Ciiappczeau, p
fleur, aux premières représentations du moins. Cependant ces fonctions ne tardèrent pas à devenir régulières. Il y eut alors même une souffleuse; c'était flllle de Longchamps, auirice d'une petite pièce, Titapapouf1.
Les violons sont d'ordinaire au nombre de six2; on a tenté d'en augmenter le nombre; mais Lulli y a mis bon ordre. Fort de son privilège de X opéra, il •a vu là une concurrence, et l'a fait interdire3. « Depuis peu on met les violons, dit Chappuzeau, dans une des loges du fond, d'où ils font plus de bruit que de tout autre lieu où on les pourrait placer. »
Les décorateurs, au nombre de deux, doivent so pourvoir de deux moucheurs, « s'ils ne veulent s'employer eux-mêmes à cet office,... l'un mouche le devant du théâtre, et l'autre le fond. » Il leur est recommandé de moucher « avec propreté pour ne pas donner de mauvaise odeur ». Ils sont chargés, en outre, de veiller au feu et de tenir toujours prêts des tonneaux pleins d'eau et un grand nombre de
1. C'est le terme dont se sert le registre. Tilapa/pouf lui a rapporté seulement 27 livres, « pour parts d'autrice ». Le souffleur est payé à la journée. — « 13 nov. 1081, payé à celui qui tient la pièce, 86 journées. >»
2. On voit qu'à un moment, et après la mort de Lulli (1687), -on en avait hasardé un septième. Mais' par délibération du mois •de décembre 1689, il est supprimé. C'était une infraction positive à l'ordonnance réglant le nombre de musiciens que les comédiens peuvent avoir, avril 1673, Corr. de Colbert, t. V, p. 545.
3. Même au siècle suivant, le Théâtre-Français n'avait encore droit qu'à six symphonistes « trois dessus de violon, un hautbois, deux basses ». Boindin, Lettres historiques sur les théâtres,
seaux. (Les pompiers n'étaient pas encore inventés; ils datent de la régence, époque d'initiative)1. En récompense de ces soins assez compliqués, les décorateurs ont pour profit les bouts de chandelles qui restent après la représentation. Dans les circonstances extraordinaires où le roi vient voir ses comédiens, il y a des bougies, et ce sont ses officiers qui les fournissent. Il faut dire que c'est seulement dans les premières années de son règne que le roi vient à la comédie ; plus tard il la fait toujours venir chez lui.
Quant aux distributrices de liqueurs et de confitures, elles tiennent en été toutes sortes de liqueurs rafraîchissantes, des confitures sèches, des citrons, des oranges de la Chine; l'hiver, « des liqueurs qui réchauffent l'estomac », des rossolis de loutes sortes-,
1. En 1716 et 1722. L'institution est encore bien imparfaite à cette date. 11 y en a soixante pour tout Paris, servant trente pompes. Une de ces pompes doit être établie à la Comédie-Française. (V. Félibien, preuves, tome II, p. 507.)
2. Voir dans le Journal de la santé de Louis XIV la composition du rossolis du roi, breuvage stomachique qu'il prenait tous les soirs, et qui était fort nécessaire à ce monarque grand mangeur et égal, comme dit Saint-Simon. La Palatine, duchesse d'Orléans, dit dans ses lettres : « J'ai vu souvent le roi manger quatre assiettées de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiettée de salade, du mouton au jus et à l'ail, deux bonnes tranches de jambon, une assiettée de pâtisserie et puis encore des fruits et des confitures. » Les jours de diète, dans sa vieillesse, quand il était obligé de se ménager, voici quel était son régime, en 1708 (selon Fagon, son médecin) : « Le vendredi, le roi voulut bien qu'on ne lui servît à dîner que des croûtes, un potage aux pigeons et trois poulets rôtis... Le lendemain, il fut servi comme le jour précédent, les croûtes, un potage avec une volaille, et trois poulets rôtis dont il mangea, comme le vendredi, quatre
des vins d'Espagne, de Rivesalte, etc. Et Chappuzeau constate encore ici que « tout va de mieux en mieux; » car il a vu le temps où l'on ne tenait dans les mômes lieux que de la bière et de la simple tisane, « sans distiction de romaine ni de citronnée. » Qu'eût-il dit s'il avait vu plus tard les distributrices, au moins à l'Opéra, ajouter à ces liqueurs et à ces confitures, des truffes1?
Quand le Théâtre-Français fut transporté rue des Fossés-Saint-Germain (rue de l' Ancienne-Comédie), il se trouva placé entre deux cabarets, ceux de Cormier et de l'Alliance, dont il est souvent question alors et où on allait souvent s'abreuver2. Cependant, dès 1689, Procope, d'abord installé à la foire Saint-Germain, était venu établir le café qui porte son nom et qui devint, surtout au temps de la régence et depuis, le rendez-vous ordinaire des auteurs, une sorte d'académie au petit pied. Son fils et successeur s'intéressait, paraît-il, aux choses du théâtre :
ailes, les blancs el une cuisse. » Si tel était son régime les jours de diète, on conçoit la nécessité du rossolis, composé de vin d'Espagne, où l'on avait fait infuser anis, fenouil, anet, chervis, semence de carotte, coriandre, et sucré avec du sucre candi dissous dans l'eau de camomille. Il est à croire que le rossolis de la comédie ne contenait pas tout à fait autant d'ingrédients.
1 . « Presque tout le monde a été attaqué du rhume cet hiver,, de façon qu'à l'Opéra, au lieu d'offrir des liqueurs fraîches et des truffes comme à l'ordinaire, le limonadier offre et vend de la pâte de guimauve. » Journal de l'avocat Barbier, février 1733,
2. Avant cette translation, on trouve sur les registres la mention de « frais extraordinaires », tels que ceux-ci : « 26 avril 1686, cabaret, verres et pipes, 4^ 10J'. » Des pipes! quelques comédiens avaient-ils à cette date l'habitude que Tallemant semble trouver monstrueuse, celle de pétuner? Parmi les originalités de Crébillonv on remarqua plus tard celle-là.
loi LE THÉÂTRE ET LES COMÉDIENS.
dans un registre de la comédie on trouve l'indication « d'un bail passé avec Alexandre Procope, le 7 décembre 1716, d'une loge dans la salle pour l'espace de neuf années, moyennant 1,200 livres par an ». 1,200 livres par an, pour un limonadier, c'était assez grand seigneur.