Acte V, scène
3. Voici comment Boindin, p. 6 de sa première lettre historique sur la Comédie-Française, explique l'organisation de la société :
« Cet hôtel appartient aux comédiens présents, parce que, à mesure qu'il en meurt ou qu'il s'en retire quelqu'un, ceux qui restent remboursent à ceux-ci ou à leurs héritiers le fonds qu'ils avaient acquis sur l'hôtel qui se monte à la somme de 13,200 livres chacun, et les nouveaux venus sont dans l'obligation d'acquérir le même fonds au prorata de ce qu'ils ont : c'est-à-dire que celui qui n'a qu'un quart de part n'acquiert que le quart de 13,200 livres qui est 3,300 livres, celui qui a demi-part, 6,600 livres, et ainsi à proportion. Mais comme il arrive rarement qu'un nouveau venu soit en état de faire ce remboursement, on lui retient la moitié de ce qu'il partage, jusqu'à ce qu'il ait acquitté ce fonds, lui faisant payer l'intérêt de la somme qui lui reste à remplir. Quand une fois il a part entière et qu'il a acquis les 13,200 livrés de fonds sur l'hôtel, non-seulement on ne lui retient plus rien sur ce qu'il gagne, mais on lui paye l'intérêt de son fonds qui se monte, suivant l'accord fait entre eux, à 80 livres par mois, et c'est pour lors qu'un comédien peut vivre à son aise, et qu'il n'a plus autre chose à désirer que de jouir longtemps de cet avantage. » La lettre de Boindin est de 1719; mais l'organisation qu'il décrit est bien antérieure. A cette date comme précédemment il y avait vingttrois parts (en janvier 1718 la troupe était de vingt-sept personnes).
« Les officiers dont j'ai maintenant à parler doivent se distinguer en deux classes. Il y a de hautsofficiers qui sont ordinairement du corps de la troupe, qui ne tirent point de gages, et qui se contentent de l'honneur de leurs charges, et de l'estime qu'on fait de leur probité. Ce sont le trésorier, le secrétaire, le contrôleur. Il y a aussi de bas-officiers, tirant gages de la troupe qui sont le concierge, le copiste, les violons, le receveur au bureau, les contrôleurs des portes, les décorateurs ; les assistants, les ouvreurs de loges, de théâtre et d'amphithéâtre, le chandelier; l'imprimeur et r afficheur. A quoi l'on pourrait ajouter les distributrices de limonades et autres liqueurs qui ne tirent point de gages, mais qui payent plutôt un gros tribut à l'État, à moins que, par une faveur singulière, on ne les en veuille décharger1. »
Ces différentes dénominations portent avec elles leur définition. Seulement le copiste cumule avec sa fonction de copier les rôles celui de tenir la pièce, et ce qui, dans le style des collèges, s'appelle souffler ». Ce souffleur est à une des ailes du théâtre, selon Chappuzeau. Dans le Comédien poète, de Montfleury et Thomas Corneille (167/j), on lit: « Je m'en vais derrière le théâtre pour tenir la pièce et souffler, s'il est besoin. » Derrière le théâtre, c'est-à-dire derrière les acteurs et les spectateurs placés sur la scène. On voit parle prologue du Grondeur que c'était parfois l'auteur lui-même qui faisait les fonctions de souf-