Acte V. — Inspiration ! lleconnaissance et amour
Acte VI. — La fille du martyr — Les deux lettres -^ Le baiser du pardon et Tempreinte du Vir/liacco.
La scène à Naples, en 1821.
CeMe Porta Capuana qui n'est autre que la Porte de Capoue, une vieille porte de Naples aujourd'hui enclavée dans la ville, joue un grand
332 hK THÉÂTRE NAPOLITAIN
rôle dans Thistoire locale. Non à cause du monument par lui-même, un arc, surmonté de la madone, et flanqué de cahutes, mais à cause de V ambiant — comme on dit ici. La place MauberL le quartier Mouffetard avaient jadis, chez nous, à peu près la même réputation. Celui qui passe, ne sachant rien de ce quartier, ne voit guère là qu'un petit marché ambulant, des marchands de friture et de légumes, des traiteurs, d'humbles tavernes. Un vieux napolitain vous dirait que ce quartier fut, pendant longtemps, plus encore qu'il' ne Test aujourd'hui, car la pioche des démolisseurs a fait des trouées tout autour, le repaire de la basse prostitution, des souteneurs, des récidivis^tes, de toute une tourbe sans nom. Ce qui n'empêiche pas de nos jours de très honnêtes commerçants d'habiter le quartier de la Porta Capuana. Mais enfin^ ce nom seul, et la date — 1824 — nous font comprendre que l'auteur va nous donner un pendant aux Mystères de Paris — nous ne parlons que du cadre, bien entendu — Le Camorrista-Capo, c'est-à-dire le chef Camorrîsle de tout Naples, n'était choisi, il y a peu d'années encore, que parmi les camorristes de la Porta Capuana. Mais après la mort du fameux Ciccio
survenue le S décembre 1892 il fut convenu en assemblée générale que ce privilège serait accordé aièssi à la chambrée de Pendino (autre quartier de Naples), parce qu'il est avéré que dans ce quartier « o camorrista sape fa pure biiono'o dduvere sujo » le camorriste sait faire aussi bien son devoir ^
Le napolitain, en général, qu'il s'agisse de comédie, de farce ou de drame, se plaît à voir reproduits sur la scène les petits métiers de la rue. Un auteur, comme celui de ce soir, est toujours sûr de réussir en esquissant les types du cafetier populaire, de la marchande de châtaignes, du marchand de pizze, du verdummaro ou marchand de légumes, du marchand de poissons. Ce va et vient, ces gens qui annoncent en criant leur marchandise, ces commères au verbe haut, ce traiteur qui installe ses tables sur le trottoir au risque d'interrompre la circulation, c'est la vie de tous les jours.
Venanzio Lésina, calabrais, est vannier. C'est un homme violent et brutal. 11 s'emporte à tout propos, se met dans une fureur désordonnée
* La bossa et Valta Camoira, journal II Secolo, 19-20 jam-ier 1900 et suivants.
parce qu*il a cassé la pointe de son couteau, et ainsi du reste. Il passe pour fort riche et avare. Une jeune personne, personnifiée parM^^A.Lazzari, est considérée par tous comme sa fille. Elle est jolie, sage et vertueuse. C'est la Belle de la Porta Capiiana^ la belle vannière du quartier, qui tresse ses paniers d'osier sur le seuil de la boutique du calabrais, et n'est pas insensible aux aimables avances d'un autre calabrais, le jeune Luigi.
Cependant Nanetta a'est pas la fille des époux Yenanzio Lésina. Un crime a été commis il y a une quinzaine d'années, en Calabre. C'était le temps des guerres civiles. Un baron, du nom de Falclii, a été assassiné et la famille de son frère exilée. Venanzio, pauvre la veille, était devenu subitement riche. Mais n'osant pas faire disparaître la fille de la victime, une enfant, il l'avait recueillie. Celte enfant, qui a grandi, c'est Nanetta.
