‹ Le theatre hors de France, Volume 4Chapitre 37 sur 43 · COMÉDIE LICENCIEUSE EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

COMÉDIE LICENCIEUSE EN TROIS ACTES

Cet adjectif accolé au mot comédie suffirait seul à faire accourir les vieux messieurs et les jeunes collégiens, si tout cela se passait autre part qu'à Naples. Ici ça ne tire absolument à aucune conséquence. Yous entrez, et vous vous trouvez assis à côté d'un ecclésiastique qui n'a même pas pris la peine de dissimuler son costume. Ces choses là sont monnaie courante, et Ton n'y fait pas attention. Quant à ladite comédie « licencieuse » où Gaudiosi se fait appeler Don

Felice, c'est une imitation quelconque d'une pièce française qu'on a bien pris garde de nommer. Il me suffira d'en citer les principaux traits pour que vous mettiez de suite sur ce^e pièce une étiquette quelconque.

D. Liborio qui entretient des relations avec une cocotte, — c'est encore le mot à la mode à Naples — Erminia, marie sa fille avec une espèce dç nigaud du nom de Felice. 11 bénit le jeune couple, et, recevant une dépèche qui le force de partir, laisse les nouveaux époux dans un hôtel où ils doivent passer leur nuit de noce. Béatrice est pure comme l'enfant qui vient de naître, mais elle avait soupiré, en tout bien tout honneur, avec Eduardo, un compositeur incompris parti en Amérique pour faire fortune. Or, par une de ces coïncidences qui se produisent si souvent dans .les vaudevilles, voici que, dans cet hôtel, Béatrice est mise subitement en présence d'Eduardo qu'elle suppose riche, par-dessus le marché, alors que le malheureux n'a plus que 3 fr. 60 pour toute fortune. Emportée par un bel élan la jeune fille se dépouille de son bouquet de fleurs d'oranger qu'elle place sous un globe — où il restera, — et jure de n'appartenir qu'à Eduardo.

D. Felîce, le mari, attend avec impatience l'heure du berger, mais, traité de haut en bas par sa femme, se voit refuser la moindre privante. Eduardo, cause involontaire de tout ce mal, survient; alors Béatrice, très digne, se retire dans son appartement, tandis que les deux hommes, installés chacun dans un fauteuil, passent la nuit à monter la garde à la porte de la chambre qui aurait dû être nuptiale. Etonnement du père qui, retour de voyage, apprend de la bouche de sa fille que les choses en sont toujours au point où il les a laissées. Jamais il n'aurait cru D. Feliçe capable d'un semblable oubli de ses devoirs, et il cherche à le confesser. La scène est drôle. Mais il ne lui arrache que des larmes, et il met cette insuffisance sur le compte de sa grande timidité. Cependant D. Liborio connaît un moyen infaillible pour donner du courage aux plus hésitants : il s'agit simplement de chanter un certain couplet au bon moment ; ce couplet donne de l'audace, et D. Liborio et un ami se chargent de le reprendre en chœur dans la coulisse avec accompagnement de guitare. C'est absurde, mais le public qui ne demande pas à raisonner n'en est pas moins pris d'un fou rire ; mis de nouveau en présence de sa

LES PETItS THÉÂTRES. LA FENICE 301

femme, D. Felice s'enhardiL altaque le fameux

Girolamo Gaudiosi (Don Felice).

couplet, et conquiert un amour qu'il croyait déjà bien compromis.

Mais le grand succès de cette saison fut incontestablement la Caisse de ronde Gennaro dont Gaudiosi se proclama l'auteur, et qu'il annonçait à ses concitoyens par. des réclames dans le genre de celles-ci : (on se rappelle qu'un astronome avait annoncé la fin du monde , pour le mois de novembre 1899).

« Napolitains!

« La Caisse de ronde Gennaro se représentera ce soir au théâtre de La Fenice pour la 56® fois, et si demain n'arrive pas la

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