux tours percées cFotf-^ vertures grillées et par la gueule d'un énorme dragon » .
En somme, onze lieux différents étaient figurés sur la scène ; « mais la représentation du mystère de Valenciennes exigeait bien d'autres mansions : l'auteur de la miniature a simplifié et comme résumé la réalité » *.
Ajoutons, comme dernier trait, que les coulisses n'exis-î" taient pas ou ne servaient guère. Les personnages restaient/ \(j sur la scène pendant toute la durée de la représentation!/ ' et attendaient, à la place qui leur convenait le mieux, que leur tour vînt de prendre la parole. « Les personnages ne disparaissent jamais, disait Scaliger 2 , ceux qui se taisent sont réputés absents : mais certes il est bien ridicule que les spectateurs connaissent bien que tu entends et que tu vois, et que toi-même n'entendes pas ce qu'un autre dit de toi-même en ta présence, comme si tu n'étais pas où tu es. »
On voit ce qu'était le système décoratif du moyen âge et quelles modifications il dut subir, lorsqu'il passa des grands échafauds dressés en plein air aux scènes étroites \ des Confrères. Faisons effort par la pensée pour placer sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne la moitié des mansions d'un mystère et la moitié de ses acteurs. S'ils y peuvent tenir, c'est que la confusion sera complète et qu'il ne restera plus nulle place, ni pour les mouvements des ac-
i. Un théâtre allemand, dont le plan a été découvert par Mone. comprenait aussi douze lieux. (Voy. Royer, t 1, p. i53i54 ; Petit de Julleville, t. I, p. 392.) D'ailleurs, la disposition scénique des mystères s'était étendue aux autres genres de pièces : le théâtre de Pathelin, « figuré dans certaines éditions très anciennes, était divisé en trois compartiments : il représentait une boutique de drapier, une chambre à coucher, et une place publique où se tenait le juge ». Aubertin, Hist. de la langue et de la litt. fr., t. I, p. 544. n. 1.
a. Poétique, 1. I, ch. xxi, traduit et cité par d'Aubignac, 1. III, ch. ix ; t. I, p. a4o. Cf Petit de Julleville, t. I. p. 389.
iG
îl\l LE THÉÂTRE FRANÇAIS AYANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
teurs, ni pour les déplacements de l'action. Il fallait de la
place à tout prix, et voici peut-être comment on en obtint.
On fit d'abord une concession forcée aux ennemis de
l'art populaire : les personnages — au moins les person-
' nages secondaires — disparurent de la scène, lorsque leur
. rôle ne les obligeait pas à s'y tenir ; et, comme la place
> n'était pas grande où ils pouvaient se retirer hors du
> théâtre, leur nombre fut réduit au strict nécessaire. —
Ensuite, lorsque la représentation d'une pièce devait se
dérouler durant plusieurs séances, on cessa de mettre sur
la scène toutes les mansions qu'elle comportait ; seules,
\ celles qui devaient servir pendant la séance y figurèrent,
' encore ces séances étaienUelles beaucoup plus courtes que
celles des anciens jeux en plein vent. — On comprend
que de telles réformes devaient singulièrement dégager la