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Acte IIL — La lumière dans les ténèbres

Arrivé là, je trouve une foule bigarrée, grouillante, assez paisible. Il y a tellement de monde que Ton met des chaises de paille dans l'allée qui donne accès aux fauteuils. J'avais retenu ma place à l'avance, et bien m'en avait pris. Un homme qui n'a aucun signe distinctif me déchire mon billet en deux et me dit : En avant ! du ton d'un général qui enverrait ses troupes à l'assaut. Je fais déplacer des chaises, je joue des coudes, j'entre avec peine dans mon rang, je m'assieds avec plus de peine encore. Je pense à notre pauvre « oncle » Sarcey qui n'aurait jamais pu entrer dans ce fau-

teuil. Une fois là, je jette un coup d'œil autour de moi : partout des têtes, et cela sur une hauteur de cinq étages ! En haut, à la galerie, où Ton ne paie que 23 centimes, le spectacle est inénarrable. A tous les autres étages, où la loge entière se paie 3 lires 50, 4,50, 5,50, on ne voit que gens entassés à raison de 10, 12, 15 personnes par loge! Autour de moi, des ouvriènes en cheveux, avec accroche-cœurs, un marin, des petits boutiquiers endimanchés, des enfants à profusion.

Après un air quelconque joué par les huit musiciens qui comj)Osent l'orchestre, la toile se lève sur un décor de paysage. Le programme nous a prévenus que nous étions dans le Paradis terrestre^ et le programme a bien fait, car je n'aurais jamais eu Tidée que cette toile de fond où figure un bois de sapin, fut TEden. Il est vrai que cet aspect un peu sévère est corrigé par un bouquet de bambous placé au milieu du théâtre, et par une poire naturelle suspendue à Tun des bambous. L'on voit distinctement sur cette poire la trace de morsures qui doivent provenir d'une représentation ou d'une répétition récente. Adam et Eve fort décemment vêtus en percaline bleue sur laquelle on a cousu des roses en papier

3i8 LE THEATRE NAPOLITAIN

(ô mes illusions !) devisent ensemble. Je remarque même que la coiffure de notre mère Eve est aggravée d'une couronne de roses en papier fané. Adam a Faîr sincère, convaincu de sa mission biblique ; Eve, qui semble avoir été arrachée à ses occupations domestiques, me fait l'effet de regretter son fer à repasser. Elle regarde çàet là distraitement, dans la salle, dans la loge du souffleur, et se trouve évidemment tout étonnée de parler devant tant de monde.

Quand tout à CQup un bruit de ferrailles se fait entendre pour nous annoncer l'arrivée de Satan tout bardé d'objets estampés et dorés, et dont les chaînes de cuivre qui pendent de ses bracelets font un cliquetis continuel sur ses attributs variés de métal. Il est très correct, ce Satan ; une belle barbe noire, le haut du visage barbouillé d'ocre, et des gants de peau noire un peu fatigués par l'usage, ce qui me ferait croire que Satan ne date pas d'hier. Vous avez déjà deviné que ce Satan venait faire des propositions déshonnêtes aux deux « petits bleus », mais ceuxci tombent en prière, ce qui a pour effet immédiat de lui donner des convulsions. Pourquoi faut-il qu'Eve Pécoute un peu plus tard et se résolve à détacher la poire qui est suspendue au

bambou^ Je sais bien qu'il n'y aurait plus de pièce! Ah! c'est Adam qui n'est pas content, je vous le jure — Tingrat ! — surtout lorsqu'une grosse caisse résonne dans la coulisse et que le préposé à la lumière électrique interrompt follement et alternativement le courant des lampes à incandescence rouges et blanches ! Adam pousse des cris stridents et se roule par terre, ce qui attire dans ces lieux un nouveau personnage que j'avais pris d'abord pour l'archange Gabriel, mais qui est désigné sur le programme par le nom de V Amour. Cet amour — puisque amour il y a — est représenté dans la circonstance pax une jeune personne très candide et fort peu expérimentée, qui tient de sa main droite une petite épée à la façon d'une broche de rôtisserie, et de sa main gauche un minuscule bouclier eo fer-blanc. Une perruque blonde à frisures, de celles que Ton met aux enfants Jésus dans les crèches, entoure son gracieux visage, et sa tête est surmontée d*un casque avec un panache blanc pas méchant.

