Frères Parfaict, Hist. du théâtre italien, p
3. Voir la suite du Boman comique, par Offray, éd. Jannet t. II, chap. vu, p. 180, publiée pour la première fois en 1660. — On voit toutefois qu'en 1692 les Italiens ne jouaient pas non plus le mardi. Mezzetin, personnification du parterre, dans la pièce des Chinois, dit : « Les Italiens me donnent le mardi et le vendredi pour me reposer; mais chez les Français, je n'ai pas un jour pour reprendre mon haleine. »
publiées) par « plusieurs personnes d'esprit et de mérite », et jouées par les mêmes acteurs qui parlaient italien dans le reste de la pièce. On en trouve où l'un des deux personnages parle français et l'autre répond en italien ; d'autres où la même phrase est moitié italienne, moitié française. Il y en a enfin un assez bon nombre d'autres toutes françaises, et quelques-unes sont de Palaprat, de Regnard et de Dufresny. C'était là une concurrence yéritable opposée au Théâtre-Français, un oubli des privilèges de celui-ci. On a raconté comment cette tolérance fut surprise à Louis XIV : les Comédiens français avaient réclamé auprès de lui; et Baron pour eux, Dominique pour les Italiens, s'étaient chargés de plaider la cause de leurs camarades. Après que Baron eut exposé ses raisons, Dominique, s'adressant au roi, lui dit avant de commencer : « En quelle langue Votre Majesté veut-elle que je parle? — Eh! parle comme tu voudras, lui dit le roi. — J'ai gagné mon procès, répliqua Dominique, nous ne demandons pas autre chose. » Le roi rit et déclara qu'il ne s'en dédirait pas.
Les pièces de ce genre, publiées par Ghérardi, sont toutes de l'époque où les Italiens jouaient à l'hôtel de Bourgogne. Mais il est à croire que, bien antérieurement , ils avaient déjà joué des pièces françaises. Nous ne parlons pas de la pièce des Précieuses , de l'abbé de Pure , qui a précédé celle de Molière , et que Somaize accuse celui-ci d'avoir copiée \ Il paraît bien qu'elle était en ita-
1. Somaize, préface des Véritables précieuses. On ne sait, du reste, si la pièce de l'abbé de Pure était autre chose qu'un véri-
lien. Mais Racine, dans la préface des Plaideurs, dit qu'il avait d'abord destiné sa comédie aux Italiens : en supposnnt même que ceci ne soit pas dit bien sérieusement, n'en doit-on pas conclure que les Italiens pouvaient dès lors jouer des pièces françaises? Ils semblent de même avoir, sans être inquiétés , empiété sur les privilèges de l'Opéra. Les pièces imprimées, mêlées de couplets, sont de vérilables vaudevilles, ou plutôt des opéras- 4 comiques, dont Cambert même, le rival de Lulli, ne dédaigna pas de faire parfois la musique. C'est de là que datent ces deux genres, qui ont depuis enfanté tant de nouveaux théâtres. Le vaudeville et l'opéra -comique ont pour fondateur le grand siècle en personne. Si c'est une décadence, elle vient de là. Ajoutons à cette double création qui appartient aux italiens , celle d'un assez triste genre, la parodie, par exemple celle de la Bérénice, de Jtacine1.
table canevas. Il est au moins certain qu'elle n'a pas été imprimée; car les ennemis de Molière n'eussent pas manqué de la citer, s'ils l'avaient pu. Ce qui n'empêche pas Aimé Martin de parler de la pièce « qui n'a aucun rapport avec celle de Molière »
comme s'il l'avait vue; mais il avait vu bien d'autres choses. Sur
cotte période, on peut lire l'intéressant travail de M Louis Moland, Molière et la Comédie italienne, Paris, Didier, I8G7. Il abonde en renseignements curieux.
