SCENE UNIQUE
M. TRULLE, LE VICOMTE.
TRULLE. — Ah ! M. le vicomte n'est pas encore rentré de promenade? Dès que M. le vicomte sera là, voulez-vous lui dire que M. Trullc l'attend... pour lui donner sa réf)étition... oui 1... Merci, mademoiselle. (// va à la table et fose sa serviette^ Petit chameau!... Il va encore arriver avec trois quarts d'heure de retard!... Il est six heures!... Du moins,
je pense qu'il est six heures, car ma montre est au mont-de-piété de la rue Capron depuis quatre semaines !... on en prend soin, là-bas !... Six heures ! Et la petite jeune fille blonde sort de chez Redfern à sept heures dix !... Je ne serai pas là pour la voir passer! Il faut que je gagne ma vie!... Et à quoi bon gagner ma vie si je ne vois pas la petite jeune fille blonde de chez Redfern? Et si je la vois, je ne gagne plus ma vie !... C'est un dilemme ou plutôt un cercle vicieux !... Sapristi ! il doit être six heures dix, rue Capron !... et les parents du vicomte comme tous les gens riches veulent que je leur en donne pour leurs cent sous !... Ah ! le petit chameau !... le petit chameau !... Mettons-nous toujours à table, ça le fera peut-être venir !... (// s'assied sur un fetit tabouret et ouvre sa serviette. Bruit au dehors^ Ah ! je crois que le voilà !
Le vicomte. — Oui... mon smoke pour neuf heures et le coupé! {Entrant.) Monsieur Trulle, voua êtes déjà là?
Trulle. — Oui... monsieur le vicomte, il est six heures un quart rue Capron.
Le vicomte. — Je vous fais toutes mes excuses ! mais je n'avais pas ma montre...
Trulle. — Allons donc!... Vous aussi!...
Le vicomte. — Oui. Il ne faut pas le dire... Il y a huit jours, je l'ai mise au mont-de-piété.
Trulle, à lui-même. — Comme on se retrouve !
Le vicomte. — J'avais besoin d'argent... Je ne pouvais pas taper maman qui a horreur de ça... alors... je suis allé trouver « ma tante » ! Ça m'a beaucoup amusé!...
TRULLE. — C'est très drôle, en effet.
Le vicomte. — Aussi tantôt, j'ai laissé passer l'heure... Le Bois était si joli... Aimez-vous le printemps, monsieur Trulle?
TRULLE. — Ah ! monsieur le vicomte !... le printemps c'est une saison pour les gens riches !
Le vicomte. — Très vrai!... C'est la saison où les modes sortent... où les femmes sont plus plaisantes, les passants mieux vêtus !... A chaque printemps, il semble que la France soit plus riche, et qu'elle ait hérité d'une grosse pièce d'or toute neuve : le soleil. J'étais très heureux tantôt, et j'avais tout à fait oublié que vous m'attendiez pour m'apprendre ce qui s'est passé sous Louis XIV.
Trulle. — J'avoue que ce n'est pas d'une actualité palpitante!...
Le vicomte. — Ne vous fâchez pas, monsieur Trulle!... je suis si content!... Je l'ai croisée trois fois tantôt!...
Trulle. — Qui ça?...
Le vicomte. — Hermine de Sanlouis!
TRLille. — Une jeune fille noble?
Le vicomte. — Non... Sanlouis, je crois que c'est un nom d'emprunt...
TRULLE. — Elle est jolie?
Le vicomte. — Hermine, c'est une belle personne très maigre et très rousse, avec des yeux plus grands que le ventre... et une bouche mince comme celle de ma tortue Galatée. En somme, elle est plutôt laide!... Mais elle a un chic!-., un jus!... Une robe... roman feuilleton!...
TRULLE. — Pourquoi roman feuilleton?...
Le vicomte. — Parce qu'elle la plaque au bon endroit!... Je crois qu'elle m'a remarqué!...
TRULLE. — Ah bah !...
Le vicomte. — Oh! pas à cause de moi!-.. A cause de l'auto, qui en jette un peu, si j'ose dire!... Elle avait l'air de penser: « Voilà un petit qui sera à point dans quelques mois ! »
TRULLE. — Monsieur le vicomte!