Elle récite son rôle à la façon d'un compliment, et réconforte Adam et sa compagne qui en avaient grand besoin ; Satan veut fuir, mais surgissent de droite et de gauche des enfants de

quatre à cinq ans, costumés en « Dieu Mars w, et le menaçant de- leurs petites épées en carton. Il paraît que l'apparition de ces enfants est une trouvaille du genre, car des applaudissements nourris éclatent de toutes parts. La toile tombe, mais le public veut revoir cette scène délirante. On fait rentrer les enfants dans la coulisse. Satan est haletant ; on croirait qu'il vient de soulever des poids. Nous revoyons les bébés roses et les petites épées en carton, et nous en avons fini avec le prologue. .

Jusqu'ici, me dis-je, c'est classique. A moins de nous montrer la création du monde, Tauteur ne pouvait pas remonter plus loin. Mais que veut dire alors le titre de l'acte premier Sur le fleuve du Jourdain ? Ne verrons-nous pas au moins l'arche de Noé? A peine avais-je fini ces réflexions que la toile se relève sur un paysage alpestre. Il a beaucoup neigé et Ton aperçoit — toujours sur le fond — une niche avec une madone. Déjà! Mais quel est notre étonnement lorsque dans ce défilé du Val de Travers ou d'aulre part, nous voyons arriver un écrivain public du xviii* siècle vêtu en Crispin, puis une sorte de mayeux^ bossu, tordu, avec des loupes

L'écrivain public long, maigre, râpé, décharné, c'est Razzullo ^

Le mayeux c'est Sarchiapone.

En quoi se rattachent-ils à l'action, allez-vous me deniander? mais j'aime mieux vous faire un double aveu tout de suite. C'est qu'il n'y a pas d'action, et qu'ils ne se rattachent à rien du tout.

Donc, à partir de ce moment, nous assisterons :

i^ A des dialogues interminables entre Razzullo et Sarchiapone, interrompus de temps à autre par l'apparition d'un pêcheur, vêtu en Masaniello d'opéra-comique, d'un chasseur habillé en postillon, avec un col cassé et un feutre mou, un petit arc à la main (on n'invente pas ces choses là) ou encore d'un vieux berger recouvert d'une peau de mouton et qui semble sortir d'un atelier de peintre à Montmartre.

2*" A l'apparition périodique de saint Joseph, de k Vierge Marie, d'un ou de plusieurs Diables, et de l'Amour.

Je remarque, en passant, qu'Adam est devenu saint Joseph, et Eve la Vierge Marie; sans vouloir approfondir ce mystère je me contenterai

* Le personnage de Razullo avec un z, grattant une guitare se trouve représenté dans / Balli di Sfessania de Callot.

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LA CANTATE Dl

de VOUS dire que saint écharpe jaune (quelle id cette couleur), et la Vier percale bleue, un corsage à la taille, et qu'elle est perles.

Mais que diable peuvei et Sarchiapone? — supp< rebattus des parades de f plaisanteries des pitres, dialogues, et vous serez < dessus des propos échan^

L'un écrase le pied de compagnon, ou a peur i battre, ou se sauve en gri Une pierre en pleurerail voici le pêcheur qui vie sans ouvrage de venir pê vous, par curiosité,un é( gaies? Je cite, de mémoir texte se trouverait difficile

Le pécheur. — Veux-ti moi?

Razzidlo. — Ca dépem à faire ?

Le pêcheur. — Donne-

Razzullo. — Mon chapeau?

Le pêcheur. — Oui.

Razzullo. — Le voilà.

Le pêcheur. — Ce chapeau n'est plus à toi.

Razzullo. —Comment? Il n'est plus à moi ?

(// veut le reprendre.)

Le pêcheur. — Il te représente un panier.