Le beau-frère de Venanzio, Gennaro Rocchi, revient du bagne, — L'excellent artiste Stella, qui tient ce rôle, revient du bagne dans toutes les pièces. — Il a été libéré avant son temps en raison de sa bonne conduite. A vrai dire, ce Venanzio est proche parent du Corradin de la
Les petits mciiers de la rue. Le marchand d'escargots.
Morte Civile, Quoi qu'il en soit, mêlé à une rixe survenue par la faute d'un mauvais sujet du nom de Salvatore, il avait tué un homme :
d'oii sa condamnation. Mais voici que le bruit est venu jusqu'au fond du bagne que sa femme avait un amant — situation identique à celle de Juan José décrite par nous dans notre Théâtre en Espagne. Il veut savoir le nom de cet amant, De plus, il a fait un serment à son ex- compagnon de chaîne, un vieux serviteur de la famille Falchi qui avait été condamné pour avoir voulu défendre son maître, le frère du baron, pendant cette insurrection. Il lui a donc juré, à son lit de mort, de retrouver le fils de son ancien maître, Luigi Falchi, et sa nièce qui n'est autre que Nanetta. Voilà bien de l'ouvrage pour une seule soirée !
Au troisième acte le théâtre est divisé en deux parties : à droite le « café des bons amis » où les habitués font leur partie de cartes, café borgne du quartier de la Porta Capuana. A gauche le Vico ou impasse Lava. La femme légitime de Salvatore, ainsi que la pauvre Gervaise de V Assommoir^ vient rôder autour du café. Elle fait appeler son mari : elle n'a pas de pain pour elle ni pour ses enfants ; mais Salvatore pour
toute réponse la maltraite. A peine celle-ci estelle éloignée que survient une seconde femme, — la femme du galérien Gennaro devenue la maîtresse de Salvatore. Elle a des appréhensions singulières, des pressentiments. Elle s'attend d'un moment à l'autre à voir revenir son mari du bagne bien que le temps ne soit pas encore expiré. Salvatore, pour la rassurer, lui promet Je partir ensemble pour Salerne, où ils seront au moins à l'abri des regards du monde et des recherches du mari quand il reviendra.
Pendant ce temps Venanzio, le calabrais, conçoit un projet infernal : il veut, coûte que coûte, faire disparaître Luigi Falchi avant que Gennaro le retrouve, car il y va de sa propre tranquillité et de sa fortune. Il vient donc trouver Salvatore qui, pour quelque argent, ne recule devant aucune besogne et se chargera d'administrer quelques bons coups de couteau à Luigi, tandis qu'en révélant à Gennaro le nom de Tamant de sa femme, il poussera ainsi Gennaro à assassiner Salvatore.
Précisément Luigi vient, par hasard, dans le « café des bons amis ». Salvatore, heureux d'une si belle occasion, le provoque. Les assistants séparent les deux hommes et l'affaire n'a pas
de suite. Mais voici qu'au dehors, dans le Vico, apparaît Gennaro qui a découvert le café de son rival. Il le fait appeler dans la rue, et là, face à face avec lui, à la lueur scintillante de la lampe qui brûle devant la madone du carrefour, lui rappelle son crime de jadis qui Ta fait condamner, lui innocent, au bagne ; il lui reproche d'avoir profilé de cette absence pour lui ravir sa femme, et, sans lui donner le temps de répondre, lui mettant une main sur la bouche, lui plonge la lame de son couteau dans le cœur. Tout cela s'est passé en quelques minutes, et au moment où Salvatore tombe auprès de la petite lampe, Ton entend les Zampognatori qui jouent un air de cornemuse en Thonneur de la madone.
Le coup fait, Gennaro s'est enfui dans la nuit. Un marchand d'habits qui passait a découvert le cadavre de Salvatore. Tous les voisins sont accourus avec des lumières, la femme légitime la toute première, poussant des cris sur le corps de son mari, et comme sa rivale veut s'en approcher à son tour :
— Eloignez-vous, madame, lui dit-elle très digne. Vous m'avez pris mon mari vivant ! Laissez-moi au moins le cadavre de celui qui fut le père de mes enfants.