Le vicomte. — Oh! je ne me fais pas d'illusion !... Dans ma famille, depuis les croisades, on n'a jamais été aimé pour soi-même !...
TRULLE. — Ce n'est pas un plaisir de gens riches ?
Le vicomte. — Non !... Comme dit papa : « Aujourd'hui nous avons changé de maxime : au lieu de vendre chèrement notre existence, nous l'achetons coûteusement, »
TRULLE. — Monsieur le vicomte, ^e crains que vous n'ayez des préoccupations au-dessus de votre âge !...
Le vicomte. — Mon âge !.... J'ai plus de quatorze ans.
TRULLE- — Vous ne les paraissez pas !,-..
Le vicomte. — Flatteur, va ! Mais je commence à souffrir de l'estomac, comme un homme !... Je ne mange plus que des soupes !.-
Trulle. — Espérons que ça vous fera grandir... Voyons, si nous prenions notre leçon d "histoire !
Le vicomte. — Vous y tenez beaucoup ?
Trulle. — Dame ! Je dois vous donner une heure de leçon, et vous comprenez que je suis obligé pour mon honnêteté naturelle !...
Le vicomte. — Oh ! monsieur Trulle, l'honnêteté ça n'est pas naturel !... Enfin, puisque vous y tenez !... Où en étions-nous restés ?...
Trulle. — Au siècle de Louis XIV, le grand roi !
Le vicomte. — Qu'est-ce que c'est qu'un grand roi, monsieur Trulle ?...
Trulle. — C'est celui qui sait choisir les gens qui travaillent à sa place !
Le vicomte. — Dans les banques, on appelle ça un « administrateur ».
Trulle. — Nous en étions restés à l'histoire militaire... Vous avez étudié l'histoire militaire ? Oui !... Quelles sont les plus belles victoires de Louis XIV ?
Le vicomte. — Les plus belles victoires de
Louis XIV ?... Attendez !... Il y a mademoiselle de La Vallière... mademoiselle de Montespan... mademoiselle de Fontanges. madame de Maintenon.
TRULLE. — Monsieur le vicomte !...
Le vicomte. — Non !... Vous avez raison !... Madame de Maintenon, c'est plutôt une défaite !...
TRULLE. — Vous n'êtes pas sérieux !... Et je vais être obligé de me plaindre à vos parents. ,
Le vicomte. — Oh ! mes parents !... Si vous croyez qu'ils sont tuyautés sur Louis XIV, eux !
TRULLE. — Je vous en prie !... Vous me faites perdre mon temps !...
Le Vicomte. — Je vous demande pardon !... je n'avais pas remarqué... Vous ne tenez pas en place !•••
TRULLE. — C'est que j'ai souci de mes devoirs.
Le vicomte. — Et puis, vous avez un rendezvous.
Trulle. — Peut-être !... Reprenons !...
Le vicomte. — Un rendez-vous de femme, je parie !.... Oh ! je crois que je viens d'être indiscret !...
Trlxle. — Il n'y a pas de mal à ça !... Nous continuons ?...
Le vicomte. — Monsieur Trulle ! J'ai deviné juste !... Vous êtes amoureux !... Oh ! que c'est
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drôle !... Monsieur Trulle en pince ! Monsieur Trulle en pince !...
Trulle, a^ner. — 11 n'y a pas de quoi rire, monsieur le vicomte !...
Le vicomte. — Ne vous fâchez pas, mon bon Trulle ! Ça me fait tant plaisir !... Je croyais que :.us étiez en bois, en zinc, en étoupe... Et tout à coup je découvre que vous êtes un homme comme les autres !... Alors je suis content !... Elle est jolie ?...
Trulle. — Monsieur, si vos parents entendaient cette conversation !...
Le vicomte. — Ayez pas peur !... Papa est aa cercle, et maman au five o'clock !... Alors, dites !... Elle est jolie ?
TRUIXE. — Elle est délicieuse.
Le vicomte. — Comment s'appelle-t-elle ?
Trulle. — Je ne sais pas... Je ne lui ai jamais parlé !... Mais je ne dois pas vous entretenir de cela... Revenons à Louis XIV.