Razzullo. — Allons, bon î Voilà que mon chapeau est un panier! {Le public ?nê l)

Le pêcheur. — Je veux dire que ton chapeau représente pour le moment un panier.

Razzullo. — Ah ! je comprends. C'est pour jouer.

Le ])êcheur. — Oui, Nous faisons semblant.

Regarde.

Razzullo. — Que je regarde quoi?

Le pêcheur. — Dans le panier.

Razzullo. — Quel panier ? {Le public rit ! !)

Le pêcheur. — Dans le chapeau, veux-je dire.

Razzullo^ regardant. — Eh bien ! je ne vois rien.

Le pêcheur. — Imbécile ! Tu ne comprends pas, nous faisons semblant.

Razzullo. — Ah ! oui ! Èh bien?

Le pêcheur. — Regarde : Voici des anguilles, des "soles.

que la première actrice, revenant à ses instincts professionnels, n'eut à quelque moment Tidée d'y étendre son linge à sécher. Eh ! bien, pas du tout : ce câble n'était laque pour attirer FAmour suspendu à deux gros fils de fer, et régler ses gracieux mouvements dans l'espace. Mais revenons aux deux pêcheurs, car nos idées se pressent un peu confuses, encore plus confuses que celles de l'auleur, ce qui peut paraître invraisemblable.

Eh bien! Satan fait éclater une tempête. Il empoigne le panneau qui servait de barque et le jette dans la coulisse. Les deux pêcheurs dont les jambes sont mises à découvert se sauvent comme ils peuvent sur les ondes, tandis que Satan inflexible plonge. Comment? Ah! j'attendais cette question. Mais, de la façon la plus simple du monde : en entrouvrant la toile de fond fendue qui représente la mer, et en disparaissant par Touverture. A l'instant même celte toile se relève des deux côtés à la façon d'une draperie, et nous assistons à un bien poétique spectacle : l'Amour, éclairé à la lumière oxydrique et monté sur un piédestal, tient par la main RazzuUo et le pêcheur qu'il a sauvés. Au premier plan deux démons sont littéralement aplatis, et deux des

bébés roses du commencement posent un pied sur eux en soulevant leurs petites épées en carton. Les applaudissements redoublent. Il faut recommencer le plongeon et l'apothéose. Et à propos : pourquoi les démons, quand ils succombent, jugent-ils nécessaire de faire des « rétablissements » sur la tête en restant les jambes en Tair, au lieu de se coucher de suite à terre ? Ça doit être une tradition... Ça n'en est pas moins original.

L'auteur, au deuxième acte, nous avait promis dé nous faire assister au « Couronnement » J'aime mieux vous dire de suite qu'avant d'en arriver là il va nous falloir entendre encore les interminables lazzi de Razzullo et de Sarchiapone jusqu'au moment où ce dernier sera soulevé dans les airs sur le dos d'un crocodile. Mais j'abrège : saint Joseph et Marie ne savent où passer la nuil ; l'Amour, qui décidément est bien obligeant, les conduit dans une grotte d'où Ton chasse les démons: et nous voyons, comme fin d'acte, une couronne d'argent supportée par deux anges en carton descendre sur la tête de la compagne de saint Joseph. (Scène bissée.)

Troisième et dernier acte : encore les pitreries de Razzullo et de Sarchiapone. Cette fois je demande grâce, je suis vaincu comme Satan va

Têtre tout à Theure. Tout mon bon vouloir se lasse en face de tant d'inepties : Razzullo a volé un panier de provisions au vieux berger. Il vient en manger le contenu assis par terré au milieu de la scène, et comme une partie du parterre ne peut l'apercevoir à cause de la boîte du souffleur, Ton crie très fort : « On ne voit pas ! » Un grand artiste se fût intimidé peut-être. Razzullo ne s'embarrasse pas pour si peu : il enlève la boîte, la porte dans un coin du théâtre, et continue tranquillement sa dînette. Il découvre un plat de maccheroni : dans la salle, c'est du délire. Sarchiapone entre en sourdine, s'assied derrière lui et lui boit son vin. Bref, ils en arrivent à manger tous deux bestialement les fameux maccheroni avec les doigts ; c'est dégoûtant , écœurant, et Ton trépigne de joie, lorsqu'un enfant, le fils du berger, vient leur annoncer que les mets étaient empoisonnés — simple plaisanterie, bien entendu.

