SCENE VII LES MÊMES, CORENTIN
CORENTIN, qui a vu la gifle
Ben envoyé !
GASTON, se frottant la joue
Oh! oui '•' qui pique » !
ANNA, courant à Corentin
Ah ! te voilà, mon bon, mon cher petit Corentin ! x^ide-vnoi donc à me débarrasser de ce méchant homme qui, depuis un quart d'heure, se moque de nous tous : des vieux, de toi, de moi, de nos croyances, de nos mœurs... et de ton beau bouquet.
Q.u: que c'est ?
FLF.L'R d'aJON'C 5 7
Le Baron de la Gomme, envoyé ici par Jeanne de Bagatelle pour Hi'attirer à Paris, tout simplement... et faire de moi la \ilaine femme qu'ellemême est devenue. (Se voilant la lace.) Oh ! quelle honte !
CORENTIN, les bras croisés, regnrilant Gaston sans lareconnaître
Ah ! ah ! voilà donc un de ces jolis messieurs musqués et farauds qui. sotis prétexte de faire notre bonheur, viennent nous souffler dans Toreille les idées du diable et nous voler nos sœurs et nos fiancées ! Que les braves gens de France viennent nous rendre visite, respirer à pleins poumons l'air salubre de nos côtes, c'est tant mieux pour tout le monde ! Que les artistes viennent recueillir nos légendes, se réjouir l'œil et lame à la vue de nos rochers et de nos 'oois,. chanter nos ancêtres et leurs descendants... nous ne pouvons que leur dire : Soyez les bienvenus jiarmi nous l» — Mais... vous autres. Messieurs de la Gomme 1 que venez-vous faire ici ? Votre grand Paris n'est donc plus assez grand pour vous contenir tous et cacher vos turpitudes, votre beau Paris qui ne croit plus à rien et ousqu'on avale le goût de la débauche et de la mort avec le mauvais air qu'on y respire ?.. Est-ce que nous allons vous y chercher?.. Restez donc clic^ vous., et laiss°z-nous vivre en paix, t7;t,'-{ nous, comme y ont vécu nos Anciens !..
58 FLEUR d'ajonc
Bien parlé, ça, Corentin !
CORENTIN
Allons, Monsieur de la Gomme, vous voyez qu'il n'y a plus rien à faire pour vous ici! Ho! hisse ! Virez de bord ! cap sur Paris et tout grand largue 1
GASTON, insolemment
Permettez ! permettez ! j'ai promis à la petite pelite Comtesse de lui ramener la jolie...
CORENTIN, terrible, retroussant ses manches
Fé Dam Doulou ! si, à PinstaiU même, vous ne jious débarrassez pas de votre carcasse avariée, je vous tianque en deux morceaux par dessus bord !
(Gaston veut protester ; tous deux le bousculent et le poussent vers la porte.)
GASTON, se débattant maladroitement
Hé ! là I hé ! attention ! Touchez pas ! Eu voiLà des sauvages ! Je fais partie du Jockey-Club Je porterai plainte à la police 1
\'a porter ça au Grand-Turc, si tu veux ! (Il boxe.) Un uai'de ! la feinte !..
FLEUR d'ajonc 5g
GASTON
Parée!., et la riposte! (D'un coup de poing dans l'épaule, il envoie rouler Corentin dans la cheminée, puis il
-se sauve en criant.) Adieu ! tas (Je sauvages !
A.NNA, à la porte
Kenavo, bleiz coz ! (i)