Le vicomte. — Louis XIV, il me bassine !... Parlons de vous!... C'est une demi-mondaine?...
Trulle. — Non!... C'est une employée chez un grand couturier!...
Le vicomte. — Vous l'avez suivie?
Trulle. — Oh! |X>ur qui me prenez- vous ?... Je ne la suis pas !... mais je marche à quelques pas derrière elle pour empêcher que d'autres la suivent.
Le vicomte. — Ça y est! Vous l'aimez!
TRUL.LE. — J'en ai peur! Que voulez- vous? Je suis seul dans la vie! Je prépare l'agrégation; j'ai été livré aux plus sévères études depuis mon enfance. Jamais je n'aurais pu croire que je désirerais un jour me marier!...
Le vicomte. — Pas possible!... C'est la première fois que ce petit cœur bat?
TRULLE. — Je l'avoue sans honte! C'est la première fois !
Le vicomte. — Monsieur Trulle, vous êtes très chic! Vous me plaisez beaucoup!... Tenez, je veux être votre ami ! (// lui tend la main)
Trulle, ému. — Monsieur le vicomte, vous me comblez !..,
Le vicomte. — Non, je vous jure!-.. Vous êtes tout à fait bien !... Et je veux que vous soyez heureux !...
Trulle. — Hélas ! Je ne suis pas heureux !... Je ne serai jamais heureux !...
Le vicomte. — Elle ne vous aime pas?
Trulle. — Je ne sais pas.
Le vicomte. — Comment? Elle ne vous l'a pas dit?
Trulle. — Oh !... elle me l'aurait dit, ça ne serait pas une raison. Nos meilleurs auteurs affirment qu'une femme, quand elle vous dit qu'elle ne vous
aime pas, entend par là qu'elle ne vous aime pasencore !...
Le vicomte. — Très juste! Vous la connaissez depuis longtemps ?...
TRULLE. — Décidément, monsieur le vicomte, nous nous éloignons de plus en plus de Louis XIV.
Le vicomte. — On a le temps pour Louis XIV ! On a toute la vie pour ça! Tandis que vous, c'est de l'histoire moderne.
Trulle. — Eh bien, voilà!... Il y a deux mois, je me rendais à la petite crémerie où je prends mes repas, rue d'Alger... j'aperçus un groupe de jeunes filles qui sortaient de chez Redfem, pour prendre l'air... Il y en avait une qui me parut plus jolie que
s autres... Alors, je suis revenu le lendemain à la même heure... puis le soir, à sept heures dix... Tous les soirs, je l'accompagne, de loin, jusque chez elle, avenue Latour-Maubourg, 43. Voilà !
iJE VICOMTE. — Et vous ne lui parlez pas?
TRULLE. — Non!... Plusieurs fois, j'ai pris une résolution... et puis au dernier moment, je ne sais pourquoi, ma langue s'est paralysée... j'ai senti que je tombais, comme on dit, en figure d'âne... Et je me suis sauvé!...
Le VICOMTE. — Ça, monsieur Trulle, c'est le grand amour!
TRULLE. — Je le crains, monsieur le vicomte.
Le VICOMTE. — Et... la personne vous connaît ?
Trulle. — Oui !... Hier encore, comme je passais devant elle, vers une heure, au moment où elle rentre chez son couturier, elle s'est écriée, en m' apercevant : « Tiens, voilà le petit frère de la tour Eiffel!... »
Le vicomte. — Tant mieux ! Elle vous a remarqué!...
Trulle. — C'est ce que j'ai pensé, pour me consoler.
Le vicomte. — Oh! je suis sûr qu'elle vous a remarqué. Maintenant vous savez ce qui vous reste à faire?
Trulle. — Non.
Le vicomte. — Voyons !... Il faut vous déclarer.
Trulle. — Vous croyez, monsieur le vicomte?...
Le vicomte. — Je vous le garantis... Seulement, voilà!... Vous n'avez pas assez de courage!
Trulle. — Je l'avoue!... Ah! si j'avais votre assurance !
Le vicomte. — Vous ne l'avez pas! Vous ne l'aurez jamais.
