Félibien, Histoire de Paris, Preuves, tome II, p
3. A peu près à égale distance de la rue de la Perle et de la rue Culture-Saint-Gervais, côté droit de la rue Vieille-du-Temple, en montant.
n'en restait pas moins toujours voisin du quartier, qui, sous Louis XIII, devint le centre du beau monde, c'est-à-dire du Marais1.
L'histoire de ce théâtre, mêlée de bien des disgrâces, ne date en réalité que de l'entrée de Mondory, ou plutôt de l'arrivée de sa troupe ; car en venant de Rouen, il semble en avoir amené une toute formée. Le cardinal de Richelieu prit ce comédien en grande estime, et ce fut même pour cette raison (des Réaux du moins le suppose) que Louis XIII, en 1634, fit passer six comédiens du Marais à l'hôtel de Bourgogne. C'était de la part du roi un acte de rébellion contre son ministre, un coup d'autorité dans les petites choses, pour se dédommager de n'en oser faire autant dans les grandes : son intention aurait été « de faire dépit au cardinal de Richelieu qui affectionnait Mon-
i. «La troupe des comédiens du Roi, établie au Marais en 1620, s'y est maintenue plus de cinquante ans, et a toujours été pourvue de bons acteurs et d'excellentes actrices, à qui les plus célèbres auteurs ont confié la gloire de leurs ouvrages, et dont les autres troupes ont su profiter en divers temps. Cette troupe n'avait qu'un désavantage, qui était celui du poste qu'elle avait choisi à une extrémité de Paris, et dans un endroit de rue fort incommode. Mais son mérite particulier, la faveur des auteurs qui l'appuyaient, et les grandes pièces de machines, surmontaient aisément le dégoût que l'éloignement du lieu pouvait donner au bourgeois, surtout en hiver, et avant le bel ordre qu'on a apporté pour tenir les rues bien éclairées jusques à minuit, et nettes partout et de boue et de filous. Cette troupe allait quelquefois passer l'été à Rouen, étant bien aise de donner cette satisfaction à une des premières villes du royaume. De retour à Paris de cette petite course dans le voisinage, à la première affiche le monde y courait, et elle se voyait de nouveau visitée comme de coutume.» (Çhappuzeau, p. 189, Théâtre français.)
THÉÂTRE DU MARAIS
dory 1 ». Mondory avait du reste d'autres protecteurs : « Le comte de Belin,pour mettre cette troupe en réputation, dit encore des Réaux, pria Mme de Rambouillet de souffrir qu'ils jouassent chez elle la Virginie de Mayret (en 1631). Le cardinal de La Valette y était, qui fut si satisfait de Mondory, qu'il lui donna pension. 11 en donnait comme cela aux hommes extraordinaires qui lui plaisaient. » Il était, à ce qu'il semble, dans la destinée de ce comédien d'être protégé par les princes de l'Église. Un titre sérieux pour lui auprès de la postérité, ce serait d'avoir amené Corneille à Paris, c'est en tout cas d'avoir facilité ses débuts. Si l'on en croit un écrivain du xvne siècle, « après que Corneille eut fait Mèlile, il la donna aux comédiens de Rouen : Mondory, qui en était le chef, connut que cette pièce serait bien reçue à Paris ; il y vint avec sa troupe pour la représenter; il s'établit au Marais dans la rue Grenier-Saint-Lazare 2 ». Ce qui prouve au moins que cette troupe de comédiens était nouvelle alors à Paris, et que le théâtre du Marais avait subi vers 1629 une interruption plus ou moins longue, c'est le témoignage même de Corneille dans son examen de Mèlite : « Le succès de cette pièce fut surprenant; il établit une nouvelle troupe de comédiens à Paris, malgré le mérite de celle qui était en possession de s'y voir l'unique. » Il ne paraît pas toutefois que rattachement de Corneille pour la scène où il avait débuté, et à laquelle il semble
1. T. X, p. 44. — H y avait, à peu près à la même date, une troisième bande de comédiens au faubourg Saint-Germain (Gazette, janvier 1635, p. 15).