‹ Le theatre hors de France, Volume 4Chapitre 31 sur 43 · NS · texte numérisé non relu

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Au second acte, Pascariello est marié. Angelica, pauvre, s'est résolue à ce sacrifice mitigé d'ailleurs par les bonnes intentions de ce brave campagnard qu'elle essaie de façonner aux bonnes manières. Quant à Floriano, il s'est fait donner la place d'intendant. Tout cet acte n'a d'ailleurs pour but que de nous montrer Pascariello devenu riche, donnant une fête, le fermier Girolamo, invité, ne sachant comment se servir d'une pince à sucre, et de nombreux adorateurs tournoyant autour de la maîtresse de la maison jusqu'au moment où le mari ingénu découvre un billet doux caché dans un bouquet que Ton adresse à sa femme. Voici donc Pascariello en présence de son rival qui ne fait d'ailleurs aucune difficulté pour avouer l'insuccès de sa tentative ; il est prêt du reste à donner la réparation due au mari.

C'est alors, nous dit Scarpetta, qu'il fallait juger Petilo dans ce rôle de Pascariello. 11 fallait le voir frémir et pâlir, puis éclater en voyant son amour brisé, toutes ses illusions déçues ! Une réparation par les armes ! C'est tout cela qu'on lui propose, à lui, pauvre paysan qui n'a jamais tenu une épée. Mais la nature reprend le dessus ; le campagnard timide dans les salons

redevient l'homme de la nature, et, mettant habit bas, Pa^cariello châsse à coups de poings et à coups de pieds celui qui a voulu lui prendre son honneur.

N'ayant pas vu A. Petito je ne puis répéter après tous qu'il était inimitable dans ce rôle. G. De Martinô qui lui succède, bien que jouant sans masque, y est fort bien.

Piilcinella duelliste nocturne^ farce classique, faisait suite. C'est là une de ces vieilles pochades tellement connues à Naples que l'on ne met même plus le nom de Taiiteur sur Taffiche. Il est aussi possible qu'il n'y en ait pas. Ce sont des scènes renouvelées de la commedia delVarte; dans ce temps-là — nous parlons" des xvii'' et xvui® siècles — chaque personnage, sur un canevas donné, venait débiter devant les chandelles tout ce qui lui passait par la tète.

Un jeune homme, avant de demander une jeune fille en mariage, a Tidée d'envoyer à sa place et sous son nom son valet, Pulcinella, tandis qu'il se fera passer pour le valet de celuici. Or voici que dans la maison de la fiancée se trouve une espèce de bretteur qui a tué en duel le propre frère de Giovanni, le jeune homme qui

riablement, comme je Tai dit déjà, par un petit concert dit Concert de variétés dont la direction -artistique est conflée, au Nuovo, au compositeur Salvatore Gambardella à qui Ton est redevable de tant de mélodies napolitaines. Je ne sais où Gambardella va chercher ses chanteuses, mais il les choisit toujours jeunes, fraîches et jolies, de telle sorte que n'eussent-elles qu'un filet de voix — c'est souvent le cas — ça passe encore. Souvent aussi ce sont des couples (le mari et la femme, assez fréquemment) le couple Trombelta, le couple Dini-Fari, le couple Villani-Tedeschi, ce dernier très remarquable par la beauté et là grâce de M™^ Tedeschi, et l'originalité de Villani qui, d'une laideur peu commune, arrive à force de talent non seulement à se faire accepter, mais encore à créer des «. macchiette » comme on dit à Naples, à esquisser des types d'une drôlerie incomparable.

Les fêtes populaires ont, à Naples,'une importance exceptionnelle, et le couple Villani-Tedeschi a précisément la spécialité de ces chansons .qui s'appellent le Retour de Montevergine ou de la Fête de Piedigrotta. Pourquoi pas ?

N'avons-nous pas eu En Kvenant dla ffviie qui fit les délices de nos cafés concerts et qui ne

camorra les blessés perdent très vite la mémoire, et la victime ne se souvient jamais du nom de celui qui les lui a donnés.

La fête de Piedigrotta, pour avoir perdu un peu de son importance, n'en est pas moins chère aux napolitains. Ils s'y préparent de longs mois à Favance en remplissant une tirelire comme pour Montevergine et pour Noël. Pendant trois jours la vie administrative, industrielle et commerciale reste suspendue ; on ne songe qu'à s'amuser à partir de quatre heures du soir, le 8 septembre. Une foule compacte se dirige alora vers Mergellina et Piedigrotta (le pied de la grotte, c'est-à-dire vers Tentrée des deux loQgs tunnels dePausilippe). La nuit tombe, la cohue devient plus dense, les fenêtres s-illuminent. De tous les côtés, a raconté M. Marcellin Pellel*, sur les trottoirs, on boit, on mange — surtout des lumache^ des escargots cuits dans la sauce tomate. Voici la cavalcade annuelle des crieurs de journaux, représentant le cortège du sultan ou du roi Maure. Chacun crie, joue d'un instrument susceptible de faire du tapage, tambourins, zer-

* Naples contemporaine, déjà cité. — Les fêtes populaires, p. 207 et suiv. '

Le retour de la l"dtc de Piedigrolta, type napolitain par Villani.

rezzere (énormes crécelles), triccoballacchi (avec trois marteaux de bois dont deux mobiles), pu- Hpu, vases de terre cuite (voir notre gravure) couverts' d'une peau de tambour qu'on tient sous le ))ras gauche et dont on tire une vibration sourde en enfonçant une baguette au milieu de la peau d'âne, — comme à Séville du reste. — Et les plus civiliâéa jouent de la mandoline et de la guitare en chantant toute la nuit la chanson nouvelle primée au concours de Piedigrotta.

Tels sont les types curieux et amusants que nous représente Villani.

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