Trulle. — Je m'en doute !... Et c'est ce qui m'enrage!... Tenez, j'ai appris une foule de choses qui ne me servent de rien quand il s'agit de parler aux jeunes femmes blondes.
Le vicomte. — Il est certain que les victoires de Louis XIV leur laissent la peau fraîche,
Trulle. — Une idée !... Si je lui écrivais !...
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Le vicomte. — Je ne vous le conseille pas. Les lettres de déclaration, ça ne se fait plus !... Et, du reste, c'est très difficile à écrire... Il faut que ce soit très simple et, en même temps, très compliqué... TRLT:.LE. — Ou très sincère?...
Le vicomte. — Non !... Quand c'est sincère, c'est ridicule! Mon pauvre monsieur Trulle, vous n'en sortiriez pas!
Trulle. — Alors!... je ne me déclarerai jamais! Le vicomte. — Si !... Dites-moi, comment estelle, votre jeune fille?... Petite, hein?
Trulle. — Oui... A quoi donc avez-vous deviné ça?
Le vicomte. — A votre taille !... Moi, par exemple, je n'aime que les grandes femmes!... Elle est blonde?
Trulle. — Oui !...
Le vicomte. — Yeus bleus... teint pâle!... Trulle. — C'est ça!... C'est ça...
Le vicomte. — Un peu boulotte, la duchesse!.. Trulle. — En effet !... Monsieur le vicomte, vous avez une divination qui tient du prodige!...
Le vicomte. — Et elle... s'appelle Lucie ou Germaine !
Trulle. — C'est inouï. Elle s'appelle Germaine! J'ai entendu hier une de ses amies qui lui disait : <( Germaine j'ai la flème!... )>
Le vicomte. — Eh bien, monsieur Trulle, tout
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cela se présente à merveille... blonde, petite, boulotte, yeux bleus !... c'est tout à fait la femme qui vous convient ! Elle vous attend.
Trulle. — Vous croyez?
Le vicomte. — Ça saute aux yeux !... A quelle heure sort-elle?
Trulle. — A sept heures dix !...
Le vicomte. — Il doit être... {Ici, léger mouvement de gêne des deux interlocuteurs) six et demie...
Trulle. — Rue Capron.
Le vicomte. — Moi, c'est rue des Francs-Bourgeois... Vous avez encore le temps...
Trulle. — Mais il faudra lui parler?
Le vicomte. — Certainement!
Trulle. — Qu'est-ce que je lui dirai?
Le VICOMTE. — Ce qui vous passera par la tête
Trulle. — Et s'il ne me passe rien par la tête?... comme il est probable!...
Le vicomte. — Ah! ce sont les premiers mots qui coûtent ! Voyons ! voyons ! Je vais vous donnei un truc épatant, qui me vient de mon cousin René.
Trulle. — Celui qui a un conseil judiciaire à vingt-deux ans?... Quel satyre!
Le vicomte. — Oui, le satyre!... Quand il veut parler à une midinette, il s'approche d'elle, poliment, et dit : « Pardon mademoiselle, comment va Marie?
Trulle. — Quelle Marie?
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Le vicomte. — Oh!... monsieur Trulle!... Vous êtes vraiment trop naïf !... Dans tous les ateliers de couture, il y a une Marie !... Il y en a même deux ou trois !... La jeune personne sera piquée au vif dans sa curiosité!...
Trulle. — Arrêtez!... J'ai compris!... Elle me répondra : (( Vous connaissez Marie Machin ou Marie Chose? » Et la conversation commencera. Au bout de cinq minutes, je lui parlerai d'elle... de ma Germaine !... Et je lui avouerai mon stratagème !
Le vicomte. — Monsieur Trulle!... Vous faites des progrès surprensints !...
Trulle. — Oh! Monsieur le vicomte!... J'avais des dispositions!... C'est égal... sans vous je ne m'en serais jamais tiré...
Le vicomte. — Si... vous auriez mis plus de temps, voilà tout!... Tout de même, monsieur Trulle, aujourd'hui, c'est moi qui vous la donne, la répétition.
Trulle. — Et je vous suis bien reconnaissant, allez!... Je prends congé de vous, monsieur le vicomte. {Fausse sortie.)
