FIN DU MONDE
on la jouera encore beaucoup d'autres soirs.
Cette comédie, plus que toutes les autres comédies originales, m'a procuré de bien vives démonstrations d'affection et les éloges flatteurs de toute la presse que je n'oublierai jamai^ ; aussi je ne sais comment vous dire merci, merci de tout mon cœur. Mais encouragé par ces marques de sympathie, je ne cesserai de travailler pour vous, mes chers concitoyens, orgueilleux de pouvoir montrer aux français que tous les auteurs italiens n'ont pas besoin de recourir à leurs comédies.
« GIROLAMO GAUDIOSI »
Il est clair que tous les passants attirés ces trois mots Fin du monde s'approchaier lisaient la proclamation. Et avez-vous con Tallusion à l'adresse du voisin : « tous les aul italiens n'ont pas besoin de recourir aux c< dies d'origine française. »
Attrape Scarpetta ! Il ne nous , manque que les Mémoires de Gaudiosi, à présent. J patience !
Vous pensez si j'ai voulu voir comi Gaudjosi se passait des français : à vrai je connaissais bien quelque chose dans genre-là dans le répertoire non pas fran mais espagnol. Il y a une certaine zarzuela Chaleco blanco^ le gilet blanc, où tous les sonnages cherchent pendant deux actes un 1 sorti à la loterie avec le gros lot. Ce billet i laissé dans la poche d'un gilet blanc, et ce blanc passe par toutes sortes de mains. Ma discutons pas l'argument, et prenons-le tel nous le donne Gaudiosi.
A Casciulella, en napolitain, c'est la caiss< coffre, l'espèce de malle qui sert à un expédi D. Felice, naïf, bon enfant, malheureux et place, vient se proposer comme garçon che cafetier-confiseur comme il en existe ta
Naples. Il n'a pas mangé depuis deux jours : il chipe les petits fours, plonge les doigts dans les crèmes, et est enfin accepté aux modestes émoluments de quarante-cinq francs par mois. On lui passe un habit trop large, une cravate blanche ridicule, et quand il est accoutré comme l'Auguste du cirque il devient amoureux fou de la demoiselle de la maison. Ce fait, assez naturel en lui-même, Tamène à relâcher joliment ses devoirs professionnels. Il ne répond plus à Tappel de ses clients, leur arrache des mayis le journal pour essuyer ses tables, fait mille extravagances jusqu'au moment où le patron se décide à lui donner son congé. C'est alors qu'arrive d'Amérique une caisse mystérieuse à l'adresse de D. Felice, d'Amérique où D. Felice a un oncle auquel il a fait part de sa triste situation. Une lettre, qui accompagne Tenvoi, ne contient malheureusement que ces mois : <c Mon ami, je t'envoie un déguisement pour le carnaval. » Et de fait, la fameuse caisse ne contient qu'un costume de Turc.
. Désillusionné, brisé par la douleur, sans place de nouveau, Don Felice ne parle rien moins que d'aller se jeter dans la mer. Son désespoir sincère parvient à émouvoir le confiseur qui le re-
prend à son service, mais D. Felice ne voulant plus avoir devant les yeux ce maudit costume de Turc en fait cadeau à la bonne qui le vend elle-même à une dame d'allures assez dégagées qui donne ses rendez-vous d'amour dans cette confiserie.
A peine cet énigmatique costume est-il vendu que le commissionnaire qui a apporté la caisse revient avec une seconde lettre qu'il a oublié de remettre : Toncle Gemiaro qui est un fier original avait caché cent mille francs dans une des poches ou doublures du costume.
Tel est le point de départ, qui en vaut bien un autre. C'est le Chapeau de paille d'Italie présenté d'une façon nouvelle ; et nous allons assister à une course folle de tous les personnages de la pièce après le précieux costume de Turc qui ne se retrouvera qu'à la fin du troisième acte et dernier.
. L'analyse des autres pièces que je vis représenter à ce théâtre ne vous apprendrait rien de nouveau : Mademoiselle Carainbo^ comédie licencieuse, dit encore Taffiche, et réduction du Paradis ; Nous sommes avec Papa via Chiaia it 339 his ; Tous au bal masqué ; les Petites pêcheuses napolitaines^ etc. La plupart de ces pièces sont
signées de Girolamo Gaudiosi. C'est le système déjà décrit par nous et qui consiste à prendre son bien où on le trouve.
Une seule concession est faite à Tancien théâtre : c'est celle de VAnselmo bégayant, à lunettes bleues, remplissant généralement l'emploi de domestique, rôle bien tenu par un artiste, du norii de G. Pica.
La grâce aimable de. Marietta Gaudiosi, Taîr bon enfant de son frère Girolamo qui la plupart du temps ne sait pas ses rôles mais improvise sans se déconcerter pour cela, de jeunes et frais visages de sympathiques personnes qui ne se sont jamais douté de ce que peut bien être l'art dramatique, un public bienveillant qui ignore la critique, tels sont les éléments très divers qui se donnent rendez-vous dans cette cave où chacun se trouve comme en famille — dans la famille des Gaudiosi. .
Un jour c'est une chanteuisede café-concért à . qui il prend la fantaisie de jouer la comédie — où elle se montre absolument inexperte du reste, — et l'on décore tout le petit théâtre de jolies guirlandes de fleurs naturelles du haut en bas; une autre fois l'on renforce le spectacle d'un ou de deux numéros de variétés^ car Ton ne saurait se
passer du concert final : c'est une canzonettisi dig?'azia^uue excentrique, un couple quelconqu une chanteuse -napolitaine, et presque toujoui de jeunes et jolies femmes.
Puis un beau jour, aux approches du Carnava je vis le petit théâtre fermé : les Gaudiosi s'^ talent envolés vers d'autres rivages et, pauvre cigales, avaient fini de chanter... provisoiremen
Don Felice II n'avait pas encore détrôné Do Felice I, son grand rival.
Poursuivant mes investigations, je voulus m rendre compte de ce qui se passait du côté d théâtre Partenope, place Cavour. Encore u théâtre où il faut descendre un étage pour se trou ver aux fauteuils d'orchestre. Et par quel esc? lier, grands dieux! Qu'arriverait-il dans de pa reilles salles en cas d'accident! Le genre adopt là est le genre du théâtre Nuovo, c'est-à-dire 1 vieux répertoire napolitain mais avec des éle ments très secondaires. Le Pulcinella qui port uu nom illustre dans les annales du théâtre napc litain n'a de ses ancêtres — de son oncle, je croi — que le nom : il est quelconque. On lui a join dans toutes les pièces un personnage de ba comique, le Buff'o Tiirzillo^ rôle tenu toujour
par un même acteur de genre trivial. C^est Ja queue rouge de dernière catégorie. La mise en scène est au-dessous de tout ce que Ton peut imaginer, les acteurs qui changent tous les jours de pièces ne savent pas un mot de leurs rôles — et la salle était pleine et le public s'amusait.
Quant au Mercadante, place Cavour, je l'ai presque toujours vu fermé.
Me voici arrivé jusqu'au terme de mon voyage à travers le théâtre purement napolitain ; et cependant il me reste à vous entretenir encore de deux sujets que je ne puis passer sous silence parce qu'ils sont tous deux d'une essence très particulière : je veux parler du drame populaire et des Pastorales.