Tout se terminera le mieux du monde : le vieux berger conviera tout le monde, sauf les démons, à venir chanter une cantate (enfin!) devant la crèche où se trouvent saint Joseph et Marie et où -^ détail voulu ou non, je ne sais — on ne voit pas l'Enfant.

XXIf

La ville de Naples, absolument unique en son genre, ne peut pas plaire à tout le monde du premier coup. La beauté de son site, • son ciel bleu, son incomparable golfe, l'aspect grandiose du Vésuve, sa ceinture de villas et de jardins ne suffisentpastoujours,pendantles premiers temps, à faire oublier les ruelles sombres et fétides, les loques pendues aux fenêtres, les guenilles sans nom étalées en plein air, les mendiants obsédants couverts de haillons, les cochers de fiacres importuns et lassants, les camelots agaçants, les promiscuités douteuses, les senteurs de cuisine suspecte, les tas d'immondices par les rues, les gens de tout âge et à toute heure du jour, au milieu des promenades — sur la piste des cavaliers de la Villa Nazionale^ par exemple — sous

les yeux de l'autorité complaisante, ne s'en tenant même pas à la distraction qui rendit fameux le roi Dagobert, mais poussant Taventure encore plus loin.

Malgré tout le désir que peut posséder un étranger d'admirer de confiance, et sur réputation faite, tous ces détails, et bien d'autres encore, dans une ville dite civilisée et sur le seuil du XX® siècle, choquent Tœil, le goût et l'odorat, et font mal juger Naples à première vue. Joignez à cela les histoires non pas de brigands, mais de camorristes que les romanciers plus ou moins fantaisistes se sont plu à colporter dans leurs ouvrages, le cliquetis des couteaux, l'audace légendaire des voleurs, que sais-je encore?

Puis, tout compte fait, lorsque l'on habite Naples, les mauvaises impressions des premiers jours vont s'effaçant : Ton s'aperçoit bientôt que s'il y a des ruelles fétides où personne ne vous force de passer, il ne manque pas de larges rues modernes dont les somptueux magasins peuvent rivaliser de luxe avec ceux de Paris ou de Londres ; que la Riviera di Chiaia n'a guère à se soucier du linge qui sèche à Santa Lucia ; que les mendiants se déconcertent quand on prend le parti de ne jamais leur répondre ; qu'il y a façon

de se débarrasser des cochers de fiacres avec un signe de tête familier aux vrais napolitains ; que s'il y a des rues malpropres il y en a d'autres qu'on balaie ; que la camorra est une chose purement locale et qui laisse les étrangers parfaitement tranquilles ; que les coups de couteaux — et j'en ai fait la preuve par des journaux du même jour comparés pendant quelques semaines — ne sont pas plus nombreux à la Porta Capuana qu'au boulevard de la Villette, et que les tire-bourses — la faim est grande à Naples — ne s'en prennent jamais qu'aux personnes étalant des bijoux avec trop d'ostentation. — C'est ainsi que les dames portant des châtelaines en or bien en évidence, ou de petits sacs ou réticules à la main, sorte d'invitation à les prendre, ont toutes les qualités requises pour devenir une proie facile.

Lorsque toutes ces préoccupations de la première heure ont disparu, on prend la peine de regarder un peu plus autour de soi. L'on s'aperçoit alors qu'une exquise politesse est de règle dans la haute société napolitaine, et que ce peuple, après tout, pris en bloc, est le meilleur enfant du monde, le plus passif, le moins contrariant. René Bazin raconte dans son livre sur

la Sicile qu'interrogeant un jour, à Aci-Reale, auprès de TEtna, un petit commissionnaire de douze ans, il lui avait demandé d'un ton léger de reproche pourquoi il n'était jamais allé à l'école. L'enfant regarda son interlocuteur avec des yeux éclatants, intelligents, spirituels, décidés, presque insolents.

