‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 10 sur 132 · Voir, Édition Colombey, page · texte numérisé non relu

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•été joué en France, la Fësta ieatrale délia Finta pazza. C'était là aussi qu'avait été représentée Y Andromède, de P. Corneille, pièce à machines, avec unconcert de musique: Cette tragédie était une ébauche d'opéra dont Y empereur du burlesque, d'Assoucy, avait fait la musique1. Comme on le voit, cette salle a donc été à la fois le berceau de l'opéra italien, de l'opéra français, et l'on peut dire aussi de la comédie, puisque c'est là que Molière a débuté après son retour à Paris. Elle avait donc bien des titres divers pour rester historique. Aussi est-il assez singulier qu'on ait pu hésiter au sujet de l'emplacement occupé par cette salle si vaste et d'un intérêt littéraire et politique tout à la fois. Nous croyons2 que c'était un bâtiment visible dans les anciennes gravures, placé parallèlement à la Seine, dans la direction de l'ouest à l'est et qui dans sa longueur coupait à peu près par le milieu le carré formé par l'hôtel et ses dépendances. Le théâtre qui y était depuis longtemps établi ne tarda pas à être démoli, moins de deux ans après que Molière s'y fut installé.

C'était dans cette salle qu'avaient été représentés l'Étourdi, le Dépit amoureux, les Précieuses ridicules, le Cocu imaginaire, quatre grands succès, sans parler des petits divertissements dont Molière régalait la ville

1. Il dit lui-même dans sa réponse assez aigre aux plaisanteries de Chapelle : « Il sait que c'est moi qui ai donné l'âme aux vers de Y Andromède de M. Corneille. »

2. On peut se représenter cette salle coupant le jardin actuel de l'Infante devant le Musée égyptien, puis la rue du Louvre; et venant aboutir par son extrémité orientale à peu près à l'angle de cette rue et de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, du côté du midi. Voir l'Appendice I.

TROUPE DE MOLIÈRE

après les avoir donnés aux provinces, et où se trouvaient en germe quelques-uns de ses chefs-d'œuvre futurs. Molière commençait à être connu, et Loret lui-même daignait enfin s'occuper du grand poëte dans sa Muse historique.

On va voir toutefois qu'on ne se gênait pas encore beaucoup avec lui, et cet incident peut servir déjà à montrer tout à la fois et la bienveillance personnelle du roi pour Molière, et la malveillance dédaigneuse des subalternes.

« Le lundi 11 octobre (1660), dit le registre de la Grange, le théâtre du Petit-Bourbon commença à être démoli par M. de Ratabon, surintendant des bâtiments du roi, sans en avertir la troupe, qui se trouva fort surprise de demeurer sans théâtre. »

En elfet le procédé était leste; on n'avait point prévenu les comédiens; on ne leur dit pas même de partir : on démolit. Cette démolition fut conduite assez rondement pour que Loret, dans sa Gazette du 30, dix-neuf jours après, pût en parler comme d'un fait accompli.

On a mis à bas le théâtre,

Fait de bois, de pierre et de plâtre,

Qu'ils avaient au Petit-Bourbon.

La rapidité de cette destraction suffit pour prouver qu'on a eu tort de s'appuyer sur ce passage de Loret pour soutenir que la salle avait été démolie sur-le-cliamp. S'il se fût agi de démolir, non le théâtre construit dans la salle, mais la salle même que Sauvai nous représente comme aussi élevée que la voûte de Saint-Germain, on n'eût pas eu fini

si vite, même en y apportant le zèle impétueux que paraissent y avoir mis les démolisseurs.

Mais laissons continuer la Grange :

« On alla se plaindre au roi, à qui M. de Ratabon dit que la place de la salle était nécessaire pour le bâtiment du Louvre, et que, les dedans de la salle qui avaient été faits pour les ballets du roi appartenant à Sa Majesté, il n'avait pas cru qu'il fallût entrer en considération de la comédie pour avancer le dessein du Louvre. La méchante intention de M, de Ratabon était apparente. »

Très-apparente en effet, et ce qui la rendait scandaleuse, c'était surtout la hâte apportée à cette expulsion sans avis préalable. Si nous ne nous trompons sur l'emplacement de la salle, sa démolition aurait bien été plus tard nécessaire pour dégager la colonnade. Elle l'eût été surtout pour permettre l'exécution du plan primitif, approuvé par Colbert, et qui faisait disparaître non -seulement le Petit-Rourbon, mais l'église Saint-Germain-l'Auxerrois! En effet, une vaste place ornée de fontaines devait s'étendre jusqu'à la hauteur du Pont-Neuf : c'est un contemporain, Germain Rrice, qui nous l'apprend1, et il regrette que ce magnifique projet, qui aurait supprimé l'un de nos beaux monuments historiques, n'ait pas reçu son exécution. Cet acte de vandalisme ne s'accomplit pas toutefois, la vieille église put subsister 2.

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