1. M. Paul Mesnàrd, dans son excellente édition de Racine, t. I, p. ..4G, dit que cette parodie ne fut représentée que le 11 O' tohre 1G83, et ne pense pas, contrairement à ce qu'affirme Louis Racine, que son père ait pu y assister et s'en affliger. En effet il y avait treize ans que sa Bérénice avait été jouée. Mais estil bien sûr que cette parodie n'ait pas été jouée antérieurement? On ne conçoit pas trop quel à-propos pouvait avoir cette courte
Dans ces diverses pièces, les couplets comme le dialogue ne sont pas toujours d'un goût bien délicat; il y a des scènes assez amusantes, des allusions sensibles à des événements du jour1, des épigrammes contre les juges, la police, les traitants, le Théâtre- Français, l'Académie, sans compter les plaisanteries consacrées sur les médecins, apothicaires, procureurs , sur les femmes et les maris ; il semble que tout l'art de l'acteur soit de ramener le plus adroitement possible ces facéties passablement usées, même alors, et aussi les coups de pied et de bâton'
parodie en 1683. Cette année-là, Bérénice ne fut jouée que deux fois au Théâtre-Français. Il est donc présumable que c'était une reprise à laquelle une malveillance, toujours active contre Racine aura sans doute contribué. Ce qui semble certain, c'est que cette parodie avait dû au moins être composée, sinon représentée, au temps des deux Bérénice de Corneille et de Racine. Arlequin y après avoir fait ronfler quelques vers emphatiques, dit aux auditeurs :
Ce début n'est pas mal, Chimène, et sur ce ton, Je m'en vais effacer Floridor et Baron.
Or, la gazette de Robinet nous l'atteste, Floridor jouait, en 1670, dans la Bérénice de Racine, et Baron dans celle de Corneille. Floridor. mourut en 1672. Quel sens ce vers aurait- il eu pour les spectateurs de 1683?
i. Par exemple, on met en scène, et une note prévient de l'allusion, une anecdote du temps relative à deux dames qui, se rencontrant en carrosse dans une rue étroite, s'obstinèrent à rester en place, jusqu'à ce que le commissaire appelé eût décidé la question litigieuse en les faisant reculer toutes les deux. Ailleurs on trouve, dans une comédie de Regnard et Dufresny, ce mot dit à un traitant: «Vous êtes sous-fermier, Monsieur, et vous pleurez! » Le mot si connu de Marie Mancini à Louis XIV, que Bacine avait illustré encore en le plaçant dans Bérénice : « Vous êtes roi, Sire, et vous pleurez! » n'a-t-il pas dû venir à l'esprit de plus d'un auditeur?
qui étaient, à ce qu'il paraît, un moyen comique d'un effet irrésistible; le tout mêlé parfois à des allégories insipides ou à une mythologie burlesque, dans le goût du jour. Quant aux situations scabreuses ou aux quolibets égrillards, ils abondent; et cette licence eût suffi pour servir de prétexte à la suppression du théâtre italien, bien qu'il soit certain qu'elle eût d'autres causes.
La façon discrète et mystérieuse dont en parlent les contemporains suffirait pour indiquer que le motif était grave et de ceux qu'on n'aime pas trop à confesser : « Quelques paroles trop libres qui échappaient de temps en temps aux comédiens italiens et quelques licences qu'ils se donnaient dans leurs représentations, dont les personnes délicates étaient alarmées, faisaient crier contre eux le public et les ont fait chasser sans ressource1. » Ainsi s'exprime le délicat abbé de Bellegarde. On voit qu'il voudrait bien attribuer cette expulsion aux susceptibilités d'un public que les pièces françaises du même temps ne nous montrent pas si chatouilleux à l'égard de la morale. Germain Brice, moins complaisant, plusieurs années après, il est vrai, pousse la hardiesse jusqu'à dire que : « le lieutenant de police, par un ordre exprès de la cour, leur a fait défense de jouer et de donner aucune représentation... pour des raisons dont on n'a pas daigné informer le public 2. » Au moins ose-t-il avouer que le public, qui était censé, selon Bellegarde, avoir exigé leur expulsion, devait
1. Lettres curieuses de littérature et de morale, par I'Abbé de Bellegarde, 1702, p. 382.