Le vicomte. — Un instant! Quand vous aurez lié connaissance avec mademoiselle Germaine, qu'est-ce que vous ferez?
TRULLE. — Diable!... Je n'avais pas pensé à lA TMàtre Incomplet. ••
ça! Eh bien!... je lui ferai un pas de conduite!..- Je l'accompagnerai jusqu'à sa porte !
Le vicomte. — Comme réjouissance, y a mieux, mais c'est plus cher !
TRULLE. — Qu'est-ce que l'on a l'habitude d'offrir en pareil cas ?
Le vicomte. — D'abord, vous l'emmènerez dîner.
TRULLE. — Elle ne voudra pas !... Elle refusera !...
Le VICOMTE. — Pardon !... Elle refusera d'abord, et elle voudra bien ensuite. Et après ?
TRULLE. — Je ne sais pas ! Je l'accompagnerai avenue de la Tour-Mau...
Le VICOMTE. — Encore ?... Non !... Vous la gâtez, cette enfant !... Après le dîner, vous la conduirez au café-concert... Puis vous lui offrirez un verre de bière avec un sandwich, puis vous la ramènerez en voiture, et à la hauteur du pont de l'Aima, vous l'embrasserez dans le cou !
TRULLE. — Mon Dieu !... Je n'oserai jamais !••.
Le vicomte. — Vous verrez que vous oserez... Ah ! j'y pense !... Vous êtes sans doute un peu à court?... Attendez. {Se fouillant.] Tenez! (// lui donne un louis!)
TRULLE. — Monsieur le vicomte... vraiment... je ne peux pas !
Le vicomte. — Laissez... c'est ce qui me reste de
ma montre... vous me rendrez ça... quand vous pourrez !...
TRULLE, ravi. — Monsieur le vicomte !... Si la
reconnaissance !...
Le Vicomte. — Tiens ! C'est une idée !... Je vais engager la reconnaissance !...
TRUILE. — Mais...
Le vicomte. — Pas de remerciements, vous gâteriez mon plaisir !... Allez !... non !... pas encore !... que je vous inspecte !... Frisez un peu la moustache., les cheveux plus bouffants.. Ouvrez la redingote... ça vous donne plus d'aisance...
TRULLE. — Vous croyez que ça ira ?
Le Vicomte. — Certainement !... Ah ! le chapeau !... Est-ce que c'est un chapeau ? (// prend le chapeau de Trulle.)
TRULLE. — C'en fut un !•.• Le vicomte, brossant le chapeau avec son mouchoir. — Là ! Un coup de bichon !... Tenez... mettez aussi le mouchoir !...
TRULLE. — Vous me comblez !...
Le vicomte. — Ah !... II vous faut une boutonnière... (// lui donne sa boutonnière.) Prenez la mienne !... Mais vous êtes très bien !... TRULLE. — Une orchidée !
Le vicomte. — Ah ! vous navez pas de canne ?.. Prenez la mienne....
TRULLE. — C'est qu'elle est...
Le vicomte. — Un peu petite ?... Pas d'importance!... vous la tiendrez à la main. A présent, monsieur Trulle, je ne vous retiens plus !... Allez !... et soyez heureux!...
Trulle. — Pour Louis XIV.
Le vicomte. — Louis XIV! Il vous attendra ici, demain... Au revoir! Filez vite! don Juan!... (Trulle sort en courant}) Ah ! c'est jeune !... Ça ne sait pas !...
RIDEAU
PERSONNAGES
JABU, 26 ans.
M. MOUSSOTTE, 50 ans.
FRANÇOIS, valet de chambre.
M« MOUSSOTTE, 42 ans.
EVA MOUSSOTTE, JANE MOUS- SOTTE, ses filles.
Miss DORA CREW, 22 ans.
FRANCINE, femme de chambre.
Un salon bourgeois, assez riche. Table, chaises à gauche; à droite, un piano à queue. Fenêtre à gauche au premier plan, porte de dégagement au pan coupé gauche. Porte d'entrée au fond. Porte à droite au premier plan. Quand le rideau se lève^ Eva, au piano, essaie de déchiffrer un ait. Jane, derrière elle, suit la musique.