‹ Le théâtre incompletChapitre 2 sur 74 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MALANDREAU, M"-« MALANDREAU

Malandreau, lisant. — « Mes chers parents... la présente est pour vous dire que je suis toujours en bonne santé! Je vous dirai que nous sommes toujours dans les tranchées, devant l'ennemi ! Je vous dirai que le moral est bon et que nous sommes toujours solides au poste, malgré la difficulté ! Je vous dirai qu'on les aura! Je vous dirai que j'ai bien reçu le colis de mangeaille, qui m'a fait grand plaisir. Je vous dirai que je reçois toujours vos lettres avec un peu de retard; je vous dirai que le fils Pierrot a été cité à l'ordre du jour pour une attaque de nuit! Je vous dirai que je vous aime bien, et que je n'ai plus rien à vous dire!... Votre jils qui vous embrasse : Lucien Malandreau!... »

M"" Malandreau. — C'est tout?

Malandreau. — C'est tout!

M""* Malandreau. — Il écrit bien, notre Lucien!

Malandreau. — Oui!... Il écrit bien!

M°" Malandreau. — Il ne dit pas s'il est à son aise, dans les tranchées?

Malandreau. — Il ne le dit pas, mais cela va de soi !

M""" Malandreau. — Pauvre petit!... Enfin!...

C'est déjà sept heures et demie !... On va se coucher !

Malandreau. ■ — Pas encore!... On n'entend pas la batterie des Boches... Ils tirent au coucher du soleil... {Bruit lointain de canons^

M°° Malandreau. — Ah ! ce bruit-là ! C'est eux î

Mal.\NDREAU, écoutant. — Ecoute!... (Même bruit!) Oui ! c'est eux !... (Bruit de canon -plus rapf roche?) Ah !... cette fois, c'est les nôtres !

M^** i^lALANDREAU. — Oui ! c'cst les nôtres !... Le bruit est plus net. (Bruit de canon.) Ils sonnent le couvre-feu î

MalandrE.^U. — Les autres se sont tus! Nous voilà tranquilles pour la nuit !

M=" Mal.\ndrku'. — Mets les volets à la porte dentrée!... Et qu'on se couche!

Malandreau. — Oh! moi, je ne suis pas fatigué!... Du moment que j'ai des nouvelles du petit!

M"" M.\landreau. — Ça ne fait rien!... Faut se coucher!... Mets les volets!-. (Elle lui apporte les volets.)

Malandreau, les prenant et allant à la porte. — Encore une journée !

M"** Malandreau, allumant la lampe à pétrole sur la table. — Et demain, ça fera encore une nuit!

Malandreau. — Et demain soir, encore un jour! Et qu'est-ce qu'on aura fait !

M"* M.\landreau. — On aura fait ce qu'on pouvait!.. On aura vécu!

lo UN BAISER SUR LE FRONT

Malandreau. — Oui... on aura vécu !... Enfin !

M"* Malandreau. — Viens te coucher, va !... On dormira!... Tu viens?... {Elle va vers la droite^ premier plan.)

Malandreau, fermant la porte. — Voilà!... {On frappe au dehors') Hein?...

W^ Malandreau, bas. — Ne réponds pas!... A cette heure, c'est pas des gens bien intentionnés !

Yoix de MAILLET. — Hé là!... Ouvrez!...

M""" Malandreau, bas. — Ne réponds pas, que je te dis !

Malandreau, bas. — Faut voir!... {Haut) Qui est là?

Voix de Maillet. — Capitaine Maillet, 512" de ligne, égaré!...

Malandreau, bas. — Un officier... égaré! Je ne peux pas le laisser dehors !

M""" Malandreau, bas. — Ouvre!,..

Malandreau, otivrant. — Entrez, mon capitaine.

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