— Monsieur, répondit-il, il est bon d'aller à l'école, mais quand on a du pain.

Mot profond, que pourrait répéter le Napolitain.

Le Napolitain — et pour se convaincre de ce que j'avance il suffira d'interroger tous lés étrangers qui habitent Naples ou qui y ont séjourné quelques mois — est, la plupart du temps, un inconscient. Songez que quarante ans après l'annexion il y a plus de 40 p. 100 de conscrits absolument illettrés, soit presque tous les gens du peuple. Dans l'ensemble de la Campanie, il y en a 56 p. 100, et 07 p. 100 à Salerne. Chez les femmes, la proportion est beaucoup plus considérable.

« En fait de religion, a écrit M. Marcellin Pellet qui fut quatre ans consul de France à Naples, le popolano ne pratique guère qu'une superstition fétichiste assez éloignée du christianisme. Par bonheur, son insouciance, sa résignation ne

lui permettent pas d'attacher trop d'importance aux privations les plus dures auxquelles il est habitué dès le ventre de sa mère. Violent et prompt à jouer du couteau, il n'est pas mauvais au fond; peu accessible aux haines de classe, il respecte la bourgeoisie et la noblesse qui partagent plus d'un de ses préjugés. » Et, de fait, les rapports entre patrons et ouvriers sont bien meilleurs à Naples que dans la haute Italie, et tous les chefs de maison, les contremaîtres — dont beaucoup d'entre eux italiens du nord, français, suisses, allemands, etc. — m'ont toujours affirmé qu'ils trouvaient chez le napolitain dont le salaire est pourtant bien inférieur à la plupart des salaires en cours, une obéissance, une docilité, une douceur... depuis longtemps inconnues autre part.

Le Théâtre TiMpolitain devait être à l'image de ce peuple : bon enfant et gai. Il ne va pas chercher les thèses, il ne s'arrête pas devant les élats d'âme, il observe ce qu'il voit dans la rue, en rit et fait rire.

Tel que la ville que nous venons de décrire

en quelques mots, le théâtre napolitain ne peut pas plaire du premier coup : il faut le connaître pour Taimer ; mais — ville ou théâtre — quand on les connaît on les aime, et quand on les aime on ne saurait plus les oublier.

C'est ainsi que j'ai vu pour la première fois Pulcinella sans plaisir ; que je suis retourné l'entendre par curiosité ; que j'ai étudié son passé avec intérêt; que je me suis pris d'engouement pour ses faits et gestes et que je me suis passionné pour sa personne le jour où j'ai commencé à connaître et à aimer Naples, parce que Naples et Pulcinella, c'est tout un.

Voilà pourquoi Pulcinella n'est pas un article d'exportation, pas plus du reste que le Guignol lyonnais dont l'esprit s'émousse dès qu'il a perdu de vue la Croix-Rousse, pas plus que les chansons des cabarets de Montmartre*dontle sens est déjà inintelligible à Montrouge.

Quant au soi-disant théâtre * napolitain réformé, j'ai assez démontré, je pense, qu'il n'avait rien réformé du tout^ que ce n'était qu'un pâle reflet de pièces italiennes, françaises, anglaises traduites mot à mot ou dénaturées. C'est la fin dé toute originalité, et ce n'est pas dans cette

voie-là que doivent travailler les jeunes auteurs napolitains soucieux, avec raison, de la gloire de leur vieux bouffon national. Qu'ils s'inspirent de leurs aînés, qu'ils tiennent compte des traditions tout en rajeunissant le cadre, qu'ils marchent sur les traces des Altavilla et des Petito en tenant compte du temps où ils vivent, et qu'ils nous conservent enfin ce type d'une essence si particulière qui doit vivre aussi longtemps qu'il y aura un lazzarone sur le môle et un pizzaiuolo dans les environs de Toledo.

Naples, 8 avril 1900.

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