Toute cette histoire nous a fait considérablement oublier les amours de la belle et sage Nanelta et du jeune Luigi que Venaqzio cherche à écarter le plus possible. Les scènes de brutalité envers la jeune fille se succèdent, si bien que celle-ci jette enfin à la face de Venanzio cette apostrophe : — Non, vous n'êtes pas mon père, car un père ne parle pas ainsi à son enfant.
Cependant vous devez bien penser que le dramaturge ne nous a pas fait voir sans intention Luigi dans le café borgne des « bons amis » cinq minutes avantl'assassinat de Salvatore. La police recherche le criminel, veut savoir qui se trouvait alors avec la victime ; n'y" a-t-il pas eu, dans ce café même, une altercation entre Salvatore et Luigi? Plus de doute, la querelle aura continué au dehors, et Luigi est arrêté comme assassin présumé de Salvatore. La pauvre Nanetta ne comprend plus rien à ce qui se passe, et son étonnement est au comble lorsqu'elle reçoit en l'absence de Venanzio, à qui elle était destinée, une lettre mystérieuse, sans signature, et conçue à peu près en ces termes : « Tu ne me reverras plus ; souviens-toi de la nuit de telle date, et protège l'enfant que le sort t'a confiée. »
Le dernier acte, qui se passe chez le juge
byGoogle
Les Zampognatori, joueurs de musette devant la madone.
d'instruction, nous fait assister au défilé de tous les témoins sérieux et comiques. Il importe d'abord de savoir quel est cet assassin présumé, ce Luigi qui est bien forcé de confesser qu'il n'est autre que Luigi Falchi dont la famille exilée vient précisément de bénéficier d'une clémence royale ; Nanetta vient remettre au juge la lettre inintelligible qu'elle a reçue et nous n'en sortirions jamais sans la bonne pensée qui amène Gennaro, le seul qui tienne en son pouvoir la clé de l'énigme. Son récit sera simple : il sort du bagne ; il a appris par son ex-compagnon de chaîne les particularités de l'assassinat du baron et le nom de son meurtrier : Venanzio. Nanetta est la fille de la victime et le jeune Luigi son propre cousin.
Puis tirant un couteau de sa poche — que de couteaux ! — il en frappe Venanzio en disant : — Quant à l'assassin de Salvatore qui m'avait pris ma femme, c'est le même que celui de Venanzio, et cet assassin, c'est moi seul.
Pièce habilement bâtie, avec toute espèce de réminiscences de bons vieux mélos, mais dont le but est parfaitement atteint, car ces six actes sont joués sans presque aucune interruption à cause de ce système qui consiste à n'avoir que des
toiles de fond qui se succèdent les unes aux autres: drame amusant, intéressant, honnête, où le côté comique trouve aussi sa petite place avec un greffier doué d'un tic nerveux, un personnage très myope qui se cogne à tous les meubles et s'excuse toujours, etc., etc.
Mais quelle belle voix de drame et quelles jolies attitudes naturelles possède cette M™^ À. Lazzari !
Nous avons raconté comment à No( sociale et industrielle était suspendue. ]V avons oublié de dire que tous les théâ fermés la veille de Noël à l'exception de Ton donne la Cantate des pasteurs^ une fois à onze heures et demie du soir oi et une seconde fois à deux heures et ( matin. Ces théâtres à Cantate étaient ce au nombre de trois : le Politeama, le \ le San Ferdinando. Les artistes sont < teurs.
Comment se trouver à Naples une Noël et ne pas aller entendre la Cantate dit que cela n'a pas grand'chose à faire dramatique. N'importe, cela me donn»
être une idée de ce que pouvaient être c les Mystères.
Je choisis le théâtre San Ferdinando, le plus populaire des trois, d'autant plus qu'on y annonce c( la Compagnie spéciale de la Cantate des pasteurs dirigée par les célèbres Antonio dei Cangiani et Salvatore Mauro ». On représentera les Deux Génies ou la Cantate des pasteurs ^ action pastorale fantastique en un prologue et trois actes de Salvatore Mauro.